“Le souverain Bien est l’harmonie de l’âme”      (Sénèque)   

Pour la plupart des gens, c'est juste de la philosophie, et beaucoup ne prendront même pas la peine de s'attarder à réfléchir sur cette citation.  

2019-10-14---CesarLes épileptiques ne sont certainement pas tous assez calmes pour y songer de temps en temps, mais ils ont tout intérêt à le faire. Pour nous, être calme n'est pas de la philosophie. C'est un impératif de santé et même de vie quotidienne. On peut, à vrai dire, y ajouter tous les stress un peu importants, qui sont également néfastes, mais la colère a ceci de particulier qu'elle est à la fois nocive pour la personne et improductive. 

Rester calme. Cultiver le calme. Juste le dire, c'est facile, mais le faire... alors là...

Surtout que nous vivons dans une société où le calme n'existe que dans les livres de relaxation & bien-être ou les CD de méditation (il y a même des applications smartphone pour ça, parait-il). Une société où les gens ne savent même plus ce que le mot veut dire, et où le stress est une chose normale. 

Il y a deux ans, j'ai eu envie de piquer une crise de nerfs, quand la toubib de la MDPH a répondu à mon explication d'avoir un besoin impératif d'éviter le stress "Ah oui, évidemment, si vous ne voulez pas travailler ! Il y a toujours du stress quand on travaille !". Et de m'accuser (y'a pas d'autre mot) d'être juste une tire-au-flanc en disant qu'il suffit de demander au patron des horaires de travail (ben voyons... comme si c'était juste ça, le stress, et comme si ledit patron arrivera mieux que ladite toubib à comprendre l'intense besoin de calme que peut avoir un épileptique). Tout ça, c'est facile à dire, quand on est en bonne santé. Et le pire, c'est que c'est ce que pense pratiquement tout le monde.  

Même les gens qui croient comprendre ne le font pas souvent réellement. Et ceux qui ne comprennent pas... oh bon sang de bois... qu'ils sont nombreux ceux-là ! Ceux qui voient dans cet intense besoin de la paresse, du désintérêt voire du j'm'en-foutisme absolu ! Ceux-là sont épuisants de mépris ou bien de tentatives de faire réagir (c'est à dire énerver), ou bien les deux à la fois. 

34580112_mJe ne peux pas leur donner totalemet tort, ni dire que les épileptiques sont tous calmes. Moi-même ai très longtemps cru que se conformer au stress ambiant était obligatoire pour être une personne normale. Sauf que non. Le stress n'est pas normal. Le stress est par définition une manifestation que quelque chose ne va pas. C'est un signal d'alerte naturel, mais il est socialement normal de ne pas y prendre garde.

 “N’attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites ;
décide de vouloir ce qui arrive et tu seras heureux”    (Epictète)

C'est l'épilepsie qui m'a conduite à apprendre la méditation, mais dans un premier temps j'ai commis l'erreur très pratiquée de me replonger dans l'agitation tout le reste du temps. Et puis, contrairement à ce qu'expliquent certains "trucs" de relaxation, la méditation ne s'apprend pas en une semaine. C'est une pratique qui n'est efficace que si on l'approfondit et en emploie les bénéfices tout au long de la journée et de la semaine.

Ce qui m'a obligée à apprendre "pour de bon" à méditer, ce sont des années de sciatique puis d'asthme. Contrairement à l'épilepsie qui fonctionne par crises, ces deux "petits" soucis sont permanents. Il m'a fallu apprendre à être calme non-stop. C'était frustrant, mais impératif. Et puis, j'ai fini par l'intégrer, et cela a fait beaucoup de bien à mon épilepsie aussi.

2010-PeuhJe me suis alors rendue compte que, petite fille, j'éprouvais souvent le besoin de m'asseoir en fixant quelque chose sans vraiment le regarder. Le portail de la cour d'école. Le feu dans la cheminée. Un arbre près du bac à sable. Et ai réalisé qu'en ce temps-là, je pratiquais une méditation tout à fait efficace, quoique absolument autodidacte et improvisée.

 Rester en colère,
c’est comme saisir un charbon ardent
avec l’intention de le jeter sur quelqu’un;
c’est vous qui vous brûlez.”       (Bouddha)

La colère est un stress parmi d'autres... mais au contraire du stress d'urgence, il est improductif. Il ne fait jamais de bien, ni à soi ni aux autres. C'est de l'énergie gaspillée de manière inutile ou nocive. Elle est une ennemie terrible, féroce et sournoise. Une sale bête tapie dans l'ombre pour sauter à la gorge à la première occasion.  

2019-10-14---Cesar---5Toute situation de fort énervement est pour moi un moment de grande faiblesse devant les risques de crise... voire même un appel à ce que la maladie se manifeste. Je le sais, et pourtant, n'y songe pas toujours. J'ai fait du calme une manière de vivre, mais quand la colère arrive tout de même, je ne me méfie pas. C'est une sale bête qui sait s'installer et grimper sans qu'on la remarque. 

Au début, ne jamais se mettre en colère, c'est frustrant (encore un stress), et puis on s'y habitue et ça devient très agréable. On devient très zen, au sens qu'on donne couramment à ce mot, et peut-être aussi en son sens bouddhiste, car pour le rester il faut apprendre à "laisser couler" les averses qui nous tombent dessus.

“L’homme  qui ne se contente pas de peu  ne sera jamais content de rien” (Epicure)  

Y'a juste un petit souci... c'est que ça conduit à être différent de la "normale" qui nous entoure. Alors que ce sont peut-être les autres qui ne sont pas normaux ! Aucun animal ne s'impose volontairement du stress ! Il n'y a que les humains pour être orgueilleux au point de refuser d'admettre qu'ils ont besoin de s'arrêter devant l'obstacle, ou même reculer un bon coup...