Il n'a pas lâché un mot pendant tout le trajet. Peut-être même qu'il s'est endormi. Il n'en est pas certain. Oui, sans doute, il a dû dormir, car quand le véhicule s'arrête, il se rend compte qu'il a la tête posée sur la poitrine de sa femme qui lui caresse les cheveux. Sa cravate est dénouée. Elle semble inquiète. Il n'a pas très chaud, et en sortant du véhicule frissonne carrément. Ce n'est pourtant pas le moment de tomber malade.

2009-couple-02Tanya l'empêche d'ouvrir la porte de son bureau et le pousse vers la chambre. Elle le fait asseoir sur le lit avec ordre de se coucher et va lui préparer une tisane à la cuisine. Patrick obéit machinalement. Il se déshabille mollement en laissant tomber ses habits sur le sol, soulève les draps sans ménagement et s'y jette comme un désespéré dans une rivière. Elle a raison. Il se penchera sur la presse et les chiffres demain. Elle revient toute souriante et lui pose un bol fumant dans les mains. Il se brûle et le met à refroidir sur la table de nuit. Elle l'embrasse, ronronne des félicitations sans fin et des mots doux en envolée de colombes. Il la regarde se dévêtir, tout étonné de l'intérêt qu'il y prend. Il découvre un grain de beauté au creux de ses reins, tout surpris de ne l'avoir jamais remarqué en six ans. Il admire les détails de son tatouage. Elle s'étend en le couvrant soigneusement, comme s'il était déjà endormi. Il est loin de l'être.

Tout épuisé qu'il soit, Patrick dispose encore d'assez d'énergie pour fêter son succès. Il exulte. Il explose. Il brûle d'une joie enragée. Peut-être que demain il retombera sur le sol, peut-être que dans un mois plus personne ne viendra... Il ne veut pas y penser. Non, c'est impossible. C'est hors de question. L'illusion est trop belle. Il s'y brûle l'âme comme un papillon les ailes. Il a gagné. Il a enfin gagné, et se rue sur Tanya. Libéré de la honte qu'il éprouvait de n'exister qu'à travers elle, il devient tsunami de virilité. Tanya accepte l'assaut avec une stupeur un peu inquiète. Baudruche vidée de son air, il s'écroule sitôt lancé. L'esprit brumeux, il regarde la mosaïque du plafond mais ne jurerait pas qu'il la voit. Trop épuisé même pour s'interdire d'être fragile devant elle.

2009-couple-01

– Tu es sûr que tu n'as pas de fièvre ?

Il est certain d'en avoir, au contraire. La tisane ne l'inspire absolument pas, mais il laisse sa femme la lui faire boire. Elle croit qu'il a pris froid. Non. C'est l'allégresse qui déborde et brûle tout sur son passage. Stroboscopiques, les efforts déçus lui traversent la tête en rafale. L'enfer est terminé. Demain, dans son bureau, le visuel de son spectacle voisinera avec celui de Tanya il y a quatre ans. Mort de bonheur, il empoigne les doigts délicats, bruns et veloutés. Qu'il mérite enfin mais lâche faute d'arriver à s'y agripper.

Il a pourtant les nerfs solides... Mais ce qui lui arrive, c'est peut-être bien trop. Est-ce que, par hasard, il se serait habitué à n'être qu'un raté ? Non, c'est un coup de fatigue. Son prochain spectacle est dans trois jours. Il doit impérativement être en forme. Demain : repos. S'il arrive à s'y forcer.

 

 

Préparé pour le 64° concours d'extraits du forum Jeunes Ecrivains (février 2018).
Non présenté (choix d'un autre texte).
Thème de la session : "Moment tant attendu".
"Sinistre DiscoBall".     /  saison du Lièvre (4°/12)

 Tous les messages concernant DiscoBall : ICI.

 

 Texte présenté tel qu'à date du concours,  

sans retouches ultérieures.

Etat du texte à date du concours : en cours d'écriture.
Etat à date de parution de ce post : premier jet achevé.

Parution du texte : sur blog à partir de janvier 2020.
Saison du Lièvre en 2023.

 

 

Comment s'inscrire à la Newsletter ?

Sur mes autres blogs, je ne regarde pas souvent le nombre des inscrits à la newsletter. Il faut dire que j'emploie fort peu les Newsletters et oublie même régulièrement leur existence. Je n'en envoie pour ainsi dire jamais ! Sur celui-ci, bien qu'il soit tout neuf et pas encore démarré, je m'en soucie beaucoup plus.

http://discoball.canalblog.com