Un titre en latin pour un livre parlant du Japon ? Quelle drôle d'idée ! 

  ♦ 2018. "Intuitu Personae"  Nemu Yoake  ♦    

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Nemu Yoake, l'auteure de ce livre, n'est pas japonaise.  

C'est une française émigrée au Japon. Un déplacement qui a été mûrement pensé très jeune, et obtenu à la suitre de longs efforts pour... s'intégrer.  

Le Japon n'est pas un pays d'immigration. Il n'est possible de s'y installer que si on a déjà une certitude de pouvoir travailler.  

Avant cela, bien sûr, il y a eu la prise de contact, la découverte du "vrai Japon", par opposition à celui des rêves qu'elle en avait, comme toute jeune occidentable nourrie aux mangas, et des idées reçues flottant chez nous sur là-bas.   

Nemu Yoake a choisi d'autoéditer ce livre sans lui chercher éditeur car elle pensait que trouver serait très difficile. Peut-être ou peut-être pas. Ce récit de vie est intéressant et le personnage (la jeune fille qu'était l'auteure quand elle s'est jetée dans l'aventure), est tout à fait propre à ce que n'importe quel lecteur s'y identifie. Peut-être lui aurait-on demandé de romancer plus. Ou bien lui aurait-on imposé un autre titre (ça, c'est même très probable). Quoi qu'il en soit, elle a choisi la voie aventureuse de l'autoédition... et cela correspond très bien à la personne qu'on voit évoluer dans le livre. C'est même une assez jolie "post-face".  

Appréciation basique sur le livre :
style clair, à la fois simple et vivant, qu'on comprend aisément et qui insuffle l'envie de lire la suite. Contenu plus proche d'un essai de sociologie-psychologie que d'un récit de voyage.

Lors du premier voyage, elle confronté sa vision d'occidentale à un Japon... où chacun porte un masque. Comment connaître le "vrai Japon" quand on vous parle comme à une occidentale ? Et puis, elle a appris à "faire avec" ce trait de civilisation japonaise, et l'endosser.

Sur cette phase de découverte, j'ai constaté que certains point qui l'ont étonnée ne me surprenaient pas. Cela vient sans doute de ce que je m'intéresse à la culture japonaise tradtionnelle, pratique le bouddhisme zen et me passionne pour les mythologies, qui sont aux cultures ce que l'ADN est aux espèces animales. Peut-être, par contre, aurais-je été surprise par d'autres, qui ne lui ont en revanche rien évoqué de spécial.
En espérant ne pas déraper en digression hors-sujet, je vais poursuivre sur cet apparté...

Percevoir la différence majeure entre cultures orientale et occidentale peut se faire en empilant sur une table d'un côté des BD d'aventure et de l'autre des mangas. A condition de faire l'analyse, bien sûr !
        Sur la première pile, on trouvera des héros solitaires et tenaces, ou bien des héros forts et protecteurs, des personnages en qui on a confiance ou qui agissent dans l'ombre sans se soucier d'autre chose que leur conscience ou leurs réflexions. Un peu moins, à présent que la Fantasy s'est lassée des héros trop héroïques et les fait évoluer en équipe. 
       De l'autre côté, on touvera des héros dont la force est surtout mentale. Il n'est pas rare qu'ils soient entourés de personnages plus puissant qu'eux, mais moins audacieux. Rêver, espérer, et donne envie aux autres de le faire et se battre pour réaliser la chose. Il n'est pas rare non plus que l'adversaire finisse par se changer en allié fidèle quoique rival. 
      D'un côté, une société où il est normal de développer un Ego indépendant et où la réussite passe par la force de cet Ego. De l'autre côté, un monde où l'individu n'est qu'une composante du groupe.

Parenthèse fermée...

Après la phase de contact, en est venue une de réflexion à propos de ce qui avait été observé, et de ce qu'elle voulait faire de son avenir. cogitation dont il est ressorti qu'elle ferait des études d'enseignante au Japon. 

Nemu Yoake, après avoir été agacée par les "masques" que chacun portait en face de telle  ou telle personne (qui de son côté en fait autant), a fini par les assimiler comme un moyen d'éviter les frictions et établir une cohésion du groupe. 

C'est un système complexe, qui implique de bien connaître les autres joueurs ou savoir se tenir convenablement jusqu'à les avoir évalués. On entre ici dans un jeu d'empathie. Comment montrer le visage qui convient si on ne parvient pas à deviner celui qu'attend l'interlocuteur ?

Intuitu-Personae---3--300Paradoxalement, cette distance créée par les "masques"... facilite la communication.

Il faudrait un petit shéma, ou même plusieurs, pou mettre en évidence le fonctionnement des différents "Moi" présentés à celui-ci ou celui-là en telle ou telle circonstance, au groupe "travail", au groupe "copains du club de sport", au groupe "voisinnage", etc.

Apparté n°2 : les japonais ne seraient-ils pas plus faits que nous pour les réseaux sociaux et les forums internet ? Ils ont plus l'habitude de ne montrer qu'une partie d'eux, et garder le reste pour eux ou pour quelqu'un d'autre. Je n'y avais jamais songé, mais voilà que je me gratte la tête là-dessus...

Apparté n°3 : cette société en cohésion porte un héritage assez net de la féodalité japonaise, où les liens de fidélité étaient très forts. Chez nous... on a connu cette idée de liens solides et d'honneu de groupe, mais cela s'est dissout dès le XIV° siècle, et fatalement, il n'en reste plus grand-chose à présent ! Par contre, nous sommes restés très amateurs de jaqueries manifs, commérages dans le dos bien que très attachés à l'idée que seule la vérité blesse.

Dans tout ça, je n'ai finalement pas encore beaucoup parlé du livre !

Incorigible sélénite...

 Il faut dire que, ce texte n'étant pas un roman, il y a plus à dire sur ce qu'on en a tiré que sur ce qu'on a lu. 

S'il faut résumer le livre : 

Premiers pas et début de route 
d'une jeune française
déterminée à vivre au Japon.

Ou l'apprentissage de la façon japonaise d'exister.