Hello, les loarés ! 

Jeff au micro pour les actus de l'atelier... 

2019-09-09--Jeff-et-cactus-grandis

On va parler de parlottes  

Comme toute personne qui écrit, la sélénite martelle parfois son clavier très très vite, pour ne pas laisser filer l'inspiration. Une fois que le texte est terminé, il peut se passer plusieurs choses. 

- Enterrement sans cérémonie au fond du disque dur, et ouverture d'un nouveau fichier texte pour accueillir d'autres mots tout aussi vite tapés et assouvir la boulimie d'écriture. 

- Mise à disposition du produit à un public plus ou moins large, sans le relire ou très peu. Certains le font, avides d'être lus. En général sur un blog ou un site de lecture comme watpad. Mieux vaut ne pas le charger tout de suite sur Amazon en format kindle (même si, à en juger par certains extraits qu'on y trouve, cela se produit). 

- Version soft de la même possibilité : le relire un peu et proposer à un public ciblé pour en obtenir des avis. Là, c'est sur un forum, un groupe facebook, ou (encore) watpad. 

- Relecture attentive avec fignolage et correction, afin d'améliorer le texte. 

Les trois possibilités ne s'excluant pas les unes les autres et pouvant être successives.  

dialogue-errances--3Dans l'étape de peaufinage d'un texte,
les dialogues sont des passages épineux,
même quand ils sont très simples
et sans grande importance.  

Une conversation d'importance limitée au niveau du scénario peut servir à placer une ambiance, un cadre, et surtout : des personnages. 

Une conversation, cela n'a l'air de rien. On peut se dire que c'est facile et que c'est un passage où l'auteur a le droit de s'exprimer comme à l'oral, avec toutes les petites incorrections de langue dont nos oreilles et nos bouches sont familières. Une récréation, en quelque sorte. 

En réalité, c'est un très très gros écueil.

Le langage oral n'est pas le même pour tout le monde, et laisser les personnages s'exprimer comme lui-même le ferait représente pour l'auteur à la fois un réflexe de premier jet et une énorme gaffe au produit fini.

119795691_mUn autre danger, plus facile à éviter mais encore plus énorme si on se relit mal, est dans la succession des répliques. Sur une conversation à plusieurs, le lecteur peut ne pas se rendre compte qu'un même personnage a parlé deux fois de suite. Sur un dialogue à deux, cette bévue de l'auteur se changera en sac de noeud incompréhensible.

Faut-il en conclure qu'une conversation à trois personnages est plus confortable à écrire ? Pas du tout. C'est un moyen encore plus sûr de perdre le lecteur dans un qui-est-qui preneur de tête.

La sélénite du blog n'a aucun conseil à proposer sur les conversations à trois personnages ou plus, et les évite autant qu'elle peut ou du moins les abrège.

Sur une bande dessinée : fastoche, les bulles ont des flèches. Dans un roman, c'est moins évident.

Premier moyen d'aider le lecteur à ne pas perdre pied : les incises et les lignes hors dialogue tenant le même rôle.

dialogue-errances--4c<<< ici, en fin de première réplique, il y a une vraie incise. Le paragraphe en gris est seulement un bout de narration intercalée, mais tient à peu près le même rôle, ou du moins, est supposé le faire.

La sélénite déteste les incises et là non plus, ne donnera pas beaucoup de conseils.

Elle emploie de préférence les lignes intercalées.

Sur ces lignes, on peut employer des verbes de dialogue, mais contrairement aux incises, ce n'y est pass obligatoire et ils peuvent même apporter de la lourdeur. Ne pas en mettre rend moins clair le personnage qui a parlé que ne le font les incises. C'est donc une méthode plus délicate à manier. Son résultat peut néanmoins y gagner beaucoup en naturel.

Un très long dialogue sans incises (vraie ou fausse) a de grandes chances de perdre son lecteur.

Sur le texte dont elle a tiré les extraits de cet article, la sélénite a trouvé, en corrigeant, des dialogues gigantesque, avec parfois plus d'une page sans interruption.
Vite, vite... ajouter une ligne ici et là, pour couper la masse !
L'incise visible sur l'exemple, par contre, n'existera pas dans le roman achevé et n'a été placée que pour faire une copie d'écran.

dialogue-errances--5cCela, on apprend à le faire dès l'école primaire. Tout le monde le connaît, et si l'article en fait un rappel, c'est parce qu'il est très facile de se laisser aller à un alignement de tirades comme au théâtre.

<<< Ce qui donnerait plus ou moins ceci.

dialogue-errances--5dOu bien

plutôt cela >>>

Ainsi que posé en haut de cet article, le dialogue peut avoir pour rôle de présenter les personnages, via leur caractère, leurs opinions, leurs intérêts... et leur vocable.

On arrive ici à ce fameux écueil.

119854628_mIl est terriblement fréquent d'éprouver en lisant un dialogue l'impression que tous les personnages s'expriment de la même manière.

Cela arrive à tous les auteurs, et sauf en co-écriture façon jeu de rôle, le risque zéro d'essuyer cette critique est sans doute une utopie. Mais on peut le réduire !

Alors qu'elle avait maintes fois corrigé son roman avant de l'envoyer aux éditeurs, la sélénite a été frappée (coup de massue énorme) par le manque de personnalité des dialogues de son western. Les copinautes-auteurs qui lui ont servi de lecteurs d'essai n'avaient pas relevé non plus. Juste un refus personnalisé d'éditeur, où était mentionné qu'un seul des personnages avait un langage bien nettement défini. A côté de quoi était suggéré d'ajouter le vouvoiement dans la bouche d'un autre personnage, parce qu'il est très respectueux. Ah non, ça pas question. Il est respectueux mais parle très mal la langue de ses interlocuteurs... alors la sélénite a fait très exactement le contraire : elle a esquinté toutes les répliques de ce personnage tellement poli. Et dans le même mouvement, endommagé gravement celles d'un troisième, juste histoire de lui ajouter un petit quelque chose au caractère avec des mots argotiques.

119854769_mLa ressemblance des personnages dans les dialogues est un problème tellement fréquent qu'il ne gêne pas forcément le lecteur. Les "lecteurs d'essai" n'avaient rien relevé... sauf une qui avait jugé que le personnage au langage si caractéristique allait rebuter les éditeurs (celle que j'évoque plus haut avait au contraire trouvé que cela le rendait attachant).

L'écueil est d'autant plus gros qu'il peut s'inverser :
caractériser les personnages
ne doit pas vouloir dire
les rendre caricaturaux.

A l'occasion de ce gros remaniement de dialogues, la sélénite a attribué à chaque personnage revenant plusieurs fois une couleur de parole. Ce n'est bien sûr qu'un outil de travail et ne restera pas au texte final, mais représente un excellent moyen de rendre instinctives la relecture et la correction. Illico presto, elle a employé ce trucastuce sur son roman space opera en cours de peaufinage, et comme c'est rudement commode, les autres textes subiront le même sort quand leur tour viendra. Notons au passage que, si on trouvait cela dans un livre terminé, le lecteur serait surpris, mais s'habituerait peut-être comme à une façon de représenter la tonalité des voix.

2019-07-16--Jeff-et-faucilleSwan (en blanc dans les exemples) a une voix très grave et harmonieuse. Sa couleur a été choisie par association avec son apparence physique (albinos) mais elle correspond assez bien à son caractère, car il est très calme et même flegmatique.

Bud (en rouge) n'a pas eu droit à la description de sa voix, mais il est assez autoritaire (ou aimerait l'être) et très orgueilleux, ce qui lui a valu la couleur rouge (mais pas trop vif, pour ne pas faire mal aux yeux).

En évoquant les dialogues, et bien qu'on s'éloigne ici du fond pour aborder la forme, il est bon de mentionner que la correction typographique et les exigences des éditeurs sont deux choses très distinctes.

L'éditrice évoquée ci-dessus exigeait notamment la suppression des guillemets. Ah non, pas question. Pour la sélénite, c'était de toutes ses remarques la moins acceptable, mais pour elle non plus ce n'était pas négociable le moins du monde. Ah mince. Voilà une discussion qui n'aurait pas pu aller bien loin...

Il est très tentant, quand on se pose une question de forme, de se rabattre sur les règles officielles. Ici, celles de typographie. Ce n'est hélas pas la solution à tout, car la règle, en l'occurence, n'est pas acceptée partout. Le blog comporte depuis longtemps un article à ce sujet (cliquez ICI pour le lire). Les éditeurs exigeant l'absence de guillemets et l'emploi du seul tiret quadratin sont relativement nombreux, au moins dans la littérature de genre. Une pratique originaire, semble-t-il, des USA et qui nous contamine au travers des traductions (et vivat pour les best-sellers...).

119754238_m

Comme cette présentation appauvrit les possibilités, la sélénite la déteste et aimerait ne jamais s'y plier. Malgré tout, elle a choisi de faire en sorte que son space opera puisse y être adapté. De toute façon, il n'y avait pas beaucoup de dialogues où cela aurait été un problème.
Dans son western (autoédition en préparation), pas de changement : les personnages gardent le droit de parler sur deux paragraphes de suite. Nan mé hé !