Neige

Trop de méchantes farces... Auxquelles il ne répondait jamais, mais dont elle faisait de son mieux pour qu'elles le blessent très fort. Il ne se vengeait jamais d'elle. Au pire, il allait pleurer dans son coin. Une vraie lavette.

Il y avait eu des bons moments, quand même. Jouer tout seul, c'est si ennuyeux ! Il partageait volontiers ses jouets avec elle. Les jours où ses cousines venaient, ça devenait compliqué, parce qu'elles étaient soit plus jeunes soit plus âgées que lui et que de toutes façons, c'étaient des filles et qu'invariablement elles voulaient jouer à la poupée. Pas contrariant, il acceptait avec une petite moue discrète et brève que Gina était sûre d'être seule à apercevoir et invitait sa petite compagne de jeux habituelle à venir s'asseoir avec ses cousines qui la regardaient comme un singe au Zoo.

Elle détestait ces après-midis passés à comparer la nouvelle robe de Bleuette et le petit manteau dernière mode de Rosette. Un jour, elle avait fait exprès de laisser tomber une de ces saletés de fillettes en bois et pâte de carton. Sans Martin, les gamines assemblées là lui aurait arraché toute la tignasse. Même pas fichu de régler ça tout seul, comme un homme, cet idiot avait couru chercher sa mère. Elles avaient toutes été punies de goûter.

Heureusement, ça n'avait pas duré. Un jour, Paloma avait fait les valises et elles étaient parties. La maman du fragile petit blondinet lui avait appris à se tenir en scène, à ajuster sa voix, à choisir ses tenues, et elle lui avait même trouvé un engagement. Elles n'avaient plus de raisons de rester.

Quand Paloma dansait, Gina se disait souvent qu'elle ne serait jamais aussi belle qu'elle, et en effet, elle ne l'était pas et il était visible qu'elle ne le deviendrait jamais... Mais Paloma n'avait pas beaucoup d'éducation. Elle, par contre, avait été à l'école, et elle y avait été bonne élève. Elle avait beaucoup lu, aussi. Et puis, tous les artistes qu'elle voyait monter sur scène n'avaient pas un physique avantageux, loin de là.

Dans le petit théâtre de Jules, elle sentait ses blessures devenir moins douloureuses, petit à petit. Peut-être aurait elle fini par devenir moins méchante.

Mais c'était du passé, tout ça... La bulle de savon remplie d'illusions avait éclaté. Elle était retombée sur le pavé de la dure réalité. Elle aurait mieux fait de mourir en même temps que Paloma. Ou bien à sa place.

De tout cela, il n'était resté que des souvenirs amers pour alimenter la haine rageuse qu'elle portait au monde entier. La toute dernière raison qu'elle ait de survivre, ou de ne pas mourir. Ne pas laisser « les autres » gagner. Tenir bon. Vivre, rien que pour les faire chier.
Tant pis si ça devait être un enfer.

 

Extrait présenté au 31° concours d'Extraits du forum Jeunes Ecrivains (décembre 2014).
Roman psychologique à cadre historique
"Ange Martin" / "Le salaud dans le miroir".
Thème de la session : "La Haine".
Roman psychologique à cadre historique

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(à date de parution de ce post, inutile de cliquer)

Vignette-Martin
 

 Texte présenté ici 
sans retouches ultérieures.

Etat à date du concours :
1° jet de la 4° version
(roman qui sa la joue Pénélope)

Etat actuel :
1° jet de la 5° version...
peut-être la bonne !

 

Ceci faisait partie de la "version 4".  A l'heure actuelle, le projet est passé à sa "version 5". Retour au point zéro et remaniement intégral.

Ce passage n'existe plus. Le personnage, par contre, subsiste (et même si je fais 25 versions avant d'arriver au but, je me vois mal la supprimer).

La version 5 est plus centrée sur le personnage principal. Du même coup, les ressentis des autres personnages (dont Gina) sont moins mis en évidence (snif).

 

 

Petite précision (me suis rendue compte après coup): il n'y a aucune référence à aucun ouvrage préexistant dans le nom du personnage éponyme... sinon à un personnage secondaire d'un projet de BD j'ai travaillé assez longtemps, puis abandonné. Martin est en quelque sorte un rescapé du naufrage... Il faut dire qu'il n'est pas du genre à se laisser couler.