Les explosions avaient ébranlé les murailles dont plusieurs s'étaient abattues et les autres effritées. L'air était plus rempli de poussière que jamais et irrespirable. Ça ne durerait peut-être pas. Une grosse goutte de pluie tombant sur sa main avait fait ouvrir les yeux à Larry. Il avait mal... Tellement mal qu'il ne savait plus quel endroit de son corps était le plus douloureux. Devant ses yeux, les pattes métalliques d'un droïde se dressaient au milieu des blocs de béton. Il voyait de travers, étendu sur le sol, les résidus de murs étant devenu allongés et les nuages de poussière se trouvant sur le côté.

2016-Noirdat-tuyau--300 Plus loin, d'autres droïdes, d'autres corps allongés, un drone aussi, et puis des plantes, entassées dans une cuve.

La pluie... La pluie venait... Elle allait chasser les drones et la poussière... Incapable de bouger, il salua les gouttes du ciel du bout des lèvres, sans qu'un son ne sorte.

La vue d'un droïde portant la robuste carcasse de Kenaro, couvert de sang et bras attachés provoqua en lui un sursaut d'énergie. Le réflexe qu'il eut pour se lever sur les mains lui fit tirer ses jambes de sous le béton. Il attira aussi l'attention de la machine qui, à côté de lui, semblait jusque là en train de dormir. Une arme se pointa, mais le rayon ne partit pas. Le bras de la machine resta braqué sur lui, lui interdisant toute tentative de fuite.

A gestes lents, le jeune garçon acheva d'extraire ses jambes des gravats. Il ne parvint pas à les bouger plus qu'un peu. Un vertige lui fit porter la main à la tête. Il la retira couverte de sang. A l'évidence, il était inutile de tenter de fuir. Même si le droïde avait baissé son arme, il n'en aurait pas été capable. Les cheveux noirs et le bras orné de bracelets en fils de couleur d'Okralê émergeaient des gravats. Il tendit la main pour la dégager, mais n'acheva pas son geste. Elle était derrière lui. Le mur, en tombant, l'avait enseveli, lui jusqu'à la taille. Elle avait pratiquement été enterrée dessous. Il se contenta d'effleurer la chevelure, de prendre le premier bracelet qui s'offrit à ses doigts, puis de rajouter des pierres jusqu'à la faire disparaître totalement.

La pluie devenait plus serrée. C'était bon. Ça ruisselait sur son corps endolori, sur ses blessures, sur son visage. Ça clapotait dans les trous, ça crépitait sur les carapaces de machines. Le petit anneau de fils verts et bleus noué à son poignet, il laissa l'eau du ciel le laver de cette affreuse journée et peut-être aussi de ces dix années où il avait été le fils d'un chef aussi sage que vaillant.

Quand un droïde s'approcha de lui pour le soulever, l'attacher et le conduire dans un camion, Larry ne protesta pas. Il avait mal. Mal à l'intérieur. Mal à Okralê. Il avait envie de pleurer et, tête baissée sous ses cheveux longs, il le faisait. Ce n'était pas digne d'un fils de chef, mais tant pis.

 

Préparé en vue du 32° concours d'Extraits du forum Jeunes Ecrivains (janvier 2015),
mais finalement non présenté.
Roman space opera "Errances Galactiques".
Thème de la session : "Détresse".

 

 Extrait-SF-200

Texte présenté ici
sans retouches ultérieures.

Etat à date du concours :
1°jet / écriture

Etat actuel :
Bétalecture & correction.

 

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