Le Prologue, c'est cette chose, au début d'un livre, que les lecteurs pressés ne lisent pas, le confondant peut-être avec une préface, ou bien considérant que l'histoire débute forcément au chapitre 1. Sauf que s'il est là, c'est que l'auteur l'y a mis, et qu'il ne s'agit pas d'une préface (bien que l'étymologie ait le même sens d'avant-propos), mais bel et bien d'une partie de l'oeuvre.  

2019-06-29--IMG_2242---500Il paraît qu'en Fantasy, les giga-prologues ne sont pas rares. Est-ce vrai ? Je n'en sais trop rien, n'en lisant pas assez. Ce qui est clair c'est qu'on ne peut pas sauter par-desssus un prologue de six pages comme par-dessus un ruisseau, et pourtant si l'action ne débute pas avant le chapitre 1, ces six pages retardent le moment où on y arrivera.  

 Comme auteure et comme lectrice, je considère qu'un prologue doit être bref.  

Avant d'aller plus loin sur mon point de vue, je vais proposer celui de quelqu'un d'autre... 

L'auteur de ce blog  https://arnierblog.wordpress.com/2017/07/21/prologue/  écrit ceci : 

« Demandes-toi "pourquoi ai-je besoin d’un prologue à mon histoire ?". Rédige la réponse (si si, je suis sérieux, écris-là, force-toi à te justifier en toutes lettres !). Elle doit ressembler, à peu de choses près, à : "ce prologue va me servir à exposer au lecteur des éléments indispensables à la compréhension de mon histoire". 
J’aurais même tendance à préciser "indispensables à la compréhension du début de mon histoire". C’est à peu près la seule raison pour laquelle tu peux avoir besoin de réaliser cette scène « qui précède le début ». Tu chercheras la définition du mot prologue : ça sert à ça, un prologue. Si ta réponse est différente (du genre "je veux créer une atmosphère mystérieuse", "je veux débuter par une scène d’action", "je veux caser un meurtre gore"), ce n’est pas d’un prologue dont tu as besoin, mais d’un bon premier chapitre. Idem si tu penses que ton prologue servira à éclairer une scène vers la fin de ton ouvrage : si tu as le temps de fournir les informations plus tard, il est probable qu’il soit possible (et pertinent) de les fournir… plus tard. » 

70833414_mJ'avais noté dans un coin le lien de cet article, plus ou moins à l'époque où il est paru. En retombant dessus, j'aurais pu le laisser où il était (c'est ce que je fais le plus souvent avec les liens que je mets de côté), mais j'ai eu la curiosité d'y aller voir.  

Et je ne suis pas du tout d'accord !!!!  

A la question "pourquoi ai-je besoin d'un prologue", les réponses pour mes différents textes seront 

Howahkan = pour planter le décor de western léonien et les caractéristiques principales des personnages principaux, avec en prime l'élément d'originalité qui fait que ce n'est pas si léonien que ça. 

Errances Galactiques = pour plonger le lecteur tout de suite en Space Fantasy, avec une ambiance qui n'est même pas celle de l'histoire mais juste un résultat et semer au passage dans l'esprit du lecteur l'idée d'un zeste de légende. 

Ange Martin = pour placer une ambiance fortement réaliste/psychologique, avec un homme qui en a visiblement traversé de dures et dont l'histoire va se raconter ensuite, en revenant quinze ans en arrière. Petite touche de caractère du personnage au passage. 

Tutore Noctis = pour créer une unité entre les nouvelles de la série. Ce prologue-là n'était pas prévu au départ et résulte de cogitations conceptuelles. Ne sera définitif que quand j'aurai rédigé ceux de quelques autres épisodes pour voir si ça se tient. 

Sinistre DiscoBall = pour esquisser les décors, qui ne seront pour ainsi dire pas du tout évoqués dans le reste du texte. Oui, oui... il n'y a pas de description des décors dans ce texte, ni aucune vue d'ensemble de l'univers.  

2016-Blanc-Nez-Ombellifere-300-cadreCeux de Howahkan et DiscoBall se situent peu avant le premier chapitre. Ceux des Errances et de Martin sont longtemps après le dernier. Celui de Tutore Noctis est de nature totalement non factuelle et peu utile à dater (mais postérieur aussi). Aucun de mes prologues ne se situe dans un lointain passé. Ce n'est pas de ma part un rejet, mais je n'ai pas encore écrit de texte où cela m'ait paru approprié.  

Celui de DiscoBall est à peu près le seul à apporter de façon factuelle des éléments indispensables (et encore) à la compréhension ultérieure. Les apports de celui de Howahkan se devineraient aisément. Celui des Errances pourra peut-être sembler faire partie des prologues SFFF qui plantent des jalons importants sur ce qui s'est passé avant l'histoire, mais comme il se déroule après les faits, il expose en fait un résultat (attention au piège). Martin est un roman très structuré, où les éléments de forme ont un sens qui se rajoute au contenu, mais en tous cas, n'indique qu'une seule chose sur le récit qui va suivre : l'homme ne s'en est pas tiré indemne.  

27304308_mLe concept de prédiction, parfois employé dans les prologues Fantasy, possède un intérêt commun avec deux de mes prologues : relier l'alpha et l'omega, les origines et l'achèvement, ou tout au moins le but (car une prédiction peut se révéler fausse).  

Sur mon roman en cours d'écriture, le concept narratif que j'ai choisi (démarrage très lent) ne me semble pas très compatible avec un prologue, sauf peut-être un micro-prologue rédigé en vers. Pour le moment, il n'y en a pas. Le texte comptant encore moins de 15.000 mots, j'ai encore le temps d'y réfléchir.  

"Donner des éléments indispensables à la compréhension du reste du texte" : ça veut dire quoi, ça ?  
Et pourquoi les ambiances ou décors seraient-ils à introduire dans le premier chapitre alors que les éléments d'action le seraient dans le prologue ? 

Tout d'abord :  
l'ambiance EST indispensable
à la compréhension du texte.   

Si on aborde un roman Space Fantasy en croyant avoir affaire à de la hard SF, on va être très surpris en voyant débouler au chapitre 5 un extra-terrestre. Si on croit avoir affaire à un polar comique, on sera peut-être agacé de se rendre compte que c'est une romance tragique. Et même sans cela, la "mise en condition" du lecteur est importante, car un récit n'est pas que factuel. Il comporte aussi des sensations.  

Parchemin-Leo

Présenter la nature essentielle d'un personnage, c'est bien peu de choses et n'apporte pas lourd au scénario, mais cela permet au lecteur de faire connaissance avec celui dont il va suivre les aventures. Présenter un cadre, ce peut également être fort peu de choses, mais cela permet au lecteur de savoir où il se trouve.  

Au passage :
"prologue" ne veut pas dire
"ce qui précède le début"
mais "avant-propos". 

Du moins, si je me fie aux dictionnaires Larousse et de l'Académie Française. 

Hé oui... cet article parle de la définition du mot "prologue", mais n'en a pas la même que les dictionnaires (ce qui est très étrange puisqu'il invite à aller la lire). 

https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/prologue/64267 

https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9P4550  

Si l'auteur de ce blog passe dans le coin, il ne va pas être enchanté... (oups... désolée...)  

  Partie initiale d’une œuvre littéraire, lyrique ou cinématographique qui, le plus souvent, présente ou éclaire l’action.

Un sens selon lequel on peut comprendre le point de vue du lecteur qui zappe de le lire pour aller plus vite au roman, en se disant qu'il n'a pas besoin d'un complément d'explication et comprendra très bien tout seul !  

Ensuite :
pour moi, ce sont les éléments de compréhension
qui doivent s'introduire dans le texte et non dans le prologue.    

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Je dirais même que ce n'est pas avec un "bon premier chapitre" que cela doit se faire mais en les distillant petit à petit. Les faire tomber tous à la fois sur la tête du lecteur qui ne saura qu'en faire n'a aucun sens car il ne les retiendra pas.  

L'exemple Harry Potter donné dans l'article va d'ailleurs en fait dans le sens inverse du propos, car les éléments du prologue ne rajoutent pas grand-chose à la compréhension. Pour moi, ils créent un mystère, et c'est tout !   

Employer le prologue pour placer des éléments indispensables est une stratégie risquée, car ainsi que le dit l'auteur de cet article, il existe des lecteurs anti-prologue... et certains d'entre eux (peut-être beaucoup ?) ne les lisent tout simplement pas, et passent directement au premier chapitre.   

Il y a une chose à prendre en compte, dans cette allergie des lecteurs aux prologues : leur longueur.   

Je ne suis absolument pas fan des giga-prologues. Pour moi, un bon prologue est comme un lever de rideau, et se doit d'être petit. Il doit mettre en appétit, mais pas faire renoncer au repas.   

Sur un prologue de grande longueur, il est clair qu'on risque de lasser le lecteur si on se contente de poser une ambiance. Je suppose que cet article envisage les prologues qui, en SFFF, évoquent ce qui s'est passé trois siècles avant, ou bien la légende de tel mage (etc.).  

Le fait est qu'il s'agit d'un blog d'auteur de SF & Fantasy... 

2017-dame-oiseau---300Et là, c'est l'exemple Hitchcock que je trouve mauvais, parce que ces prologues évoquent en détail des choses éloignées, alors que Hitchcock était un grand spécialiste des prologues qui posent une ambiance avec des détails accrocheurs dont certains inquiètent ou intriguent.  

Ce n'est pas parce que le spectateur a vu un homme poser une bombe sous la table qu'il sait qui est cet homme et quelles sont ces motivations. Le spectateur n'a reçu aucune information pour comprendre la discussion d'affaires ou politique qui va se tenir au-dessus de la table, mais une accroche qui le rend certain qu'il va se passer quelque chose. Les éléments permettant d'entrer dans l'histoire et la comprendre sont donnés dans la conversation au-dessus de la table, qui correspond au premier chapitre.  

Accessoirement : Hitchcock était aussi un grand maître des prologues cinématographiques assez longs, ressemblant à des "décors de comportement humains". On est dans le cadre... d'une ambiance ! Et dans le cas de figure d'un prologue qui tout en montrant beaucoup de choses n'exige du spectateur qu'il retienne qu'assez peu de choses.  

Diable-et-Sorciere---L300Est-ce à dire que les prologues de huit pages racontant la légende du vieux mage sont à jeter ? Je ne pense pas. S'ils sont bien rédigés, attractifs, ils tiennent au moins de rôle de happer le lecteur. Là où ça se gâte c'est si le lecteur s'épuise de recevoir trop de bagages à porter ou au contraire ne voit pas ce qu'il est supposé retenir dans ce qu'on lui montre. Là où ça peut se gâter ( bis ) c'est si, une fois bien happé par le prologue, le lecteur est déstabilisé par le passage au premier chapitre, qui le plonge dans un autre monde, dont les rapports peuvent être très faibles avec le premier.  

Et là, on tombe sur la raison pour laquelle je n'aime pas les prologues longs qui racontent la légende du mage Untel.  

Cette légende, même si elle est jolie, je ne sais pas quoi en faire, et j'aurais peut-être mis assimilé les enjeux qu'elle représente si elle m'avait été rapportée au chapitre 2 pendant la conversation du chevalier Truc avec son jeune écuyer Bidule. Aussi jolies soient-elles, les huit pages n'ont servi à rien... sauf peut-être me faire comprendre que j'entre dans une histoire de quête avec dragon posé sur un trésor dans une grotte envoûtée par un mage. Évidemment, s'il y a en plus une histoire de prédiction, je sais aussi qu'il faut chercher l'élu dans le casting (et je risque aussi de fermer le livre, parce que je ne suis pas assez fan de fantasy pour aimer les prédictions avec élu des dieux qui trouvera l'épée magique). Et j'aurais peut-être préféré qu'on résume les huit pages en une seule.  

Telephone---RBon... j'ai pris l'exemple des prologues de huit pages en fantasy parce que c'est un type de prologue assez "coriace" et qui me semble effectivement très à même de faire refermer le livre au lecteur ou à l'éditeur. Peut-être que ça semble caricatural ? En effet, ça l'est.   

Parce dans ce prologue racontant l'histoire ou la légende de tel roi ou tel mage, il est très vite fait d'employer des tonnes de clichés et les faire tomber en cascade. Autrement dit : un énorme piège ! Et si on tient à faire ce genre de prologue, il est probable qu'il faut en effet mettre tous ses efforts pour faire ressortir des données précises et non se contenter seulement de peintre les lieux ou l'ambiance.  

Deuxième citation du blog  https://arnierblog.wordpress.com/2017/07/21/prologue/   

« Si tu n’es pas sûr(e) de toi, il existe une méthode très simple pour savoir si tu as besoin d’un prologue ou pas : ne l’écris pas, et rédige tes premiers chapitres d’abord. Si, en relisant tes trois premiers chapitres, rien ne te choque, c’est que tu n’as pas besoin de prologue. Si tu te dis : « ça n’a pas de sens, le lecteur NE PEUT PAS comprendre ‘ceci’ s’il ne sait pas ‘cela’ », c’est que tu as besoin d’un prologue. Et bravo : tu viens de pré-lister les éléments que tu dois mettre dedans. » 

Ben... justement. Mis à part celui de Ange Martin, tous mes prologues ont été rédigés après le premier chapitre. Celui de Howahkan a même connu quatre moutures différentes, dont deux sur le principe de raconter ce qui s'est passé avant et est important pour l'histoire. J'ai préféré introduire ce "avant" petit bout par petit bout, tout au long du récit.  

Peut-être est-ce moi qui fais des prologues mal fichus ?  

MotoPeut-être, mais jusqu'à présent, mes bétalecteurs les ont trouvés attractifs, et si sur certains le passage au premier chapitre les a perturbés, c'est peut-être parce que j'aime gratter le crâne du lecteur au moment de débuter l'histoire. Dans Ange Martin, je serais terriblement déçue que le lecteur effectue le passage comme une lettre à la poste. Sur Howahkan, par contre, ça doit glisser plus ou moins tout seul, mais le ton change radicalement, passant du descriptif lent à une action très vive.  

Surtout : 
aucun de mes prologues n'est long.  

Noel-JE--022-L350Ange Martin : moins de 900 mots (ah tiens ? c'est lui le plus gros ?) 

DiscoBall (saison du Rat) : moins de 700 mots  

Howahkan : moins de 600 mots  

Errances Galactiques : moins de 500 mots  

Tutore Noctis (1° nouvelle) = 92 mots (en vers)  

Les auteurs ont l'habitude de lire leur bébé en format traitement de texte, ce qui fausse beaucoup l'impression rendue par le nombre de pages. 

En "format livre", on peut compter plus ou moins 250-300 mots par page (même si en fait, cela variera beaucoup selon la mise en page et le nombre de retours à la ligne dans le texte). Sur un traitement de texte : le double. 

Selon la version "page format A5" de mon manuscrit (oui, oui, il existe en A4 et en A5), le prologue de Ange Martin fait cinq pages. Il est suivi d'un intermède spécialement conçu pour déboussoler le lecteur et qui tient en une seule page (n'abusons pas des bonnes choses), si bien qu'on peut considérer qu'il en fait six.  

Comme quoi, on les atteint très vite, les huit pages de prologue ! L'auteur de l'article que je critique compte-t-il en "page de livre" ou en "page texte", je n'en sais rien et cela n'a pas grande importance.  

Je suis assez étonnée de voir les Errances Galactiques en quatrième position car dans ma petite cervelle, j'avais l'impression qu'il serait en tête. Ce doit être parce qu'il est de rythme lent et de style ampoulé, alors que les autres sont plus vifs. Si c'est bien pour cette raison, il y a de bonnes chances que les lecteurs aussi le trouvent long, mais comme matériellement parlant il tiendra sur deux ou trois pages, ils ne devraient pas avoir le temps de se demander "combien de page elle lui a collé, à son foutu prologue" ni "est-ce que je file direct au chapitre 1 ?"  

Comme dans beaucoup de domaines, 
il y a plusieurs écoles, pour les prologues

Est-ce que les éditeurs ont des préférences pour l'une ou l'autre ? 
Peut-être, ou peut-être pas. 
Je présume qu'ils sont un peu comme tout le monde 
et ont leurs goûts et dégoûts.   

Ceci étant... 
l'important est-il de faire ou ne pas faire un prologue, 
ou bien de faire un début de livre en lequel on a envie de se plonger ?  

Eddy-Thor-affiche--225Le rôle du prologue, il est là : 
donner faim au lecteur.  

Pour donner faim à l'éditeur, on a fait une lettre de présentation et fourni un synopsis... et les 10 premières pages (qui selon la légende décident si l'éditeur va jusqu'à la 50°, moment où il décidera d'aller jusqu'au bout ou passer au manuscrit suivant).   

Pour donner faim au lecteur, il y a le visuel de 1° de couverture, le résumé de la 4°... et le prologue (où le mage Untel a intérêt à être convainquant dans sa prédiction, parce que les prédictions c'est cliché et agaçant). Peut-être aussi le milieu du livre, si le livre est acheté en librairie et ouvert en plein milieu pour jeter un coup d'oeil (pratique qui se raréfie avec les librairies), ou bien les extraits présentés sur Babelio et les sites de vente. 

A mon tour, je vais revenir sur la définition du mot "prologue" 
à savoir : ce qui est dit avant le récit et non : ce qui précède le début 
( nuance )   

saisir-le-feuCe qui est dit avant le récit peut se "zapper" sans dommage pour la compréhension globale du texte. Les lecteurs n'aimant pas les prologues pourront donc passer au premier chapitre si ça leur chante... et les auteurs n'aimant pas condenser des effets de style sur un joli petit bout de texte qui ne sert techniquement à rien peuvent également s'en passer. Ceux qui, comme moi, aiment faire joujou avec leur texte, peuvent s'y livrer à une parade avant spectacle.  

Les grincheux diront que "alors si on peut le zapper, c'est qu'il ne sert à rien". Ben si. Il sert à lever le rideau et établir le contact.  

Ce qui précède le début peut, certes, être raconté avant le texte, s'il faut impérativement l'avoir dit pour qu'on comprenne... mais dans ce cas, pourquoi ne pas le nommer "chapitre 1" (surtout si en plus il est long) ? Est-ce à cause de l'ellipse temporelle entre les faits destinés à expliquer et ceux de l'aventure elle-même ? Mouais... suis pas tout à fait convaincue du concept, mais ça peut avoir sens.  

doigt-sur-la-boucheLà où cet auteur et moi sommes d'accord, 
c'est sur le fait que 
le prologue doit être court.