martin-detail-b--300-cLes cousines, les filles de l'oncle Jo, font les fières, les princesses, les grandes dames. Assises sur les jolies petites chaises à dimension d'enfant, elles se montrent leurs poupées comme les mamans leurs enfants.

Lui, il écoute sans rien dire. Il est chez lui, dans sa chambre, au milieu des jouets offerts par son père très riche, mais le jeu ne lui appartient pas. Ce sont elles qui décident. Encore plus exclue que lui, mais moins passive, Gina a ouvert un livre d'images. Lui, il se contente de serrer les mains sur sa chaise, et d'attendre que la bonne vienne leur dire qu'il est l'heure de goûter.

De temps en temps, il cherche les yeux de la petite sorcière. C'est drôle, mais à chaque fois, elle le sent, et se détourne un instant de son livre. Il écoute les cousines pépier autour de leurs bambins à joues peintes et rebondies. Lui, il est pâle comme une feuille de papier. Gina est maigre comme un poisson sec. Les cousines ont la chance de ressembler à leurs poupées. Ce sont de jolies petites filles en bonne santé. Quand sa mère prend le thé avec tante Golda, la comparaison est vite effectuée.

martin-adulte-detail-b--300--contourIl ferme les yeux pour essayer de se souvenir de son père, qu'il ne voit plus jamais. Les jouets se sont faits plus rares et ce n'est plus jamais lui qui les apporte. Un jour, il a été réveillé par des cris ; Il est sorti de sa chambre et il a vu ses parents en haut de l'escalier. Sa mère, en peignoir, serrait contre elle une espèce de boule informe, et elle hurlait. Son père, torse nu, lui disait de se calmer. Elle a jeté ce qu'elle tenait tout en bas. C'était des habits.

« Tu te maries ? Alors fous le camp ! »

Il a expliqué qu'il lui fallait un fils, et que ses parents ne voudraient pas de celui-là. “Celui-là”, c'était lui. La suite, c'était trop compliqué. Il n'a rien compris.

C'est après ça qu'il n'a plus vu son père. Il est parti sans même lui dire au-revoir. Il écrit, c'est tout, et il envoie des jouets. Il n'est plus venu. Ensuite, Alexis est arrivé. Il s'est assis sur le tapis avec sa tasse de thé pour jouer au petites voitures avec lui. Jamais il n'avait vu aucun adulte s'asseoir sur le tapis, sauf l'oncle Jo quand il est très énervé. Jamais-jamais aucun adulte ne s'était mis à quatre pattes pour partager son jeu.

echarpe-detail-negatif-300Depuis l'été dernier, Alexis est son nouveau papa. Contrairement au vrai, il est là tous les jours. Au moment du mariage, les cousines lui ont dit, que maintenant, son vrai père ne viendra plus. Qu'est-ce que ça changeait ? Il ne venait déjà plus. Ensuite, ils sont partis en voyage et c'est là qu'ils ont rencontré Gina et sa grande sœur. Elle travaille avec Maman, la sœur de Gina, c'est pour ça que toutes les deux sont venues habiter chez eux. C'est plus commode.

Une petite main crispée sur la sienne fit changer Martin de position. Noyé dans les images d'un passé fantôme, il ne se réveilla pas tout de suite. La pression, accentuée, le tira du sommeil très progressivement. Gina était une fillette très désagréable, totalement à l'inverse de la douceur attentive ou pitoyable que chacun adressait au mignon petit garçon souffreteux. Elle lui avait fait comprendre que le cocon où sa mère l'élevait ne le protégeait pas de tout et l'avait rendu vulnérable à ce qu'il ne pouvait écarter.

 
Extrait découpé pour le 74° concours d'extraits du forum Jeunes Ecrivains 
(mars 2019) mais non employé (choix d'un autre texte)
Thème : "Souvenir d'enfance".

Roman Réaliste "Ange MARTIN"

 

Vignette-Martin

A date du concours, le texte
était déjà achevé et finalisé,
raison pour laquelle
j'ai préféré en proposer un autre.

A moins que, dans 3 ou 4 ans,
je décide de le remanier à nouveau,
ceci est donc un état définitif.

 

 Tous les messages concernant
"Ange Martin" en cliquant ICI
.