Quelle longueur de  texte un auteur écrit-il par an? par mois ? par semaine ? par jour ? par heure ?  

Tout d'abord, tu l'auras bien compris, lecteur de ces lignes et peut-être du texte pondu par cet auteur : cela dépend du texte et de la personne. 

Sur mes textes, celui qui a présenté le moins gros rapport quantité-temps, c'est "Ange Martin", roman de 62.000 mots dont le 1° jet a été écrit en un an mais après que 4 versions "ratées" aient précédé celle-là, dans les années précédentes. Il y a eu des semaines (et des mois) à zéro mot, et d'autres périodes plus inspirées (et moins chargées de doute). 

Le record de rapidité revient à mon western. 1° jet en deux mois seulement ! Pour un texte de 120.000 mots en 1° jet et 150.000 une fois fini. 

A ce temps de "ponte", il faut ajouter ceux du peaufinage et de la correction, mais là, il est difficile de mesurer le travail en nombre de mots. 

Cette rapidité d'écriture n'est pas une fin en soi, car écrire vite, c'est souvent mal écrire. Cependant, se motiver à écrire le plus possible peut être un moyen de se débarrasser des blocages provoqués par le doute et de s'obliger à écrire un peu au lieu de procrastiner en se promettant de faire ça demain. 

224 mots.

record-nb-mots-2014

Une page bien remplie, bien massive, avec très peu de blancs en bout de paragaphe, peut atteindre les 800 mots. Plus souvent, cela tourne autour de 500. 

Sur le forum J-E, 500 mots, c'est la taille minimale d'une "Constance" (sorte de défi ou de promesse par laquelle on se donne un objectif à atteindre en nombre de mots).  Selon la difficulté du texte, l'inspiration en laquelle on se sent et le temps dont on dispose, ces 500 peuvent être peu ou beaucoup. 

On pratique aussi sur J-E les "Word War", qui consistente à se défier entre claviotteurs pour une guerre conviviale destinée à faire avancer nos textes, de la même façon que les Constances, mais en plus rapide (un quart d'heure). On n'en fera pas forcément plusieurs dans la semaine et il arrive que le paragraphe écrit soit rayé ensuite. On a quand même consacré ce temps à écrire et non à regarder le plafond. 

La recordwoman sur forum dépasse les 500 mots en WW. Mes scores sont moin élevés et tournent en général entre 200 et 300 (sauf sur Martin, où je n'aurais même pas tenté d'en faire une). C'est le rythme de la plupart des participants, mais il faut dire que nous sommes des habitués  de ce sport. Un débutant ne parvenant pas à dépasser 100 ou 150 n'aurait rien que de très normal. Au  début, je ne comprenais pas l'intérêt des WW, puis je me suis rendue compte qu'en les faisant se succéder, on prend un rythme de : 15 min d'écriture + 15 de réflexion et relecture + 15 min d'écriture et ainsi de suite. 

A raison de quatre WW  par soirée (deux heures d'écriture) et de 250 mots par WW, on atteint les 1000 mots par jour... et le texte avance très vite !

Prendre une Constance de 3000 mots est à  priori un objectif ambitieux, mais à ce rythme, il devient presque petit. Encore faut-il que le texte se prête à ces "sprint". Ce qui n'est pas toujours le cas.

 560 mots

record-post--FB

 Ainsi qu'on le voit sur la première image de cet article, je me donnais en 2014 des Constances de 3000 mots. C'était pour mon western. Elles ont toutes été dépassées. l'image que j'ai placée est une copie d'écran de la plus grosse que j'aie faite à ce moment-là. Etant malade à cette date, je ne manquais pas de temps pour mon clavier et mes personnages.

Va donc savoir pourquoi, lecteur-visiteur... j'avais gardé en mémoire un record d'environ 16.000. Du coup, quand j'ai récemment atteint les 20.112 mots, j'ai pensé avoir dépassé. Ces 20.112  ayant pour ainsi dire brisé une période de "ça veut pas sortir", j'étais tout à la fois stupéfaite, ravie... et un peu triste à l'idée de ne sans doute jamais faire mieux que ça.

3000 mots (revenons à des scores à taille humaine), cela correspond plus ou moins à 6 pages de traitement de texte, et le double en pages de livre. Et je le répète : même si on peut aisément faire mieux en sprintant, c'est déjà beaucoup. 

Ecrire tous les jours n'est pas facile pour tout le monde. Les auteurs ne sont pas tous des créatures éthérées vivant de plume et d'encre en écoutant la pluie tomber sur leur mansarde. Ils ont une vie, comme tout un chacun, et cette vie peut prendre du temps. D'autre part, la vitesse du 1° jet ne signifie rien. Plus il est rapide, plus il y a de chances que le peaufinage soit long. 

N'oublions pas, au passage,
les questionnements de scénario et de documentation,
qui peuvent ralentir le 1° jet

2010--langueJ'ai la chance d'avoir des réflexes acceptables sur l'orthographe, la conjugaison et la syntaxe. Cela m'évite un dégrossissage fatigant et démoralisant. Ou du moins le réduit, car il y a des moments où je me dis que les réflexes devaient être en congé ce jour-là. Sans compter ceux où je trouve des paragraphes presque en double, des phrases tronquées et des fautes de frappe à foison.

Ce que je nomme le peaufinage est appelé "réécriture" par certains, et vu par d'autres comme déjà de la correction. Je ne suis pas d'accord avec le terme de réécriture pour la simple raison que j'ai réécrit Martin plusieurs fois... en revenant au stade "zéro mot". Quand on garde le 1° jet, alors ce n'est (selon moi) pas de la réécriture mais seulement de l'amélioration. D'où "peaufinage".

Le 1° jet est une matière sinon brute, du moins à peine travaillée. Il faudra passer encore du temps dessus pour en faire un texte digne de ce nom. Après quoi, il faut faire passer à ce texte l'épreuve de la "lecture pour avis" (optionnel, mais ça vaut mieux), puis celle de la bétalecture (encore plus conseillé), et celle de la correction (alors là, y'a vraiment intérêt à ne pas l'oublier). 

 

Bref... tout ce blabla pour quoi ?

Peut-être pour conclure qu'il n'est pas facile de donner une approximation globale sur la vitesse de production d'un écrivain...

gila--300

1023 mots

 

 

Tous les ans, en novembre, a lieu le Nanowrimo. Un mois pour écrire 50.000 mots. Défi qui n'est pas facile du tout (sans quoi ce n'en serait pas un), et qu'on ne peut réussir qu'en ayant un peu réfléchi avant au livre à écrire. Ou en partant en total live surréaliste.

 

 

Et la vitesse, au bout du compte ?

Pour mes propres textes, le record de vitesse est Howahkan, avec 2 mois de 1° jet + 2 mois de peaufinage + 7 mois de correction + 2 mois de repos avant relecture finale agrémentée de quelques corrections finales. Cependant, il a été à nouveau peaufiné l'an dernier et va l'être une fois de plus. 

Martin détient le record de lenteur, avec 7 ans d'écriture + 4 mois de repos + 4 mois de peaufinage + 2 mois de repos durant lesquels il a été bétalu + 2 mois (seulement) de correction + 1 mois de repos avant relecture finale

Mais les Errances en sont à 1 an et 3 mois d'écriture + un début de peaufinage + un giga-repos + peaufinage repris un an et 3 mois après fin du premier jet, et ayant duré 5 mois + 2 mois de repos avant relecture et bétalecture + bétalecture repoussée pour peaufiner à nouveau + repos par manque de temps + nouveau peaufinage... heu, je m'y perd... 2 ans et demi après fin du premier jet, mis en repos (espéré bref) afin de re-re-peaufiner Howahkan. Au total  : déjà 4 ans !!! Crénom d'un chaudron, que c'est long !

Mais je discutais hier avec une membre du forum dont le roman est commencé depuis... 13 ans ! Et n'en est qu'à la moitié.

et encore 280 mots de plus