Le voilà en bas. Le maître fronce les sourcils en lui demandant pourquoi il a mis si longtemps à redescendre. Il répond qu'il avait mal aux mains. Les gars de la classe le mitraillent de rires. Le maître crie pour qu'ils se taisent, puis félicite l'enfant pour son escalade. Ensuite, il le donne en exemple, parce qu'il essaye de vaincre la fragilité de son corps. L'enfant n'a pas envie d'entendre le discours qui suit. Dans sa tête, il récite la dernière carte qu'il a reçue de son père. Il est en Chine en ce moment. Il sera content d'apprendre qu'il devient bon en gym.

Fin du cours. Les vestiaires. L'enfant s'habille face au mur. Les copains qui ne sont pas des copains l'accusent d'être peureux comme une fille. Il se hâte. Les autres ricanent de tous leurs crocs. Le maître a entendu les rieurs et vient demander ce qui se passe. Il les blâme pour leur manque de pudeur mais conseille vivement au petit timide de s'endurcir.

Rue-Dijon---250-contours-S

Secoué par une main petite mais ferme, Martin se réveilla mollement, surpris que ce rêve n'ait pas eu le temps de devenir effrayant. Il ne s'étonna pas de trouver Clara, bougie en main, lui désignant Edmond qui attendait dans l'encadrement de la porte, vêtu d'une veste de sport marron et portant une casquette au lieu de son képi. C'était pourtant la première fois que cela arrivait. Le jeune homme se leva prestement, mais en évitant de sauter du lit comme il l'aurait fait quelques mois plus tôt. Les réflexes changent parfois vite.

Le gendarme affichait une mine clairement soucieuse. Martin pressentit que le moment de prendre des risques pour de bon était enfin arrivé, mais aucune tentation de joie ne le prit. Seulement une sorte d'angoisse.

Tandis qu'ils descendaient la rue, poings dans les poches, Edmond le brieffa rapidement. Besoin d'un gars léger, souple et habile à grimper un mur. Chapardage de munitions. Cela semblait pressant mais il n'en détailla rien. Martin songea un peu aux commères du quartier qui prédisaient toutes toutes sa fin en prison. Marrant que son premier casse se fasse en compagnie d'un représentant de la loi.

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Coupure texte :

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Il avait une réputation de chien, et elle était méritée, mais ses pires larcins avaient, jusque là, été des illustrés chez le vieux Ternant. Aux dires mêmes de Léon, les sous qu'il lui piquait étaient toujours remboursés en efforts. Magouilleur, bagarreur... Mais pas tellement voleur, finalement. La faute à sa mère, à Alexis, à l'oncle Jo, à Grand-Père...

Peut-être la faute aussi aux coups de règles, à l'école, quand il n'écoutait pas pendant les cours de morale, mais ce n'était pas certain du tout. Il n'avait jamais eu de bonnes notes dans cette matière, et en était plutôt heureux.

Etrangement, malgré le nombre de fois où il avait trimballé des cartouches et parfois même des armes, il ne s'était jamais demandé d'où tout cela venait. Peut-être qu'il savait qu'elles étaient volées et ne voulait pas connaître les détails. Il était de nature curieuse, mais les instincts s'apprivoisent parfois. Aux côté d'Edmond, il avait compris qu'en savoir trop pouvait être dangereux. Il était capable de beaucoup de choses, mais pas de singer la stupidité. Mieux valait donc ne pas s'attirer les questions, ou bien ne pas connaître les réponses.

De toute façon, toutes les questions posées étaient délicates, pour le beau moustachu faussement distrait et plus primesautier qu'il ne voulait bien le montrer. Certains jours, le jeune homme se demandait lequel d'entre eux était le plus fou.

*

 *

Après dix minutes de marche lente et prudente, ils rejoignirent deux autres hommes. Les présentations furent brèves. L'un sembla méfiant, d'entendre l'accent de Martin, face à quoi il présenta encore une fois l'excuse alsacienne. Là-dessus, par sympathie patriotique ou surcroît de précaution, l'autre gars lui fit le coup des souvenirs de voyage. Il grogna genre celui qui est mal luné et n'a pas envie de causer. Edmond sauva la situation en rappelant qu'ils n'étaient pas là pour bavarder.

A la fin de sa scolarité, Martin était premier en gymnastique, aussi bien à la course qu'en escalade. Même avant cette satanée pension où Tatiana avait tenté de l'enfermer, il était déjà le meilleur. Il l'était déjà quand... Quand...

Au moment de passer le mur, une avalanche d'images lui tomba dans la tête. En un instant, il revit l'arrestation d'Alexis, la rencontre avec Tatiana, le voyage sans Ivan... Une nausée le prit, accompagnée d'un vertige. Il s'enfonça les ongles dans les paumes pour se réveiller. Un petit rire lui traversa l'esprit. Les louveteaux avaient grandi et lui aussi. Non seulement il se se laisserait pas dévorer mais lui aussi pouvait sortir les crocs.

Martin-500

Paris 1942.
Martin a 17 ans.

Présenté au 57° concours d'extraits sur le du forum Jeunes Ecrivains (Avril 2017).
Thème de la session : "Danger".

Roman Réaliste "Ange MARTIN"

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Vignette-Martin Texte présenté tel qu'au concours, 
sans retouches ultérieures.

Le spoiler contient une partie
coupée lors du concours (taille limitée)

Etat du texte à date du concours :
repos après écriture du 1° jet.

Etat à date de parution de ce post :
peaufinage avant bétalecture (2° jet).