On le sait depuis bien des saisons : le monde ne tourne pas rond. 

Il tourne fou, cahotant et grinçant, toujours un peu plus près à se briser. Et nous, là-dessus, nous nous injurions les uns les autres depuis des années, des siècles, des millénaires et peut-être des millions d'années. 

Saint Jean a dit "paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté". Possible. Ou bien pas. Lao Tseu a dit "sous le Ciel, chacun croit savoir ce qui est Bon, et voilà qu'arrive le Mauvais". Qui donc a dit que l'Enfer est pavé de bonnes intentions ? En tous cas, celui-là avait raison. 

08-OkraleIl n'y a pas d'anges et il n'y a pas de diables. Il n'y a pas d'un côté les gentils qui font progresser le monde et de l'autre les méchants qui le détruisent. Il n'y a rien de tout ça parce que ce serait trop simple. On aurait eu trop vite fait de réduire l'équation, résoudre le casse-tête, atteindre la perfection d'un monde où tout va bien. 

Socrate a dit "connaîs-toi toi-même." et c'est une phrase qu'on devrait apprendre dès le cours primaire. Il n'a pas été le seul à débiter ce genre de parole que personne n'écoute jamais qu'à moitié. Hélas ! Si on avait pu les écouter tous, ou même seulement celui qui a été le premier à le dire ! 

Seulement voilà : on ne l'a pas fait, et on ne semble pas prêts de le faire. 

L'affamé n'est pas forcément cruel. Il a faim. Il ne veut pas forcément faire mourir celui qui se présente sous le même arbre que lui. Il compte les fruits dans l'arbre et par terre. 

Il doit partager, disent les gentils. Les méchants sont-ils ceux qui calculent avec lui qu'il n'y aura pas assez de nutriments pour deux, ou pour dix s'ils ont derrière eux leurs familles ? Ce n'est pas si simple. Rien n'est simple nulle part, et c'est pour cela qu'on simplifie en se donnant des cadres et des oeillères. 

Dans les grandes famines d'autrefois, on mangeait le grain des semences, reconduisant la faim sur l'année suivante. Il est facile de dire "c'est stupide de faire ça", mais quand on meurt de faim en hiver, réfléchit-on aux récoltes qui ne viendront qu'à l'été ? 

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C'est vieux comme le monde et c'est encore ce qui se passe aujourd'hui. 

Les gentils et les méchants sont avant tout des entités vivantes soumises aux règles par lesquelles la nature les fait exister. 

Manger, en broutant ou chassant, quitte à empêcher les autres de manger à côté. 

Ne pas être mangé, quitte à laisser d'autres se faire manger à la place. 

Perpétuer l'espèce, en s'assurant qu'il y aura assez de nourriture pour les petits à venir. 

Se connaître soi-même, cela passe par se souvenir que nous sommes des animaux et en avons conservé les instincts autant que les besoins. 

Le problème des déplacements de population devant des conditions difficiles n'est pas nouveau. Il remonte encore plus haut que la Préhistoire. C'est lui qui a étendu la répartition de toutes les populations animales à travers la planète. Là où ça se complique, c'est que nous autres, humains, ne suivons pas les pistes que notre flair indique mais les directions que les moyens de communication et notre capacité de réflexion nous ont suggéré. 

J'habite une région où le problème des migrants est plus présent aux infos que dans la rue. Mais je suis originaire d'une autre où il est au contraire très fort. Je n'y ai jamais vécu mais j'y vais tous les ans. C'est une région pauvre depuis des siècles et qui va en déclinant. Pourtant, chaque fois qu'on parle de la présence des migrants dans cette région, c'est pour dire qu'il faut améliorer leurs conditions d'accueil. Et pour blâmer les habitants de ne pas être plus hospitaliers. 

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Oui. Améliorer l'accueil. On peut faire ça. Mais est-ce qu'il ne serait pas plus productif de faire en sorte qu'ils s'orientent ailleurs ? Je ne parle pas d'un autre pays (ce serait renvoyer la balle au voisin, qui n'en voudra pas) mais juste des régions plus aptes à recevoir de nouveaux arrivants. Je parle aussi du fait qu'un même nombre d'éléments ne donne pas la même impression quand on place tout au même endroit ou quand on le répartit sur une surface. 

Sur certains points, il en va des gens comme des choses. Quand on a dix piles de livres de quarante centimètres de haut chacune, et seulement deux mètres d'étagère, il faut choisir entre laisser une partie des livres dans une caisse (ou par terre) et ajouter une planche.

On les répartit, me dira-t-on. Ouais... bof. On répartit ce qu'on peut après avoir accueilli ce qu'on a réussi à accueillir dans des conditions décriées et décriables. Pas rapide et d'efficacité incertaine. "Peut faire mieux", donc. 

Par ailleurs, ils arrivent à Paris en vue de se diriger vers le Nord, et s'ils vont dans le Nord c'est avec l'espoir de passer en Angleterre. Pas de chance. La frontière ne leur est pas grande ouverte, et ils restent là jusqu'à réussir, mourir, ou changer d'avis. La terre promise, comme chacun ne sait par forcément, est toujours un appât et rarement une réalité. Dans le cas présent, c'est un pays où on peut plus facilement qu'ailleurs trouver du travail sans titre de séjour. Le grand usage de la langue anglaise à travers le monde joue peut-être aussi un rôle.

Inutile de jeter la pierre aux habitants du Pas de Calais ou de la banlieue parisienne. C'est un point de vue facile, mais bon pour des bobos bien-pensants et néanmoins paresseux de la cervelle. Inutile aussi de la jeter aux habitants de toutes les zones frontières où passents leurs chemins. C'est sûrement le même problème partout.

Pour éviter l'entassement aux points charnières du parcours, ne serait-il pas plus efficace de créer des destinations plutôt que crier haro sur les embouteillages aux barrières ? 

Avec tout ce qu'on a de zones rurales en cours de désertification et de petites villes qui agonisent, ça devrait pouvoir se trouver !

Et pourtant... pas si facile que ça. Parce que si ces endroits vegètent ou meurent, ce n'est pas par dégoût des habitants à y vivre, mais parce que l'économie s'en écarte.

"Ils peuvent apporter quelque chose" dit-on partout. "Ce ne sont pas des bons à rien, ils y en a qui ont des diplômes". Bah oui, mais si c'est pour devenir balayeur en Angleterre, je ne sais pas si un titre universitaire servira à grand-chose, et l'argument ne règle de toute façon rien. Ils apporteront là où ils s'installeront, et non là où ils passent seulement. "Les gens qui habitent ici sont d'ici et peu importe où ils sont nés". Oulààà... gros débat, là, et loin d'être neuf. On va le mettre sur le côté. Des immigrés installés à demeure et non naturalisés, il y en a plein dans toutes les villes de France. La question n'est pas propre aux migrants récents ni aux migrants clandestins.

Pour apporter, il faut d'abord qu'ils s'installent et pour qu'ils s'installent, qu'on trouve des lieux à leur offfrir.

E--heure--300Là, ça se complique, parce que pour qu'ils s'installent, il faut leur trouver du travail et que la France possède déjà beaucoup de chômeurs, signe qu'elle ne déborde pas d'emplois en trop.

Au nombre des arguments répétitifs on trouve "les migrants acceptent des emplois que les français refusent". Ouais. OK. Sauf qu'on trouve aussi "il ne faut pas les traiter comme des sous-hommes et les employer pour ce qu'on ne veut pas faire nous-mêmes". Paradoxe qui sent le Tartuffe.

Notons au passage que la clandestinité est un bon terreau aux abus, dans ce domaine.

Notons aussi que c'est une bonne manière d'encourager le racisme chez ceux qui peinent à trouver du travail.

Moralité : augmenter les emplois.

Hélas... on n'en prend pas le chemin.

Je suis originaire du Pas de Calais. Parmi mes ancêtres se trouvent des immigrants belges arrivés après la guerre de 1870. Ils ont été nombreux, en ce temps-là, à s'installer dans le Nord. Certains parlaient français. D'autres pas. Les plus chanceux devenaient domestiques chez quelqu'un. Les autres ramassaient les pommes de terre et les betteraves à sucre, ou bien s'enterraient dans les mines de charbon. 

C'était un temps où il n'était pas dur de trouver du travail.  Il y en avait.

Pas forcément agréable, c'est clair ! Mais équivalent à celui que pouvaient trouver les locaux, surtout parlant patois. D'ailleurs, ce qu'on demandait à l'employé n'était pas sa carte d'identité mais son carnet de travailleur.

On cultive du lin, dans le Pas de Calais, mais c'est en Chine qu'il est transformé en habits, avant de revenir occuper les vitrines à Paris ou ailleurs.

Il en va de même pour beaucoup d'autres produits. Parce que cela coûte moins cher de faire voyager les objets que de les fabriquer à proximité. Moins d'argent. Moins de complications avec le personnel, dont les droits sont moins élaborés. Plus de carburant. Plus de pollution.

Et pendant ce temps, alors que tout le monde est d'accord pour dire qu'il y a trop de monde sur la planète, chacun hurle à l'horreur quand une personne est tuée de façon violente ou qu'un fait dramatique en tue une dizaine à la fois.

Si j'étais née au début du XX° siècle, je serais morte à l'âge de trois mois.

Selon ma propre logique, je devrais donc avoir cessé d'exister depuis un bon moment, et ne pas me livrer à du blabla de comptoir sur un blog (obligeant mes lecteurs à consommer de l'énergie, en plus).

Et hop. La sélénite finit son post avec une pirouette qui lui évite d'avoir à conclure.

 

 

Un peu trop de gadgets science-fiction à mon gré, dans ce film, mais  bon... je le mets quand même.

A vrai dire, c'est plutôt comme ceci, que je vois les choses :

 

 

Quand on se battra pour une bouteille d'eau, je ne crois pas qu'on aura envie de gaspiller ses sous en jeux video ou t-shirt de grande marque.

Par contre, on tuera l'étranger plutôt que le laisser approcher du puit, et peut-être même fera-t-on cuire sa viande sur une tôle chauffée au soleil.

12-KenaroPerpétuer l'espèce,
en s'assurant qu'il y aura
assez de nourriture
pour les petits à venir
.

Ne pas être mangé,
quitte à laisser d'autres
se faire manger à la place.

Manger, en broutant ou chassant,
quitte à empêcher les autres
de manger à côté.

 

Si on ne veut pas en arriver là, ce n'est pas au niveau local qu'il faut agir, mais à l'échelle de la planète entière et sans se manger le nez au lieu de se mettre d'accord.

On peut toujours commencer par des petits gestes quotidiens, histoire de se changer les reflexes. Ca ne mange pas beaucoup de pain. Acheter des légumes qui ne viennent pas du bout du monde, par exemple. Si tout le monde s'y met... ça voudra peut-être dire que les mentalités se décident à changer.

Et le jour où quelqu'un créera une compagnie de transports par chars à boeufs et calèches à cheval...

 

Evidemment, on peut aussi imaginer l'avenir dans ce genre de décor.

 

Les personnages des croquis illustrant cet article appartiennent à mon roman Space Opera.
Le dessin au trait et les encrages sont aussi de moi, mais ne se rapportent à aucun texte.