Ouille-300Pas bien loin d'une poupée qui s'ennuie sur un coussin, le petit train a déraillé de son circuit. Les petits cyclistes en carton sont tombés et les soldats en plomb aussi. Un coup de pied dans le tapis, c'est un séisme ravageur.

Les vitres crépitent sans discontinuer. Il pleut.

L'oncle Jo, malgré ses épaules rembourrées de muscles, sanglote comme un enfant. Alexis l'a fait asseoir dans un fauteuil. Grand-Mère s'est sentie mal, et il a fallu la mener s'étendre. Les cousines piaillent. Les voisins se lamentent. La tante Golda est allée préparer une grosse théière d'une tisane de sa composition. L'enfant pleure aussi, parce que Grand-Père est mort et parce que tout le monde a l'air effrayé. Même Alexis semble affolé. Pourtant, il est toujours calme. Tante Golda lui dit d'arrêter d'enfiler les clopes. Il écrase son mégot et recommence cinq minutes après. Si nerveux qu'il n'emploie pas le fume-cigarette, cadeau de Maman, et qu'il dit aimer parce qu'ainsi il l'embrasse sans cesse. Il va et vient, front plissé. Veste jetée sur un siège.

L'enfant ne le sait pas encore, mais la mort de Grand-Père va entraîner sa disparition à lui. Dix ans plus tard, il en serre encore les dents. Pour ne pas suivre le vieux ronchon qui lui racontait pêle-mêle le potager, Maman étant petite et plein de souvenirs à faire rêver.

Il ne comprend pas, n'imagine pas ce qui viendra après. Il sait juste que tout le monde pleure et que c'est normal. Grand-Père, avec sa voix tonnante, c'était Grand-Père. Celui qui sait comment les choses doivent être. Qui dit ce qui peut se faire et ce qui n'est pas bien. Celui qui fait trembler rien qu'en fronçant les sourcils.

Blockaus-et-vagues--C3-signe-250Il est mort. Des vilains méchants l'ont tué, quand il rentrait de son magasin. Il est mort comme ça, et l'enfant regarde sa mère, qui n'a jamais peur de rien, frissonner toute pâle tandis qu'Alexis cherche des mots rassurants à lui chuchoter. Il en oublie comment il parle. Mélange ses phrases avec les mots de son pays. S'empêtre encore et encore. Elle a les yeux mouillés. Il la serre comme Grand-Père n'aimait pas qu'il fasse devant tout le monde. L'enfant serre les poings. Pourquoi il y a des gens méchants ?

 

 


Thème : "Un seul être vous manque".

Roman Réaliste "Ange MARTIN"

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Vignette-MartinExtrait découpé en mai 2017.

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