Ah bon ? Quelle banalité est-ce là ? Le vent qui souffle, dans un western ? 

Mais si je vous parle d'un joueur d'harmonica... Tout de suite, vous aurez compris. 

Il s'agit de: 

1968 . C'era une volta il West ♦ Film italien de Sergio Leone.

Il était une fois dans l'Ouest.

Quand j'étais en Seconde (ou Première?), le professeur de Lettres nous a longuement expliqué ce qu'est l'Angoisse. A ne pas confondre avec la Peur. L'Angoisse, ça s'installe petit à petit, ça prend racine sans en avoir l'air, ça se resserre autour du cou comme un écrou qu'on serre, et on ne sait même pas si c'est justifié.

Ce petit air d'harmonica est angoissant. Il est sans doute la petite ritournelle qui a le mieux su exprimer l'angoisse insidieuse et progressive. C'est à peine une musique. Ca ressemble un peu au vent dans les rochers. Ca se joue tout en continu, sans sautes d'humeur sur la gamme, sans petits bonds de notes sur la portée. Pourtant, cette petite musique, en elle-même, ne comporte rien de bien stressant, rien qui vous prenne aux tripes comme par exemple le thème de l'Empire dans Stars Wars. Ca ressemble au bruit du vent.

Seulement, le vent, c'est bien connu, il peut être très flippant.

Dès le début du film, on l'entend, avant de voir celui qui le joue. D'ailleurs, il semble bien ne jouer cet air que pour signaler sa présence... Mais pourquoi ? Pour qui surtout ?

Je ne vais pas raconter l'histoire, ça serait trop long, d'autant qu'il s'y entremêle plusieurs. Et puis, ça n'est pas mon but.

Cine-1968-Sergio-Leone

Dans ce "il était une fois", ni les fées ni les princes charmants n'ont leur place. La dure loi du colt règne sur le casting masculin, et l'indispensable élément féminin n'est absolument pas une pure et tendre jeune fille.

L'histoire débute pourtant avec un brave homme honnête, un peu visionnaire mais visiblement intelligent. Le type même d'individu qui bâtirait un monde idéal, si on les laissait faire. Pas de chance. Il se fait tuer et sa famille avec lui.  Pas de place pour les gentils dans ce désert impitoyable.

Les fils narratifs s'entremêlent savamment et dissimulent dans le touillon le véritable noeud de l'intrigue. Patience, patience. Démêlons la pelote de ficelle. Ca va s'éclaircir.

2010 - [bande-annonce] IL ETAIT UNE FOIS DANS... par festivalpariscinema

Ce "il était une fois" est très facile à situer chronologiquement. Toute l'histoire tourne autour de deux doubles lignes qui avancent l'une vers l'autre. Deux chemins de fer qui vont bientôt se rejoindre.

10 mai 1869 : jonction du chemin de fer transcontinental.

Tiens ? Un siècle quasiment pile d'écart avec le film. Fort, ça.

Croc-Cinema-2-125Le personnage le plus attachant de cette histoire est, pour moi, le "Cheyenne". Il est le seul à être un peu ordinaire. Les autres ont des airs de mirage. Frank, froid et ambitieux, avec son chapeau et son âme noire. L'Harmonica, lointain et mystérieux, avec son chapeau clair et son âme de vengeur. La fille, trop belle, venue de trop loin, avec trop de rêves auxquels elle ne croyait pas vraiment mais en lesquels d'autres ont cru.

Il est sympathique, le Cheyenne, ce dur brigand, ce criminel endurci et redouté, qui demande poliment un peu de café et parle avec mélancolie de celui que préparait sa mère.

Comme dans d'autres westerns, la femme incarne la terre tout autant que la population qui y vit. Chose inhabituelle, cette femme-là est descendue du train. Inhabituel, mais pas illogique. En fait, tous ces gens sont des "arrivants", le Western étant une mythologie de fondation, de colonisation. Elle fait partie des "arrivants de loin", de ceux que la tradition western voue à amener le changement avec eux. Pourtant, elle ne semble pas très dangereuse, et en constatant... ce qu'elle constate, sa première réaction est de repartir.

Elle est importante parce qu'elle est le grain de sable inattendu. Celui qui empêche la machination de se jouer.

Ici intervient le cavalier blanc... heu, l'Harmonica. Pour maintenir ce grain de sable là où il gênera l'employeur du cavalier noir.

Lui-même a un compte perso à régler avec ledit cavaler noir, mais c'est une autre histoire. On règlera les deux en même temps, et puis... Comme dans Lucky Luke, le cavalier blanc repartira.

On ne retient pas le vent.

Pendant ce temps, la femme regarde avancer le train sur le terres isolées et brûlantes qui entourent sa ferme et qui sont à elle. Elle apporte à boire aux ouvriers qui peinent. Bientôt le train entrera en gare.

 

 

Tous les "Grignottages" sur thème Western ICI.

Fiche technique de mon roman "Howahkan" LA.