2008--je-continueSur le forum d'écriture dont je suis membre, quand un nouvel arrivant demande "vous écrivez dans quel genre ?" et que j'annonce posséder plusieurs univers, il n'est pas rare qu'il soit surpris. Si alors je les énumère, c'est garanti sur facture. Les membres plus anciens sont au courant, mais quand on discute de nos textes, il arrive qu'ils me demandent comment je fais pour ne pas m'emmêler les pinceaux et comment je peux surfer entre autant de choses différentes.  

En effet, écrire plusieurs histoires à la fois, c'est compliqué, mais pas de la même façon selon les étapes du travail et des difficultés interne aux textes en présence.  

Regarder dans la marge du blog, pour les titres évoqués ci-dessous.

Pour écrire "Ange Martin", j'ai dû renoncer à tout travail de peaufinage ou écriture dans mes autres univers, excepté pour DiscoBall qui tout en étant fort éloigné de contexte possède une ambiance compatible. Martin était un bébé-texte très exigeant et même jaloux, n'acceptant pas le moindre trouble à la concentration ni la moindre pensée parasite. Soit dit en passant qu'il était aussi très démoralisant et qu'il est bien heureux que ce soit un roman de petite dimension parce que s'il était aussi long que son petit frère space opera, j'aurais craqué.

Il représente le contre-exemple parfait à ma prétention de bosser plusieurs univers en même temps.

vers-le-ciel----inv---02--300Ceci étant, mon comportement vis à vis des mes textes évolue avec les années (et je ne le cache pas dans mes explications aux dits nouveaux). Il y a quatre ans, je n'hésitais pas à écrire le lundi de l'urban fantasy, le mardi du space opera et le mercredi du réaliste. Martin n'a obligée à ralentir ce zapping et mettre de l'ordre dans ma caboche. A présent, je fonctionne par "tranches" d'emploi du temps, m'imposant de conserver mon esprit dans le même cadre pendant une certaine durée, au lieu de suivre les flux d'inspiration.

Il faut aussi tenir compte des différentes étapes du travail.

Lors de l'écriture du premier jet, je m'accomode assez bien d'avoir l'esprit en bataille et l'inspiration tiraillée entre les mondes. Excepté pour Martin, bien sûr, mais c'est un bébé-texte très différent de ses frères, qui a grossi très très très lentement, mais en prenant tout de suite une forme acceptable (très peau de peaufinage effectué ensuite). Il est vrai que je ne parle ici que de sa 5° version et que les précédentes avaient préparé le terrain. Pour les autres, je change effectivement de cheval sans trop de peine, ce qui m'étonne moi-même car mes prises de note autour du travail à réaliser (synopsis, fiches personnages) sont à peu près inexistantes, sauf pour des passages spécifiques. Autrement dit "pas de plan" ? En quelque sorte ! Quand je rédige un plan détaillé, je le modifie, alors autant m'en tenir à un synopsis, et comme un synopsis c'est bref, je ne le pose pas par écrit.

En ce moment, je suis toutefois dans une phase "faudrait faire un plan", car sur mes deux projets "à entamer", je galère à clarifier mon synopsis, et cela bloquera l'avancement.

Autre bébé-texte un peu particulier : Tutore Noctis. Comme il se compose de petites histoires, les synopsis compliqués lui sont interdits. Pas le droit de faire des touillons d'intrigue. Du coup, je n'ai aucun remord à me passer non seulement de plan mais de synopsis et à suivre l'idée comme elle veut bien venir. Parfois, cela se termine en capotage aux alentours de 4.000 ou 5.000 mots. D'autres fois, j'ai la mauvaise surprise de constater en fin d'histoire que je n'ai pas tout bouclé et qu'il va être dur de rentrer dans mon format auto-imposé. Pas grave. Tutore Noctis est mon doudou d'écriture, celui que je chiffonne dans tous les sens, où je ne crains pas les détails absurdes et les expérimentation de scénario qu'il faudra couper à la hache. Evidemment, le jour où je m'attaquerai à son auto-édition, je risque de prendre mon képi d'éditrice pour enguirlander mon chapeau d'auteure, mais c'est une autre affaire. En tous cas, il n'est pas capricieux et accepte assez bien que je me penche sur lui encore couverte des taches d'encre venues d'autres mondes. Mais comme je m'occupe en général de lui pour du "premier jet", c'est assez normal. Au peaufinage, il exige au minimum un peu d'ambiance, musique, etc.

2019-09-12-baronne--b---500Les Errances... hem ? Le premier jet a été très long à écrire, pas toujours motivant, le premier peaufinage a été harassant et n'a conduit qu'à un second peaufinage deux ans plus tard (en cours). Pourtant, il y a eu des moments où j'avançais ultra-rapidement dessus (ce qui produit souvent un 1° jet dégueu et lourd à retravailler), c'est à dire où j'étais motivée et bien lancée. Globalement, même si je suis assez contente du défi relevé et achevé, je ne me sens pas vraiment chez moi dans cet univers. Je lui reconnais toutefois une bonne malléabilité. Il supporte les parasitages d'inspiration venus de tous côtés et s'il n'en émettait pas lui aussi, pourrait cohabiter avec tout. Ses parasitages à lui, malheureusement, ne sont pas également acceptés. Martin les détestait, à quelque stade de travail qu'il ait été. Tutore Noctis grince un peu des dents mais supporte. Howahkan avait rué dans tous les sens jusqu'à écarter l'intrus. DiscoBall tolère sans peine et y trouve même des forces.

La juxtaposition de travaux à leurs différentes étapes, ou la succession resserrée est importante. Il est très exaltant d'écrire du premier jet, il peut être passionnant de peaufiner pour arriver au deuxième, quoique sur certains passage ou vers la fin cela commence à devenir assommant, mais la correction est une étape absolument usante, et malheureusement elle peut être très longue. Deux premiers jets en même temps : pourquoi pas ? Deux corrections : argh, surtout pas ! 

L'étonnement face à tous mes textes vient en général de la grande différence entre les univers. J'ai chaque fois l'impression que si j'annonçais étaler côte à côte du Space Opera voyageur, de l'Anticipation, de la Hard SF, du Space Fantasy et de la Dystopie, ou bien du Fantastique vrai, de l'Urban Fantasy, de la Romance Paranormale, du Portal Fantasy et du Merveilleux, cela passerait mieux. Hé bien: non. Cela ne passerait pas mieux, bien au contraire, car les changements d'univers permettent de laisser totalement de côté l'intrigue et les personnages. Quand je vais rendre visite à Tahman dans son univers, Léo reste dans le sien, et si ensuite je vais dire bonjour à Adélaïde, aucun des deux ne me suivra. Chacun chez soi. 

De mon côté, je peine à comprendre les auteurs qui écrivent deux ou trois textes de même genre mais racontant des histoires différentes et ayant des personnages distincts. Bien sûr, il est normal qu'on puisse avoir deux histoires à raconter, mais je suis sûre que je mélangerais mes idées entre les deux !

fb-banniere--08