Il a été l'un des visages les plus fascinants du cinéma western.

Abonné aux rôles de bandits dans la première partie de sa carrière, il n'est qu'à peine sorti de la catégorie sur son rôle le plus connu, dans "le bon, la brute et le truand" de Sergio Leone. Titre original : "il buono, il brutto, il cativo".  

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"Il cattivo" : autrement dit "le chat", ou comme il l'a été traduit "le truand", mais avec un sens de sournoiserie, de goût pour la machination, que le terme "truand" n'a pas forcément en français.  

Ce terme de "il cattivo" lui va comme un gant. Ce qui ressort de son visage est très exactement cela : un chat guettant sa proie.

Un des personnages de mon OLNI est supposé lui ressembler, et est surnommé par ses complices "le Sphinx" ou parfois "le Chat du Cheshire". C'est assez symptomatique de l'impact que ce visage a sur moi, car aucun autre de mes personnages ne possède un physique directment inspiré d'un visage ayant existé. Tout au plus, dans mon western, j'imagine les yeux de plusieurs personnages (de la même famille) voisins ed ceux de Kirk Douglas. Les yeux, seulement. Bien qu'il ne soit pas détaillé à ce point, j'imagine assez le père avec des allures à la Cint Eatwood, mais seulement les allures car il est décrit comme "tout en pâleur et en maigreur". Je visualise assez bien la plupart de mes personnages, mais ne me pose jamais la question "d'où cette apparence est-elle inspirée".

Sélénite championne dans les digressions...

 La réalisation de ce dessin a été racontée sur mon autre blog (consacré à mes dessins).

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Lee van Cleef a fait ses débuts (et pas que) dans le cinéma d'époque Hays, où les apparences étaient réglementées. Le gentil doit avoir la gueule d'un gentil et le méchant la tronche d'un méchant. Le spectateur devine dès le début qui est comment et peut donc supposer (la fin devant être morale), qui va gagner.

Pas moyen de parier sur le résultat des courses...

Dans un système pareil, il est tout à fait logique (pour ne pas dire fatal) qu'un visage au regard scrutateur évoquant la ruse et à la bouche énigmatique mais rigide devienne celui du personnage intelligent mais mauvais.

Délit de sale gueule, en somme...

Le Chat de "le bon, la brute et le truand" échappe à cette codification  parce que le film est italien. 

Le personnage est difficile à cerner entre le Bien et le Mal (les deux autres aussi), et son apparence l'est aussi. Au niveau du visage : on ne change rien, et même on accentue. Au niveau du costume : impeccable sous toutes les coutures (une vraie allure de croque-mort), ce qui dans le code Hays était réservé aux gentils. Globalement : un mix entre Bien et Mal, dur cerner et de toute façon inquiétant. 

Finalement... une allure très "chat", autant que le caractère du personnage. La codification est différente (et de loin), mais finalement, le personnage reste en accord avec son apparence et on sait plus ou moins à qui on a affaire. Le ressenti qu'en a le spectateur au début du film ne sera pas démenti plus tard. Un mélange aux nuances incertaines. L'être humain n'a pas besoin d'être tout l'un ou tout l'autre, et ses actes non plus. Surtout quand le cadre est rude et se prête aussi bien à l'entraide qu'à l'égoïsme.