croc-doc-125Si Hollywood s'est imposé comme symbole de l'univers du Cinéma, on perd parfois de vue que la période où cela s'est fait était un peu particulière. Le Code Hays, sorte de loi interne à cet univers, sans rapport direct avec la législation officielle, a  pesé sur ce monde et sa production pendant plus de trente ans. 

Héros tiens-toi bien, l'oeil de la Morale te regarde ! 

1903-16 > débuts du cinéma. Pression des "ligue de vertu". 
Censure locale, au niveau de la ville ou de l'état. 
1909. création du "Board of Censorship". 

1916-22 > National Association of the Motion Picture Industry. 
Afin d'harmoniser les censures et de réduire les dommages sur le film.

1922-34 > Hays / début > Motion Pictures Producers and Distributors Association
Mise en place de la commission Hays pour veiller à la moralité. 

1934-48 > Code Hays / temps  fort.
On ne plaisante plus! Tous les films devront répondre à des critères stricts...

1948-66 >  Code Hays / adoucissement.
Les films étrangers entrent aux USA. Dure concurrence !

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portant sur des films de ces périodes.

L'idée de départ, est plutôt louable, bien que le souci principal des directeurs de studios et producteurs ait sûrement été de limiter les pertes financières dues aux scandales, accidents, etc.

Que voulez-vous... Derrière l'écran, le cinéma muet était un univers impitoyable de sexe, alcool, drogue, etc. Avec à la clé des scandales, des enquêtes policières et même des overdoses. Le genre de trucs qui font très moche dans le décor, même si les journalistes en profitent pour mettre du beurre dans leurs épinards.

1922. l'affaire Roscoe Arbuckle
amène les producteurs à prendre des mesures...

Désormais, on n'engagera plus d'acteurs à la moralité douteuse.
Vrai, faux... là n'est pas la question. Mission: éviter les risques.
Des carrières sont coupées net.

Au niveau des films, la commission fait des recommandations et interdit certains sujets.
Les scénaristes et réalisateurs n'ont pas encore de règles définies à suivre.

Même si elle est organisée en interne, par les entreprises et non par l'Etat, le Code Hays est un système de Censure. On parle aussi d'auto-régulation, parfois... Le mot est plus sympathique, sans doute. Est-il plus juste? Pas forcément, car ce sont les producteurs (aspect financier) qui se tiennent du côté "code". En face d'eux, sur la sellettes, les acteurs, les scénaristes, les réalisateurs.

Il s'agit, pour les producteurs, de protéger leurs investissements, que les scandales et incidents divers rendent instables. Ce n'est pas seulement le plaisir de faire la morale par pur esprit de rigidité rétrograde...

Que faites-vous quand on place des obstacles sur votre chemin ? Vous essayez de les sauter ou de les contourner. C'est ce que les créatifs du cinéma ont immédiatement fait. Le Code Hays leur a dopé l'imagination. Des quantités d'images symboliques ont remplacé tous les éléments définis comme trop osés.

Bien entendu, au premier rang des interdits (ou strictement codifiés, comme devant être seulement suggérés), tout ce qui touche à la sexualité (y compris les naissances).

Détail très fâcheux, qu donne facilement aux films de cette période des allures peu correctes de nos jours : la place des personnes de couleurs dans la société. La mixité à l'écran n'est tolérée que dans la mesure où les acteurs de couleur jouent un rôle qui leur correspond. Il ne doit, bien évidemment, y avoir aucun rapprochement entre acteurs blanc et de couleur (à tel point que pour un film relatant une histoire d'amour avec une asiatique, on grima une actrice blanche).

L'homoxesualité, bien entendu, fait partie des thèmes contraires à la morale. On n'en traite donc pas et il n'est pas non plus question d'accepter un doute sur la vie privée des acteurs. 

Dans le cadre de la moralité, il est interdit de boire à l'écran, sauf si indispensable au scénario ou si caractéristique majeure du personnage (ou du scénario... hihihi... que serait une scène de saloon sans chopes de bière?). De même, la mise en scène des exécutions doit se faire "avec délicatesse". Les scènes se déroulant dans une chambre à coucher, également.  

Code-Hays

Il va de soi que la violence est proscrite, ou très limitée. Les films historiques font cependant exception à cette règle... Et les réalisateurs se ruent dans la brèche. Vivent les péplums! Vivent les chevaleries! Vivent les western ! Que c'est bon, d'avoir le droit de castagner... Bien entendu, il faut que la morale soit sauve, à la fin. On se bat, mais il faut que cela ait servi à quelque chose. Un point de gagné dans l'éternelle lutte du Bien contre le Mal, en quelque sorte. Ou bien de la Civilisation contre le Chaos, mais c'est presque pareil.

Interdit aussi d'offenser la religion. Prière de présenter les ministres du culte de façon digne d'eux. Interdiction des jurons blasphématoires (hé, y'en a un paquet!).

Les personnages doivent se définir rapidement. Le gentil, le méchant, l'alcoolo paumé, la fille douce et gentille, la fille qui n'a plus rien à attendre. On évite les personnages entre deux tons, difficiles à estimer, sauf bien sûr, l'inévitable "gentil bad boy" qui finira par se repentir, ou au contraire le brave gars un peu fragile qui se laisse tenter et verse du mauvais côté. Encore des figures typiques dans le découpage... Dit comme ça, on peut penser que ça fait beaucoup, mais c'est comme un théâtre de marionnettes, et grosso-modo, les "types" se retrouvent assez bien. >>>>>> Ce découpage n'est pas nouveau. Le cinéma muet employait des "types", aussi. Il faut dire que plus le film est long, plus il devient possible de complexifier l'intrigue et les personnages.

Ce rangement en catégorie facilite sûrement aussi la vie des studios et la possibilité de tourner des films à la chaîne. Le code Hays coïncide à peu de choses près avec l'allongement de durée des films et l'arrivée du son. Loin de se typer, les rôles s'affinent.

1927. Premier film sonore. Le chanteur de Jazz.

En 1934, quand la Commission Hays se dote d'un Code, le cinéma possède déjà la première de ses armes fatales.

La couleur existe depuis déjà longtemps, mais ce n'est qu'en 1935 que sort le premier film l'employant. Et de deux!

Voilà le ciné américain (pas encore Hollywoodien) paré pour conquérir le Monde ! Envers et contre Hays...

Ca marche plutôt bien.

Pour la simple raison que cette moralité un peu puritaine, qui jette un voile pudique sur la violence et le sexe, convient aussi à la société européenne. Qu'on aille au cinéma en famille ou avec sa fiancée, il ne faut pas heurter les âmes sensibles. Les films "à contexte passé" semblent sans doute un peu brutaux, mais ce sont surtout les superbes prises de vues qui éblouissent. Ici... Exception du western, qui très tôt s'est évadé des studios pour les décors naturels. Mais c'est sans aucun rapport avec le Code Hays. Exit le hors-sujet... Je >>>

Laissons passer les années...

1946... Hitchcock réussit à faire accepter un baiser de 2 min 30.
Le plus long de l'histoire du cinéma
!

En 1948, la cour suprême décartellise les sociétés de productions. Ah bon... C'est quoi ce grand mot compliqué ? Si vous comprenez tout de suite, bravo. Moi j'ai dû chercher et même comme ça, je n'y pige pas lourd. Enfin bref... Le texte de loi m'échappe, mais son résultat concret est simple: les films étrangers (anglais, italiens, français...) entrent sur le territoire américain.

Yahoou ! Alors comme ça, petits cachotiers, vous vous amusiez aussi à limiter la concurrence ? Bande de pas-prêteurs... Allez! Faites une petite place , qu'on puisse s'asseoir !

L'ennui c'est que tous ces films ne respectent pas forcément les critères de la Commission Hays... Ils les respectent d'autant moins que la société, en Europe, a évolué très vite pendant la 2°GM et n'a absolument pas ralenti ses mutations dans les années 50. Le milieu artistique encore moins que la société.

Boung !

En 1966, le Code est réécrit.

En 1968, il est remplacé par un système de tranches d'âges.

 

 

 

PageWiki (anglais) du bureau de censure existant en 1909.

 

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