On soulève la table pour la dégager. Elle respire comme si elle s'était noyée. Un des gardes du type au cigare était bloqué aussi. Sa chef lui sonne les cloches. Leur patron a l'air salement atteint. Ally s'en fout. Se rue vers les gardes agglutinés. La première chose qu'elle aperçoit, ce sont des rivières de sang. Puis Terry, que Roch maintient sur le côté. Un garde découpe les vêtements. Deux larges plaies au buste. Des tas d'autres sur les bras. Roch lui parle. Lui dit de tenir bon. Pour sa gosse. Pourquoi il perd son temps à ça ? Parmi les débris de vaisselle éparpillés, une navaja étale sa lame ensanglantée. Yeux rivés sur les taches, Ally entend la voix rauque et douce chuchoter dans sans mémoire. Un garde appuie une boule de tissu sur les blessures. Roch continue de souffler à l'oreille du blessé. Gémissement avec giclée rouge. Roch beugle que le médecin devrait déjà être là, passe dans ses cheveux une main dégoulinante, puis se penche à nouveau. Répète à Terry que Yona et Iris ont besoin de lui. Désignant discrètement à son chef une déchirure sanglante sur son bras, un garde demande la permission de transformer sa manche en bandage, puis lui suggère de rentrer. On ramènera Terry sitôt qu'il sera en cuve de léthargie. Le Big Boss commence par refuser, puis aperçoit Yona et change d'avis. Est-ce que tout ça est un rêve ?

2017-Dame-a-oiseau

La petite chose insipide chiale en silence, sans aucun sanglot mais à grands flots. Roch, tout doucement, lui propose de revenir à l'hacienda avec eux deux. Il lui parle avec sa voix velours pastel. Celle du matin des nuits de passion et des jeux avec Laura. Elle ne répond pas. Vacille. Il se frotte encore le crâne et grogne qu'elle est sous le choc. La petite dinde se rue vers Terry. Se cramponne à sa bouche. S'écroule en boule sanglotante. Roch la redresse vivement, la prend par le bras et soupire un ordre de départ. Ally hoche une tête qui ne pense plus. La femme du Chef suit son mari qui se met à l'abri. L'envie d'une clope lui revient. Féroce et angoissée.

Retour au bercail. Triste fin d'une soirée bien commencée. Dans la voiture, Ally tente de se blottir contre son homme, qui la repousse. Il transpire. Droite comme un I, figée, Yona ruisselle. Ally grelotte. Ils s'en tirent bien. Les agresseurs s'étaient glissés parmi les serveurs. Tête-Rouge remâche. Oui. Ils s'en sont bien tirés. Elle a mal partout et demain sa peau sera toute bleue. Tout va bien.

Levée à l'aurore presque sans avoir dormi, Ally croise un Roch aux yeux bleuis avec cheveux encore maculés de sang, chemise toujours tachée et déchirée. Il examine le bilan de la cuve de léthargie. Dans le salon, Lee essaye de rassurer la bécasse pâlichonne. Ally lâche un persiflage. Pour faire comme si tout était normal. Pour se prouver qu'elle n'est plus prisonnière sous la table. Pas morte. Pas ligotée dans une baraque inconnue. Chez elle. Avec son mari, sa fille, son piano et quelques larbins. La tronche de rat ne riposte pas. Se refuse à étaler ses rapports avec Terry devant la petite chose. Ally remet une dose. Une gifle tombe, venant de derrière elle et de Roch qu'elle n'avait pas vu entrer.

– Garde tes sous-entendus pour un autre jour.

Sa voix implacable. De chef. De machine. Yeux fermés, elle revoit la nappe au-dessus d'elle. Sent ses bras écrasés sous la table. Son buste. Regarde son chéri sans comprendre. Devant leurs gens, et de sang-froid, il l'a frappée.

 

 

Présenté au 67° concours d'extraits du forum Jeunes Ecrivains (juin 2018).
Thème de la session : "Libéré, délivré".
"Sinistre DiscoBall".     /  saison du Dragon (5°/12)

 Tous les messages concernant DiscoBall : ICI.

Extrait-OLNI-200

 

 Texte présenté tel qu'à date du concours, 
sans retouches ultérieures.

Etat du texte à date du concours :
en cours d'écriture.

Etat à date de parution de ce post :
premier jet achevé.

Parution prévue sur le blog 
http://discoball.canalblog.com 
à partir de janvier 2020.