Ollie Franktis tira du coffre de son siège un tube nutritionnel. Parfum 12. Poulet au Curry. Il aurait aimé pouvoir manger un vrai plat, mais dans cet espace de travail, les tubes étaient la seule bouffe autorisée. La pâte qui en sortait était riche en nutriments de toutes sortes, mais il ne fallait surtout pas y chercher la moindre texture évoquant le plat associé au numéro du parfum. La sœur d'Ollie travaillait dans une fabrique de composants alimentaires. Elle lui avait plusieurs fois fourni de la viande synthétique à prix usine. Il avait même pu, grâce à elle, acheter la qualité optimale, celle des grands restaurants et des gens bourrés de fric. D'après la pub, ça ressemblait à de la viande véritable. C'était facile de prétendre ça... Plus personne ne savait à quoi ça ressemblait, la vraie viande. Peut-être dans les quartiers pauvres... Ces gens là mangeaient des rats, à ce qu'on disait. La presse clandestine disait même qu'ils les élevaient pour ça. Ça non plus, Ollie n'en savait trop rien. Officiellement, il n'y avait de rats nulle part en ville. Ils transportaient trop facilement les maladies. D'après une amie d'Annie, employée à la sécurité de l'usine, il y en avait souvent dans le déversoir des eaux de nettoyage des machines. Bien entendu, quand on en apercevait, on se hâtait d'y mettre bon ordre. Il ne devait se trouver là ni vermine animale, ni moisissures d'aucune sorte.

Les gens auraient pris peur si leurs aliments avaient été cuisinés à partir de nutriments sortis de machines où des animaux étaient allés se balader. Pour éviter que la presse clandestine ne se mette trop souvent à parler d'élevage animal ou ne fasse rêver à des légumes cultivés en serre, on organisait des visites des fabriques de nutriments. Des lieux sûrs, sans microbes, parfaitement sains et tout à fait aptes à fournir à l’Humanité une alimentation aux quantités et qualités irréprochables.

Savourant lentement la pâte « parfum 12 », Ollie se remit à surveiller les écrans. Le système était à deux doigts de péter sous la charge numérique. Une catastrophe à ne surtout pas laisser arriver. Les communications d'un point à l'autre du monde civilisé étaient et devaient rester parfaites. Il fallait éliminer les « contenus interdits » sans que personne ne se plaigne d'avoir été interrompu dans une communication télévisuelle avec un ami ou un partenaire de travail.

Bol-et-tartine

 

Extrait présenté à la 33° session du concours d'Extraits du forum Jeunes Ecrivains (février 2015).
Roman Space Opera "Errances Galactiques".
Thème de la session : "Miam miam !".

Extrait-SF-200 

Etat du texte à date du concours :
en cours d'écriture.

Etat du texte à date de ce post : 
bétalecture et correction

Texte posté ici tel qu'au concours
sans retouches ultérieures

 

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