Pour le lecteur, c'est simple : un livre est édité quand il est disponible au public et les seules différences sont au niveau de la plus ou moins grande facilité à se le procurer, et à celui de nature papier ou numérique. 

Côté coulisses, c'est à dire celui de l'auteur et de l'éditeur, ça se complique, à différents niveaux, et notamment les investissements en argent et en efforts. 

Tout d'abord, il y a trois formes faciles à définir

2019-08-31-mante-religieuse--02---500Déjà à ce niveau, le public n'est pas toujours très informé, et les auteurs débutants ne le sont pas toujours non plus. 

Compte d'éditeur > L'édition "classique", celle où l'auteur apporte le texte et où l'éditeur le transforme en livre-objet et en organise la vente de A à Z. On trouve ici des très gros aux moyens titanesques et qui sont avant toute chose des entreprises, et des très petits, comparables à des artisans aimant le travail bien fait mais à l'activité réduite.  

Compte d'auteur > Moins connue du public, elle est néanmoins "classique", elle aussi, et probablement plus ancienne que le compte d'éditeur, ce qui rend instables les voix qui, parfois, protestent que "un éditeur à compte d'auteur n'est pas un vrai éditeur". Dans ce cas de figure, c'est l'auteur qui paye les frais d'édition, et ce changement est loin d'être anodin, car c'est lui qui est client de l'éditeur, et non le lecteur. Une fois le livre mis en forme et imprimé, l'éditeur n'a donc aucune raison de poursuivre sur un long effort de publicité et d'organisation de la diffusion. Il n'y gagnera pas plus et ne pourra pas, pendant ce temps, s'occuper d'autres livres.
La mésinformation du public à propos de leur existence n'est que très naturelle, car au fil du temps, l'édition à compte d'éditeur s'est imposée comme la normale, la "vraie" et l'auteur avouant être à compte d'auteur est donc renvoyé au niveau d'auteur indépendant, pour ce qui est de ses rapports avec le public. Les libraires, de toute façon, connaissent les éditeurs à compte d'auteur, et s'en méfient.   

2019-07-29-soleilAutoédition > L'auteur se passe d'éditeur et fait tout lui-même. Longtemps, cela a été très marginal, car il fallait du temps, des compétences et de l'argent que tout le monde n'avait pas. Les moyens techniques ayant évolué, elle s'est fortement développée depuis une dizaine d'année, à travers le format nuémrique et l'impression à la demande. Il y a encore deux ou trois ans, elle baignait dans une délicieuse réputation de mauvaise qualité, qui ne facilitait pas la publicité aux auteurs indépendants. Cette réputation n'est pas encore tombée (et ne tombera pas vite, car en effet on y trouve des horreurs), mais les pionniers de l'autoédition ont tout de même réussi à faire passer le message qu'il y a aussi du bon chez eux. 

Voilà pour ce qui est clair et net.
On va pouvoir passer à
ce qui est moins facile à découper.  

Edition à compte participatif > "Version light" du compte d'auteur, où le financement est partagé entre éditeur et auteur... mais pas si light que ça, car comme avec un compte d'éditeur, l'auteur est lié en contrat avec partage des revenus du livre (pourcentage de droits d'auteur). De plus, le financement est plutôt "supposé partagé" que partagé, car on ne peut pas être sûr de ce que l'éditeur a investi.
Par-dessus le marché, beaucoup ne sont pas honnêtes dans leur manière de présenter les choses à l'auteur. Certains affichent sur leur site être un éditeur innovant qui veut donner sa chance à tous. D'autres, à l'inverse, se présentent comme tout à fait normaux, faisant croire que tous les éditeurs demandent à l'auteur de payer.  

2019-09-21--Jeff-Bill----dessin-vu-dessusEdition avec achats de livres > Une délicate variante du précédent. On ne demande pas à l'auteur de mettre des sous dans la caisse pour imprimer et distribuer son livre, mais d'acheter des livres et les vendre lui-même. La quantité d'exemplaires varie beaucoup, et les chances de l'auteur d'écouler son stock également (de même que ce qu'il doit débourser).
Sur un gros nombre d'exemplaires, l'autoédition est à l'évidence un meilleur choix. Sur un petit... peut-être aussi, car il arrive que l'éditeur produise ses livres à une cadence qui laisse penser que la correction et la mise en forme laissent à désirer. Cela peut sembler dingue, mais j'ai eu témoignages d'un auteur à qui l'éditeur avait ajouté des fautes au manuscrit, au lieu d'en enlever.
Pour une personne ayant une voiture, des bras pour porter les valises de livres et le goût des salons, c'est sans doute jouable. Pour une personne aussi fragile et isolée que moi : pas du tout. Ajoutons à cela que la diffusion est effectuée principalement par l'auteur, mais bénéficie aux ventes depuis le site éditeur et sur amazon.  

Edition avec appel de fonds > C'est loin d'être une nouveauté. Au bon vieux temps où tout était "papier", on trouvait des livres publiés "par souscription", soit par une association (qui alors tenait lieu d'éditeur), soit par l'auteur lui-même (autoédition). Ensuite, on a plutôt vu des pré-ventes (commandes avant parution du livre), ce qui n'était pas très différent car la souscription valait comme une commande du livre. L'apparition de sites pour organiser des appels de fonds a permis un retour en force.
A première vue, c'est OK, c'est nickel, l'auteur n'a rien à payer à l'éditeur, lequel mise moins gros (de nos jours, beaucoup de petits n'ont pas les moyens d'investir sans mettre leur maison en danger). Il y a pourtant des pages web accusant ce type d'édition d'être une forme déguisée du compte d'auteur car l'auteur peut être tenté de répondre lui-même à l'appel de fonds. Pour moi, tant qu'il n'y a pas de pression de l'éditeur en ce sens, le procédé est correct. L'ennui, c'est que l'univers éditorial est une jungle remplie de pièges...   

2019-11-10-branche-colombiere---03---500Edition  à compte d'auteur payée par appel de fonds > Ca ressemble, mais c'est l'auteur qui lance la souscription. Je pense que c'est de voir des auteurs pratiquer cela qui a donné idée à des éditeurs de le faire aussi. Au moins, là, tout est clair et si l'auteur y rajoute de sa poche, ce sera en toute conscience. L'auteur a toutefois intérêt à s'assurer que le produit livré sera de qualité, car il serait dommage d'envoyer à ses souscripteurs des livres remplis de fautes et mal mis en page.  

Dans les zones troubles également,
mais pas de la même façon  

Autoédition avec création d'entreprise > Les auteurs indépendants peuvent être amenés à créer une micro-entreprise. La première raison de le faire est administrative : pour déclarer les revenus du livre aux impots. La seconde raison est simplement un paravent, qui depuis longtemps ne trompe plus les libraires ni les salons. 
La maison d'édition alors créée sera jugée par certains "fictive", du fait qu'elle ne prendra aucun manuscrit et se cantonnera à un seul auteur. D'autres diront même que c'est une tentative de "faire croire" (ce qui n'est pas toujours faux). Néanmoins, certaines petites maisons ont débuté ainsi et se sont ensuite étendues à d'autres auteurs, si bien que la phase autoéditrice peut être considérée comme une période d'essai, ou de mise en route.
C'est cette forme que je pense employer pour l'autoédition de mon western, pour la très simple raison que je possède déjà un numéro SIREN (numéro d'entreprise). Je vais néanmoins devoir changer le statut auquel renvoie ce numéro, qui en son état actuel, ne m'autoriserait qu'un très petit tirage.  

Ombre-01--L300Autoédition avec appel de fonds > Tout à fait compatible avec la création d'entreprise, mais l'une n'implique pas forcément l'autre.
Ici, il s'agit non plus de savoir comment remplir la déclaration de revenus, mais de payer les frais d'édition : correction du texte, illustration de couverture et éventuellement impression d'exemplaires papier. 

Comme c'est la forme d'autoédition réputée la plus facile, je ne peux oublier :
Autoédition numérique en Kindle > Particularité des Ebook amazon : ils sont formatés en Kindle, et non dans le format Epub. Le site permet aussi l'impression à la demande de livres papier. Je n'ai jamais regardé comment cela fonctionne (j'aime pô l'âme à zone), mais tout le monde semble trouver cela facile et rapide, d'où résulte que beaucoup d'autoédités font leurs premiers pas sur Amazon.
Ceci étant, comme j'en ai vu qui ignorent qu'on peut faire un ebook ou du tirage à la demande sur d'autres sites, il est possible que ce soit une question de niveau d'information. Ce qui est sûr, c'est que la création du livre, sa mise en vente et sa diffusion s'effectuent tous en même temps, ce qui n'est pas forcément le cas avec les autres sites d'autoédition (depuis lesquels il faut inscrire le livre sur d'autres sites, pour en effectuer la vente en ligne).
Les frais pré-édition restent les mêmes qu'avec toute autre édition : correction, couverture (et éventuellement impression d'un stock si on veut en plus la version papier pour faire des dédicaces), mais il est possible et tentant de les réduire ou zapper. Une économie qui n'est pas toujours une bonne idée, car pouvant impacter la qualité du livre.  

Autoédition numérique en Epub > Possible sur divers sites d'autoédition (Librinova, Bod, Lulu...), la réalisation d'un Epub peut aussi s'effectuer tout seul chez soi avec son ordinateur et un logiciel. Pour la mise en vente, il faut passer par un site, ce qui rend la réalisation maison assez inutile. Le processus sera plus ou moins le même qu'avec Amazon, et là aussi l'auteur doit envisager des frais pré-éditoriaux. Ces sites proposant eux aussi l'impression à la demande, le topos est donc le même que précédemment, donc !
Un cas de figure où il y a une différence entre les deux formats : pour proposer un livre en téléchargement gratuit sur un site internet (ben oui, on peut n'avoir pas envie de faire payer), la réalisation maison d'un Epub suffit. Mais là, on sort totalement du thème de cet article, c'est à dire l'argent.  

avatar-coucher-soleil-et-etoilesL'apparition, voilà une dizaine d'années,
des liseuses numériques
et de l'impression à la demande,
a beaucoup modifié
le paysage éditorial.

En un premier temps, cela a favorisé l'apparition de petites maisons d'édition aux possibilités financières réduites, offrand aux auteurs des possibilités nouvelles. Ces maisons sont hélas fragiles, ce qui a encouragé les audacieux à se diriger vers l'autoédition. Certaines de ces maisons sont parvenues à durer, voire à se tailler une réputation.

Il y a trois ans, les grandes maisons d'édition regardaient l'autoédition de haut. C'était presque normal. Après tout, les autoédités ne sont passés ni par les mains d'un comité de lecture ni par toute l'armée de spécialistes de l'édition traditionnelle. Comment aurait-ils pu reconnaître la possibilité d'un produit de qualité équivalente ? La montagne d'autoédités contenant effectivement quelques bousins, le mépris était facile, voire logique. 

Et puis un jour, voilà une paire d'années... changement brutal ! Pour signifier aux auteurs le refus de leur manuscrit, les maisons d'éditions envoient souvent des lettre-type, aux formulations plus ou moins sèches, plus ou moins aimables, mais qui, au final, disaient toutes la même chose : "Merci de nous avoir proposé ton roman. On n'en veut pas, mais tu trouveras sûrement un éditeur. Bonne chance". Un beau jour, certaines maisons (et non des moindres) ont ajouté à la fin de leur refus-type un aimable et surprenant conseil : celui de s'autoéditer. Ah mince !!! Quel est ce mystère ?

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Les auteurs ainsi refusés reçoivent un code (le même pour tous ceux refusés par la maison) qui leur permet d'obtenir une réduction sur les tarifs proposés par un site d'autoédition. C'est gentil, non ? La toute première fois qu'on a vu ce type de lettre sur le forum Jeunes Ecrivains, la faune du secteur Edition a été perplexe. Etait-ce un refus type ? Ou un refus personnalisé d'un style tout neuf ? Bon... on a vite compris que c'était juste du refus-type à la nouvelle mode.

Ce code n'est pas un simple cadeau de la maison aux auteurs refusés. Le logiciel du site va garder en mémoire que cet auteur avait proposé son texte dans telle maison et si le livre se vend bien, avertira ladite maison, qui pourra alors contacter l'auteur et lui proposer un contrat. Là, tout de suite, ça devient moins étrange. 

L'article est déjà très long. Je ne vais donc pas beaucoup approfondir cette fois-ci l'exploration de cette étrange nouveauté du paysage, qui n'est en fait peut-être pas tout à fait nouvelle. En France, elle est très rare et jusque récemment employée surtout par les auteurs très demandés, mais aux Etats-Unis, elle est systématique. 

2019-10-14---CesarL'agent littéraire, à l'image de l'agent artistique dans le show-biz, entre en jeu dans les négociations entre auteurs et éditeurs.

Comment se gère l'affaire entre le site d'autoédition et l'éditeur ? Aucune idée ! On peut, en un premier temps, penser que le site tient un rôle d'agent littéraire... mais en fait non. L'agent littéraire envoie le manuscrit à des éditeurs qu'il a sélectionnés après avoir lu le texte (ici, il ne fait que signaler à la maison qu'elle aurait dû accepter le livre). Il aide aussi l'auteur à négocier son contrat, lequel auteur le rétribuera d'un pourcentage prelevé sur ses droits d'auteur (ici, c'est à l'évidence l'éditeur qui le payera).

Donc... non, cette nouveauté du paysage n'est pas un agent littéraire. Ou du moins pas traditionnel. En termes de vocabulaire employé, c'en est un, mais tout comme le milieu des auteurs met en opposition "vrai" et "faux" du côté des éditeurs (compte d'auteur et éditeur), on peut s'attendre à ce qu'il y ait bientôt les "vrais" et les "faux" agents. 

Comme je suis une grosse rêveuse, j'ai envie de croire que les "vrais" agentsvont eux aussi se développer.

Et le lecteur, dans tout ça ?

Pour lui, toute cette cuisine ne chance à priori pas grand-chose. Enfin si. Cela peut jouer sur la variété des livres proposés, leur présentation, leu diffusion, etc.