La galerie suintante d'humidité résonne de coups, proches ou lointains. Rien que de très normal. Anatole est habitué... Depuis le temps qu'il est mineur ! La lampe n'est pas bien loin de la fin de sa réserve. L'heure de remonter approche.

Il s'est enfoncé un peu loin dans la galerie, laissant derrière lui le gamin qui lui sert d'apprenti. Plus arrière les oiseaux prisonniers dans leur cage sans lumière. Quelque part, encore plus loin, les rails où les chevaux tirent inlassablement les wagonnets sans jamais lever la tête. Le ciel de poutres et de pierre noire n'est pas fait pour les humains. Il l'est encore moins pour les animaux.

Tout autour de lui, les coups résonnent sourdement, comme s'ils faisaient partie de la pierre elle-même. Comme si la mine avait un cœur et des entrailles et que lui, au milieu de tout ça, il en entendait les sonorités.

C'est ainsi tous les jours dans la nuit épaisse de la mine. Cette nuit affreuse dont tous les soirs, les mineurs émergent à peine le temps de laisser entrevoir aux dernières lueurs du jour leurs faces enduites de ténèbres. Dans cette nuit interminable, la faible lueur vacillante des lampes et le martellement des pics sont les seuls repères.

Porté par les bruits d'alentours, Anatole poursuit son ouvrage... Mais voilà que devant lui, les pierres se détachent trop aisément. Il croit d'abord à une couche de sol plus fragile, mais quelque chose remue devant lui. Quel animal viendrait creuser son terrier si profondément ? Il n'est que les humains pour s'y aventurer... Et peut-être le diable, aurait dit sa grand-mère...

Deux yeux jaunes et brillants comme des flammes de bougie sont apparus au fond de la fissure. Anatole est pris d'une panique. Il a envie de reculer, de s'enfuir à toutes jambes... Mais quelque chose l'en empêche et le tire au contraire vers l'avant. Si le trou n'était pas si étroit, il y entrerait pour essayer de toucher la créature à qui appartiennent ces yeux.

Mais voilà le signal et déjà le gamin, à l'idée que la journée est finie, se dirige vers la galerie principale et l'air libre.

C'est l'hiver. En émergeant des ténèbres noires de la mine, Anatole s'immerge aussitôt dans les ténèbres blanches qui montent au-dessus du marais voisin de sa maison. A cause de cette maison, beaucoup l'envient, et il est même un peu fâché avec ses frères. Ce n'est pourtant qu'une vieille ferme. Seulement, elle est à lui. Bien à lui. Ses fils ont commencé à démolir l'étable en vue de construire avec ses pierres une extension. Bientôt, l'aîné va se marier et le cadet y pense déjà aussi. A cause de cette maison, Anatole fait figure d'homme riche.

Pourtant, cette enviable demeure tombe en ruines de partout. Même les murs du poulailler se crevassent. La seule chose qui y vaille un peu, c'est la terre du potager où sa femme cultive les meilleurs poireaux et les plus grosses pommes de terre qui soient. Sans aucun effort, dit-elle... Et Anatole la croit volontiers car ce jardin... Il y a grandi et il a toujours vu des légumes fabuleux pousser à cet endroit.

D'avis général, il est plus riche que bien des hommes du village, mais les mariages de ses fils l'inquiètent. Ils ont tous deux plus de cœur que de tête, et lui se fait vieux. Pourtant, tout ça fera vite bien du monde à loger et nourrir !

 

Présenté à la 50° session du concours d'Extraits
sur le forum Jeunes Ecrivains ( août 2016 ).
Thème de la session : "Entre l'Homme et la Terre".

 

tiré d'un conte intitulé "deux flammes dans la nuit"

Projet "Rêveries Opalines" en cliquant ICI.

 (à date de parution du post : inutile de cliquer)

Extrait-Texte-200 

 Texte présenté ici  
sans retouches ultérieures. 

Etat du texte à date du concours :
ressorti du disque + remaniements prévus.

Etat à date de parution de ce post :
idem (oups...)