Ce n'est sûrement pas à cause des faits qui s'y déroulent qu'on a intitulé ce film ainsi. Cela aurait été une véritable arnaque au spectateur. 

1940. "Santa Fe trail". Film américain de Michael Curtiz.  ♦ 

"La piste de Santa Fe". 

Ce pourrait être simplement à cause de la localisation (là où commence cette fameuse piste), mais on peut aussi envisager une explication au second degré. "Santa Fe" ne signifie-t-il pas "Sainte Foi" ? 

Le personnage de John Brown est en effet une parfaite image du chef fanatique persuadé qu'il n'est rien d'autre que la main de Dieu et que, sa cause étant juste, tous les moyens sont permis.

La page wikipédia consacrée au film est très sévère et parle de révisionnisme. Il est clair que l'ambiance ségrégationniste des USA en 1940 est visible dans le film. Pourtant, je ne serai pas si sévère.. Je n'irai pas m'intéresser à la façon dont sont présentés John Brown, ni ses partisans. Pas plus qu'au fait que le "jeune premier" soit un "gars du sud". Je ne vais pas non plus faire un résumé détaillé mais seulement m'attacher à un point qui m'a paru essentiel.

Ce film appartient à la phase la plus rigide de la "période Hays",
et à une époque où la société américaine est fortement cloisonnée
.

N'oublions pas, tout d'abord,
les contraintes du "Codes Hays",
(ce film se situant dans la période où il est le plus rigide).

Le personnage de Brown flirte les limites autorisées, d'aileurs,
du fait qu'il s'agit d'un représentant du culte,
et qu'il occupe la position
du personnage le plus négatif.

La présence à l'écran de ce pasteur atypiquement violent
se justifie ici par le fait que John Brown est un personnage historique.
La Commission Hays aurait écarté un personnage de fiction.

J'ai vu, je ne sais plus où (sur Wiki ou ailleurs?)
protester contre les Noirs qui regrettent de s'être enfuis... Heu...
Remis dans le contexe, quand même :
celui qui a a libérés les a abandonnés à leur sort
et a allumé un incendie où ils ont manqué mourir...

1940-Santa-Fe-Trail

A son apparition, le personnage de Kit Carson m'a beaucoup surprise.

Ensuite, j'ai pensé que ce petit bout de bonne femme énergique était peut-être une façon d'introduire un brin de féminisme. Puis, je me suis dit que c'était juste pour le plaisir d'une romance en trio et de quelques scènes sympathiques qui changent de la routine militaire.

A la fin du film, il apparaît pourtant clairement que Kit, gentille et vigoureuse, courageuse et compatissante, personnifie ce rude pays en construction. Ses deux amoureux, qui pour l'heure sont encore amis incarnant les deux avenirs qui s'offrent (le film se déroule entre 1854 et 1859).

Assez récurent dans le western, cette symbolique féminine.

L'un est du Nord, l'autre du Sud. L'un pense que le problème de l'esclavage se résoudra progressivement, avec le temps, l'autre souffre de devoir combattre la bande armée de John Brown.

La double demande en mariage des deux officiers semble une scène assez simple, pourtant, elle dissimule un message caché. Kit a choisi Jeb (Stuart), son beau brun du sud. Georges (Custer) tente encore de la convaincre en lui promettant qu'il saura mieux prendre soin d'elle jusqu'à la fin de sa vie que ne le fera son rival.

Sud contre Nord. Nord contre Sud.

Ces deux-là ont échangé quelques coups de poing au début du film, avant de rire ensemble quand une vieille Indienne leur a prédit qu'ils seront ennemis. Ce temps viendra bientôt.

Croc-Cinema-2-125Et Kit, dans tout ça ?

Et son amie la jolie blonde, qui va épouser Georges (combattra au Nord) et est fille du futur président des Etats Confédérés ?

Georges, Jeb et leurs amis ont combattu ensemble pour conserver la paix au Kansas et autour de la voie ferrée qui commence à se construire vers Santa Fe. Ils ont mis de côté leurs propres opinions pour éviter la guerre civile que tentait d'allumer John Brown.

Mais la vieille Indienne l'a prédit: cette guerre aura quand même lieu.

Et quand Georges, comme terrorisé, souffle à Jeb que

"rien n'arrêtera cet homme, pas même la mort",

il a raison.

Le temps des belles amitiés remplies de foi en l'avenir est terminé.
Brown est mort, mais nous, spectateurs, nous savons que c'est lui qui a gagné.

Nos jeunes officiers rêvaient d'un chemin en douceur vers un avenir commun. Ils ne l'auront pas.
La Paix entre Nord et Sud, Abolitionnistes et Esclavagistes, était une cause perdue.

 

Le film comporte quelques anomalies de chronologie historique, au niveau des carrières des officiers évoquées... Mais si on se contente d'évoquer John Brown: il a été pendu le 2 décembre 1859. La Guerre de Sécession commence le 12 avril 1861 (après élection présidentielle du 6 nov 1860). On ne peut pas attribuer à Brown tout le mérite de ce qui va suivre...

Mais il est clair que dans cette histoire, ceux qui croyaient (selon l'adage "si tu veux la paix prépare la guerre"?) que l'armée pouvait servir à conserver le pays en paix se plantaient le doigt dans l'oeil !

 

Ces deux jeunes gens ont essayé de vivre pacifiquement leur histoire d'amour en trio, tout comme ils ont réussi à être amis en oubliant leurs différents d'opinions politiques.

En amour, la réalité les a rattrappés. Il a fallu trancher, mais le délaissé s'est bien vite consolé. Le jour où la politique les amènera à choisir leur camp, auront-ils autant de chance?

Le "The End" laisse un sentiment de théâtre tragique. Quand il n'y a qu'une seule issue possible, et qu'elle est fatale.

Ne pas oublier non plus que 1940, c'est le moment où les USA
avaient choisi de ne pas entrer dans la 2° GM.
Mais sentaient quand même bien clairement la pression monter.

 

 

 

 

Carte  :

Le Kansas se trouve juste au-dessus de la ligne Mason-Dixon, dans l'espace "Louisiana Purchase". Il a accédé au statut d'Etat en 1861 (donc à date de cette histoire, est encore un Territoire).

Carte-USA

 

 

 

Page wikipédia de ce film en cliquant ICI.

Et quelques autres pages Wiki

 John Brown.

Kit Carson (le vrai, pas son homonyme du film)

J.E.D Stuart.

Georges Custer.

ICI, article du blog sur l'époque Hays.

 

Tous les "Grignotages" et "Coups de Vent"
sur thème Western ICI
.

Fiche technique de mon roman "Howahkan" LA.