Un vendredi sur la chatbox du forum... une membre se connecte, dit bonjour, et en réponse au "comment ça va", se dit contrariée par ce qu'elle a lu dans le journal. Elle ne s'explique d'abord pas, trop agacée, et pour finir, nous raconte qu'une jeune fille de 17 ans est tombée dans le piège du compte d'auteur.

Avisse à la population d'écrivains en espérance qui erre sur le Net : surtout, ne rien signer sans avoir réfléchi, et surtout pas un contrat où on commence par payer avant de vendre.

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Sur le forum, il se dit souvent qu'une "vraie" maison d'édition est à "compte d'éditeur". On veut dire par là que l'éditeur prend en charge non seulement les aspects pratiques de la publication mais leur financement, et que leur tâche se poursuit une fois l'ouvrage sorti.

En "compte d'auteur", l'auteur paye pour financer la mise au point du livre (correction, mise en page, illustration, ISBN) et sa fabrication (impression). L'éditeur effectue une tâche de coordination sur tout cela, mais ne prend aucun risque financier. La diffusion (publicité) a également beaucoup de chances d'être à charge de l'auteur, même quand le contrat dit le contraire, car la maison vit plus sur le nombre d'ouvrage publiés que sur leur vente. Il arrive même que l'auteur soit incité à acheter les invendus.
Partant de quoi, l'éditeur gagnera la même chose pour un navet et un chef d'oeuvre. Toute la différence sera pour l'auteur. Ce n'est pas illégal, et c'est une pratique très ancienne. Tellement ancienne qu'à une époque où l'autoédition se développe très vite, on peut se demander si ce n'est pas une relique du passé... mais ce n'est pas de cela que je veux parler.

Après cette parenthèse technique, reprenons cette petite histoire tellement humaine.

Que l'auteur soit seul dans sa chambre ou connecté à un espace virtuel où on peut parler avec d'autres acharnés du clavier, il est en tête à tête avec sa page. Le peaufinage, s'il se fait d'après des avis de lecteurs, est déjà moins solitaire. La correction, si elle passe par une bétalecture, l'est encore moins. Arrive alors l'édition... et là, c'est le saut dans l'inconnu d'une grande place noire de monde.

Avant d'affronter la foule des lecteurs en délire, il faut plaire à celle des éditeurs. A moins d'être une plume hors du commun, les chances de recevoir un "oui" dès le premier envoi sont infimes, et cela pour une raison très simple : un livre est plus vite écarté de la pile que conduit à la pile suivante. Cela non plus n'étant pas mon sujet, je le laisse pour une autre fois.
Les refus, pour un auteur à ce stade, c'est comme les petits trous pour le poinçonneur de la station de métro des Lilas. Ordinaire et désespérant. Dans ces conditions, l'arrivée d'un "oui" est un événement digne de sortir le champagne. Et ici vient se poser la question du compte d'auteur.

Normalement, la nature "auteur" ou "éditeur" est indiquée sur le site de la maison. Même ainsi, on peut se laisser prendre à y envoyer un mansucrit en n'ayant pas vu cette mention. Les chances d'un "oui" de ce côté sont bien entendu plus grandes, et pour cette raison, il vaut mieux attendre le contrat avant de faire sauter le bouchon.
Dans le cas d'une maison à compte d'éditeur, je suggère de mesurer le saut de joie, tant que le contrat n'est pas signé, mais c'est tout de même une excellente nouvelle. Le texte a conquis une ou des personnes exigeantes, qui seront pour lui ce que la bonne fée est à la princesse. Sauf pépin toujours possible, le fruit du travail est enfin à portée de main.

La jeune fille dont je parlais plus haut sans doute sauté de joie, et comme on lui demandait une grosse somme, a pris un compte sur un site de financement participatif (souscription). Cela me semble signe qu'elle a de l'initative, et c'est un très bon point, car dans cette voie il vaut mieux être énergique.

Son histoire est arrivée à moi suite à un article de journal. Et nous voici à ce qui me choque dans cette affaire.

Jusqu'à présent, il n'y avait dans ce triste fatras rien d'extraordinaire. Des auteurs sortis trop brutalement de leur bulle d'écriture et se ruant sur le premier "oui" tombé dans la boite mail, on en voit presque toutes les semaines, dans la section édition du forum.

Mais une auteure de 17 ans interviewée par un journaliste qui  n'a pas la présence d'esprit de poser dans son interview "est-ce une pratique courante dans le monde de l'édition?", c'est beaucoup moins banal. Est-ce parce que je ne suis pas de cette profession que j'aurais carrément avertie que ça ne l'était pas?

Après ça... comment s'étonner qu'on voie de temps à autre un nouveau membre débarquer absolument certain que tous les éditeurs demandent de payer ! Crénom d'un bouillon de chaudron ! Ce n'est plus de l'information, mais de la désinformation ! Une jeune auteure de 17 ans sur le point de percer, cela fait un très joli gros titre. Une demande d'aide lancée par elle pour la publication de son premier livre, cela fait vibrer dans les chaumières et paraît une excellente action aux braves gens attendris ou simplement attentif à l'avenir culturel. Oui, mais non. Je ne suis pas d'accord. Un gros titre ne vaut pas qu'une adolescente paye naïvement une fortune pour un livre qui ne sera peut-être pas vendu. sans compter que si cela se produit, dans deux ans, c'est elle qui sera horrifiée d'apprendre que son bébé va finir au pilon. Un gros titre c'est très joli, et certains valent de la littérature, mais c'est trop souvent un slogan publicitaire accrocheur et bas de gamme.

Et si ce journaliste n'est pas irresponsable mais ignare, ce n'est pas mieux. 

Voilà. j'ai poussé mon coup de gueule.