Depuis quelques années, les créations de petites maisons d'édition se multiplient... et leurs fermetures aussi. 

L'un découle de l'autre, pourra-t-on dire. 

Ce n'est pas faux, mais cela va dans les deux sens. S'en créerait-il autant si celles qui sont venues avant avait tenu le coup ? 

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Pour les lecteur, cela veut dire une moins grande palette de choix. Chaque maison a ses préférences, ses critères de choix, sa politique éditoriale. Même quand elles ne publient qu'une paire de livres pas an, c'est déjà ça en plus des ouvrages sélectionnés par les gros éditeurs. 

Ils sont très bien, les gros, dira-t-on. La preuve c'est qu'ils marchent bien et que tout le monde les achète. Mouais bof. Ils marchent bien parce qu'ils sont gros et le public les achète parce que leur publicité est plus efficace. L'auteur qui décroche un contrat chez eux peut sauter de joie. Quoique... si un livre rate son démarrage, ils passent au  suivant. La montagne de manuscrits qu'ils reçoivent leur permet amplement de dénicher quelques ouvrages qui valent la peine de miser dessus. 

Dans ladite montagne de manuscrits, très peu seront retenus. Certains ne seront même pas lus, ou juste feuilletés sur le début. 

Par chance, il y a les petits, qui reçoivent nettement moins de livres mais souvent encore trop pour leurs capacités de lecture. Comme les tâches pré-éditoriales coûtent de l'argent (correction, couverture, mise en page) et prennent du temps, ils vont essayer de rentabiliser l'investissement, et prendront plus grand soin des auteurs. La promo sera (hélas) nettement moindre, car elle aussi coûte cher. Ceux qui ne publient qu'en numérique économisent les frais d'impression et transport, ainsi que la prise de contact avec les libraires. Ceux qui font du papier se vendent souvent par voie internet et parfois petits libraires, mais ont bien du mal à décrocher les grands.

En deux mots : d'un côté les aristos, de l'autre le petit peuple.

Catalogue-JE--200Je gère un catalogue de nouvelles plumes, sur base que les auteurs sont membres d'un forum. Ce n'est pas grand-chose ce petit catalogue, mais je l'aime. Il ne représente pas une grosse force de promotion, mais c'est un geste d'entraide... et sait-on jamais qu'il grossisse et devienne vraiment quelque chose ? Deux années de suite, je l'ai mis en forme avec joie et émotion. Cette année... ce sera tristement. Plusieurs livres sont SDF. Effet déprimant de la situation cadavérique du monde éditorial : j'en arrive à guetter les décès et les affaiblissement. Ou du moins, je ballote entre le faire et ne pas le faire. Ma raison me dit qu'il faut. Ma paresse (ou lâcheté) me dit de ne pas regarder ce massacre. J'ai même, un jour où j'étais débordée par mes problèmes personnels, envisagé de laisser tomber mon petit catalogue chéri. Oui, mais non. Je ne pouvais pas le laisser s'allonger lui aussi sur le champ de bataille. 

Dans deux ans, sera-t-il vide ? ou peuplé d'autoédités ?
ou de petites maisons auront-elle survécu à la tempête ? 

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Comment s'étonner, dans ces conditions, que l'autoédition ait le vent en poupe ? 

Editeur est un métier, et tous les auteurs n'ont pas forcément les capacités de le devenir. Tant mieux pour ceux qui parviennent à coiffer cette casquette. Les autres sont condamnés à espérer gagner au loto décrocher un gros (et le garder), ou bien faire équipe avec un petit en croisant les doigts pour qu'il ne fasse pas naufrage. Inutile d'ajouter à la liste les éditeurs à compte d'auteur : ils ne feront pas la phase post-edition, c'est à dire la promo et la vente, ce qui représente le plus gros et le plus dur du travail éditorial.

Le paquebot est dificile à prendre.

La petite barque coule quand il y a trop de vagues,
et le voyageur se voit obligé de trouver
une autre coquille de noix et/ou poursuivre à la nage.

Entamer le voyage en maillot de bain est risqué... 
mais si on doit le faire au bout du compte,
est-ce qu'il ne vaut pas mieux le faire tout de suite ?

Mais... on fait quoi, quand on ne sait pas nager ?

2017-Talant-Ste-Madeleine

 

Dames Patience et Persévérance sont de bien précieuses alliées, quand on a un bébé de papier à placer... mais que dire de leur soeur dame Chance ?

 

L'autoédtion est une voie de liberté, dit-on par là. C'est un chemin difficile, rempli de cailloux pointus, ajoute-t-on de l'autre côté. Et par derrière, bourdonne l'idée reçue que c'est un univers rempli de mauvais auteurs et de mauvais livres. Idée reçue d'ailleurs pas si fausse, car la route est ouverte de la même manière à tout le monde.

Hélas... les petites maisons sont des gens qui aiment le Livre et connaissent les ficelles utiles pour le créer matériellement et le promouvoir. Souvent, eux-mêmes écrivent, mais le cumul des qualités dont ils font preuve n'est pas le lot de tout un  chacun. Et pourtant... c'est un univers selon cette forme qui se met en place.

Les géants contre les lutins.

 

Je ne sais pas très bien comment conclure cet article.

C'est un coup de gueule dans le vide, ou bien un éloge funèbre.

Quant à toi, visiteur-lecteur, tu peux observer une minute de silence, ou bien te ruer sur le site d'une petite maison d'édition et y acheter quelque chose. 

 

 

La Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse

La Charte, l'ATLF, la Sgdl Auteurs et le Groupement des Auteurs de Bande dessinée (SNAC) vous convient à l'enterrement du Livre de demain, lundi 9 juillet à 13h30, dans les jardins du Palais-Royal....

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