VIII° siècle après JC.  Francie. L'époque de Charlemagne. 

Ce n'est pas la période la plus employée pour les romans historiques, et cela donné déjà une particularité au roman. 

♦ 2018. "Le choix du roi". Solène Bauché.  ♦  

Quand j'en ai demandé le service-presse, je croyais à un roman purement "historique". Ensuite, j'ai réalisé qu'il était aussi "fantastique", et j'ai craint de voir débarquer le surnaturel à dose importante. Non. Ca va. Ca n'arrive pas. Il y en a bien une touche, mais elle est légère et presque normale dans un roman se déroulant à une époque où on y croit beaucoup.

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 La première chose qui m'a frappée, c'est le choix d'une narration à la première personne, avec pour narrateur rien moins que Charlemagne. Pas encore Magnus, il est vrai.

La deuxième, tout de suite après, c'est la profondeur d'immersion.

La documentation a visiblement été non seulement cherchée avec soin mais longuement étudiée et réfléchie. Elle est là, on la sent bien présente. On la touche, ai-je envie de dire. Mais elle n'est à aucun moment déposée sur le texte comme un petit nain en plastique sur une bûche de Noël (c'est a dire de façon étrangère au récit et sans utilité apparente). Je n'aime pas du tout ce genre de complément d'information, et leur préfère encore les notes de bas de page. Ici pas de post-it collé sur le texte et pas non plus de références à consulter pour mieux comprendre.

Compréhension + immersion = très bonne impression de départ. 

#RomanHistorique 
#PourDeBon
#PasJusteUneDate

Troisième ingrédient marquant : la documentation n'est pas la seule à être approfondie. Les personnages aussi. Et c'est un joli tour de force, car ils sont à la fois crédibles du point de vue historicité et touchants de notre point de vue moderne.

Autrement dit : l'auteure parvient à nous faire effectuer un bond en arrière de douze siècles. 

#EtSansMachineAVoyagerDansLeTemps.

Le style narratif assume bien l'usage de la première personne. Il y a plusieurs narrateurs successifs, qui se partagent les trois grandes parties et des intermèdes. Aux différents changements, j'ai éprouvé un peu de mal à "changer de tête", mais l'attachement aux personnages et l'intérêt porté à la suite du récit permettent de ne pas se laisser trop perturber. 

Le style d'écriture ne change pas d'un personnage à l'autre. En général, des personnages qui parlent tous de la même façon, cela m'agace. Ici, je m'y suis faite très facilement.

Le style  en question est très soigné. Sans être alambiqué, il est tout de même "littéraire" plus que "parlé". Le passé simple peut évoquer des "mémoires" écrites par les différents personnages, mais la syntaxe correspond assez peu à une ambiance du Haut Moyen Age, même en milieu nobiliaire. Pourtant, c'est bien à quelque chose de cette époque que j'ai songé : les chroniques. Mis à part que ces textes n'étaient pas écrits à la première personne, cela y ressemble. Calme même dans l'action ou la tension. Détaillé. Et pourtant expressif. 

 

Et pour le récit ?

J'ai accroché vite et fort sur la première partie. A la deuxième, mon intérêt a baissé, et à un moment j'ai craint de glisser vers du surnaturel franc, ce qui aurait beaucoup tranché avec le début. En fait, non. Il n'y a qu'un seul fait vraiment inexpliquable dans tout le livre, et on reste dans le Fantastique sans que cela vienne se teinter de Fantasy. Tout au plus un peu de Merveilleux, mais juste un peu. 

#GenresLitteraires

Le problème ? En partie 1, le fil narratif est facile à cerner. En partie 2... celui de la partie 1 s'est bouclé et je me suis trouvée marchant sur un chemin dont j'ignorais las destination. L'intérêt porté aux personnages (très attachants) m'a toutefois gardée attentive. Sur la fin de la partie 2, j'ai commencé à percevoir le fil principal du livre. A partir de quoi, il n'y a plus qu'à le suivre jusqu'au bout, c'est à dire sur la partie 3. 

Parvenue à la fin, j'ai tout de même gardé l'impression que la première partie était la meilleure. Impression qui ne sera sans doute pas celle de tout le monde, car leurs points forts ne sont pas les mêmes.

La première est la plus historique, et aussi la plus psychologiquement rude. Ensuite, le récit s'éloignant des faits et dates connus pour entrer dans des données plus floues, il y a plus de possibilités à différents niveaux. Les personnages y sont moins "éloignés de nous", et du coup peuvent être plus accessibles. La distance temporelle entre eux et nous se fait moins brutale.

Peut-être ma préférence pour la première partie vient-elle de son personnage narrateur (à personnalité bien trempée), car j'ai été aussi solidement ligotée à la "toute fin", qui se déroule à nouveau de son point de vue. Et hop, rien de tel qu'un "the end" bien amené et bien écrit pour refermer le livre en regrettant qu'il ne soit pas plus long.

Gros merci à Solène pour ce service presse.
J'aurais vraiment loupé quelque chose, à ne pas lire son livre !