La 2° crise...

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Sur le coup, il y a a eu la terreur de la crise même. La trouille abominable de cette main qui n'obéit plus et bouge toute seule. Du morceau de corps devenu fou. Puis, très vite, la peur du docteur.

Dès l'instant où les parents se seraient rendus compte que j'étais malade, ils allaient appeler le docteur. J'avais une trouille folle du docteur. La trouille atroce inspirée par la crise s'est multipliée par cette autre. Une autre peur, en pespective, s'est profilée. Elle n'était pas infondée, d'ailleurs, car par la suite, j'ai effectivement dû rencontrer des docteurs, subir des examens, entendre des explications... J'avais raison. C'était grave et les visites du docteur pour cette maladie n'avaient rien à voir avec celles, déjà abominables, pour une angine. Ni les médicaments.

J'ai gardé le secret.

Plus tard, ma mère a ouvert des yeux comme des soucoupes.

Elle me connaissait tellement douillette... Tellement prête à pleurnicher pour le moindre petit bobo... Tellement incapable de supporter une angine ou un bouton de moustique... 

Pourtant... Du moment que "ça" n'était pas revenu...

Le secret de cette chose anormale est resté en moi. J'aurais peut-être fini par l'oublier, à force de ne pas vouloir y penser, mais il a fini par se rappeler à mon bon souvenir.  En tous cas, sur le moment, j'ai décidé de ne pas en lâcher un mot à personne.

Avec la trouille que ça recommence.

Mais ça n'a pas recommencé. Pas avant longtemps. Il y a eu des fourmillements. Des tas. Mais une crise comme la première, pas avant deux ans. Cette fois, c'était pendant une dictée.  Comme Monsieur L relisait le texte après, j'ai réussi à la faire en entier, mais elle était très mal écrite, et pleine de fautes. Il s'est étonné. Ce n'était pas mon habitude. J'ai dit que j'étais fatiguée. Il a paru soucieux, et c'est compréhensible. Un coup de fatigue qui produit de tels effets, ce n'est pas naturel. Cela ne s'est pas reproduit. Chance, ai-je pensé. Malchance, penserait un adulte raisonnable. Parfois, il m'arrive maintenant de me demander si cela n'a pas, tout simplement, retardé encore un peu le stress des visites et examens médicaux.

Cette deuxième fois, je n'ai pas vraiment eu peur. Pourtant, c'était loin d'être une habitude. La "chose" s'est manifestée comme une vieille connaissance désagréable qui revient, mais je la connaissais déjà. Elle ne m'a pas effrayée. J'ai continué la dictée de mon mieux, en serrant le crayon comme j'allais le faire souvent plus tard: de toutes mes forces, pour contrecarrer les mouvements de la crise, et en m'aidant de la main gauche. Et à la relecture, la crise étant passée, j'ai complété les trous.

2016-Nenuphar

Avais-je plus en tête de cacher la crise, ou de tenir mon rang de bonne élève ? Les deux, sans doute. Raté. La dictée a été absolument dégueulasse. Raté aussi pour ce qui est de masquer la crise.Comme Madame D, il avait bien compris que quelque chose n'allait pas. Lui non plus n'a rien dit. Pour mes yeux, il l'a fait. C'est lui qui a signalé qu'il fallait vérifier ma vue (j'ai des lunettes). Si j'avais fait une autre crise...

Ah oui, mais justement. La seule attitude bizarre que j'avais en ce temps-là, c'était ma manie de m'installer dans un coin de la cour, assise en tailleur, pour "me reposer". Et en effet, je me reposais. Ce n'étaient pas des "absences". Je regardais les choses, les gens, les insectes... Ces moments de calme m'étaient sûrement très bénéfiques. D'autres fois, je jouais au foot, comme tous les autres.  On a bien le droit de n'avoir pas envie de taper dans le ballon et préférer rêvasser.

Epilepsie--05C'est avec la suivante que "l'enfer a commencé".
J'étais en sixième.

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