La discrimination à handicapé fait partie des problèmes sociaux actuels. Elle en fait même tellement partie qu'on en répète toujours les mêmes choses, au risque de ressasser comme à l'école. Mais comme à l'école, on aborde d'abord les points incontournables et met les autres de côté pour les aborder plus tard. Ce qui est fait, ou bien pas fait, selon temps et niveau des élèves. 

2009-hermineQuand on parle "handicap", chacun pense en premier aux fauteuils roulants. Mais il existe auss des handicaps peu ou pas visibles (sans fauteuil, sans canne, sans lunettes, sans appareil auditif) et parmi ceux-ci, certains doivent supporter, en plus de la maladie elle-même, le regard des gens posés sur eux. 

Je ne parle pas ici de pitié, qui peut être dure à vivre quand elle est trop marquée, car humiliante, mais présente au moins l'avantage (si on peut dire) d'être médiatique et donc permettre un contact avec le public. 

Je parle d'un autre type de regard, qui peut comporter du mépris et de la méfiance, choses bien plus dures pour la personne ciblée, car elles ne font que l'isoler et le laisser bien plus que "seul avec ses problèmes", et carrément en bute à l'ignorance ou à l'hostilité. 

Je suis épileptique, et en tant que telle, bien placée pour connaître les préjugés qui existent sur cette maladie. J'en ai souffert. En souffre encore. Continuerai à le faire. J'ai choisi de m'en faire une force plutôt que m'y apitoyer. 

Merci J.J.Goldman, dont la chanson "c'est ta chance" a porté mon adolescence de gamine à bout de force et d'espoir

C'est peut-être une faiblesse de ma part, mais je préfère regarder ce que cette maladie handicapante m'a apporté plutôt que ce qu'elle me prend. Il n'en reste pas moins que je vois les deux. Le "plus" et le "moins". 

Le 6 février 2019, lors du journal de 20 h, dans le cadre d'une affaire d'incendie, un journaliste de TF1 a expliqué l'article 122-1 du Code Pénal, et fait à cette occasion un agglomérat qui m'offusque, tout comme pas mal d'autres épileptiques. 

Il a parlé (je cite) de "troubles mentaux lourds, sévères, avérés, comme par exemple l'épilepsie ou bien encore la schizophrénie" avec en conclusion l'envoi de la personne en hôpital psychiatrique plutôt qu'en prison. 

J'ajouterai que le ton du discours n'était pas précisément compatissant.  

On a déjà ici de la mauvaise information (faute professionnelle, venant d'un journaliste), avec entretien (involontaire, admettons) d'un préjugé hautement défavorable à une catégorie de personnes dont on peut difficilement dire qu'elles sont peu nombreuses. 

https://informations.handicap.fr/a-sommet-national-epilepsie-10551.php 

« Chaque jour, en France, 100 personnes
présentent une première crise d'épilepsie,
soit près de 40 000 par an. » 

Selon cette page, l'épilepsie concerne 800 000 personnes en France
et 50 millions dans le Monde, sans compter leurs proches. 

2018--homme-au-fusil--L300Hélas, la fréquence de cette maladie handicapante ne la rend pas plus évidente ni plus compréhensible aux yeux du public, car elle fait partie de celles dont on a peur d'avouer qu'on les a, en raison précisément de préjugés tels que celui véhiculé par ce journaliste. 

La chose a sûrement dû faire râler très vite, car sur le site, la "médiatrice" du site TF1 ayant déjà répondu aux protestations quand j'ai consulté la page, dix jours après. 

La "médiatrice" est la réponse donnée par la chaîne aux courriers qui leur sont envoyés via le site, à propos des articles. Il n'y a pas échange direct de personne à personne, ni échange tout court, car il n'est ensuite pas possible de poursuivre la discussion.

Mais elle n'a répondu que pour écarter le problème. 

Elle admet qu'il y a eu maladresse de formulation mais selon elle, il n'y a pas eu faute parce que le sujet du discours était un point de droit pénal et que les épileptiques non plus ne sont pas conscients de leurs actes pendant les crises. 

Ce point étant argumenté sur des certificats médicaux dans le cadre d'accidents de la route, alors que l'intervention du journaliste était à propos d'incendie criminel.  

Détail d'information : l'extrait de certificat médical cité dans la réponse donne à penser que la perte de conscience est systématique, lors d'une crise d'épilepsie. Non, elle ne l'est pas. Il s'agit d'une perte de contrôle du corps et éventuellement de perceptions sensorielles perturbées. Pour les personnes qui assistent à la scène, il n'y a peut-être pas grande différence, mais elle existe, et n'est vraiment pas agréable. 

Et point plus gros = l'épilepsie ne relève pas de la psychiatrie. On la traitait ainsi jusque dans les années 1930, mais avec les EEG, les scanners et les IRM, on a dépassé ce stade depuis un bon moment. Il s'agit de neurologie.   

On parle beaucoup des ordinateur à intelligence artificielle ( IA ) ces dernières années. Pour comparer notre situation avec la leur : la différence est à peu près la même qu'entre un dysfonctionnement logiciel et une pièce électronique défaillante.  

C'est une maladie très éprouvante nerveusement, par son déroulement, ses imprévus et les réactions qu'elle rencontre. Les traitement médicaux comportent plus ou moins tous parmi leurs effets secondaires possibles : "dépression nerveuse" voire même "tentation de suicide". En conséquence de quoi le recours à un psychologue n'est pas rare, mais il s'agit uniquement de gérer les conséquences de la maladie et non la maladie elle-même.  

Complément = un épileptique n'est pas une IA qu'on aurait piratée. Il n'y a pas de modification dans sa façon d'agir et réagir.

La perturbation occasionnée par la maladie sur ses actes est plus comparable (selon les cas) à l'évanouissement d'une personne épuisée ou aux faux mouvements d'un muscle malmené qu'à quelque pathologie mentale que ce soit.  Il ne se lèvera pas de son fauteuil pour mettre le feu aux rideaux. Il se contentera d'en tomber. S'il y a une bougie à proximité, peut la faire chuter, c'est vrai, mais cela peut arriver à beaucoup d'autres personnes. 

Après l'erreur du journaliste, la chaîne ajoute donc par cette "réponse de la médiatrice" de la mauvaise foi avec mépris envers handicapés

Il aurait été possible d'ajouter en bas de l'article où se trouve la vidéo du JT une petite ligne d'erratum avec si possibles des excuses. 

Cela n'a pas été fait, et on renvoie les malades qui ont osé protester avec un "ce n'est pas de cela qu'on parlait, de toute façon, donc ça ne change rien". 

Une désinformation parvenue à des milliers de personnes ( devant leur TV puis par internet) ne se répare pas avec un message paumé dans un coin de site et que très peu de gens liront. 

tete-et-terre---300Il s'agit donc d'une situation flagrante d'entretien de préjugés néfastes qui entraînent déjà beaucoup trop de méfiance envers une maladie handicapante, et la discrimination qui va avec.

Situation hélas très répandue ainsi que le "c'est la même chose, au bout du compte" par lequel on peut résumer la réponse. La même chose ? Pour ceux qui ont subi des dommages dans un accident causé par un épileptique, c'est possible. Pour les épileptiques confrontés jour après jour à du dégoût, du mépris, de la peur, voire de l'hostilité : non, ce n'est pas la même chose.  

C'est avec ce genre de propos qu'on oblige les malades à se taire sur leur maladie parce qu'ils craignent les réactions à ce sujet, et même à en avoir honte.   

 

Page où se trouve la "réponse de la médiatrice" : cliquez ICI.

Page où se trouve la vidéo de cette intervention JT : cliquez LA.

 

Faites excuses, si nous sommes de petites choses susceptibles qui se vexent de peu !

Et mettez cette hypersensibilité sur le compte des médicaments. Cela est possible ! Depuis qu'on a changé mon traitement, il y a trois ans, je me suis mise à pleurer à la fin des films ou craquer mes nerfs quand on m'écrase les pieds.

Ou bien dites-vous qu'une personne dont le jardin est souillé de canettes et mégots jetés par les gens qui passent devant la barrière, est en droit de s'agacer quand quelqu'un vient en déverser un sac entier. Et que pas mal de gens dits "normaux" pèteraient un câble pour nettement moins que ça. Parce que (hé oui), à force de se balader sous une pluie glacée et fréquente, il arrive qu'on devienne moins frileux, mais ça n'empêche pas d'attraper des rhumes. 

 

 

Beaucoup de mes articles sont programmés à une date parfois éloignée de leur rédaction. Celui-ci sort presque tout de suite parce que, telle que je me connais, je vais prendre l'option fatalisme assez rapidement, et mettre ça sur la pile des "mieux vaut ne pas y penser". Par conséquent : autant râler avant d'être calmée.