2020-09-15--Jeff-Bill-en-bocal--L500Il y a déjà eu un post, le 9 mai, à propos de mon état d'inspiration et motivation durant cette période, mais je ne sais quel bug l'a bousillé et il est à présent quasiment vide. C'est très dommage car ayant été rédigé le 8 mai et publié le 9 mai, il était beaucoup plus spontané que le sera celui-ci. Qui, en plus, a été commencé lorsque je me suis rendue compte de l'effacement (début juin, me semble-t-il) mais reprise seulement à la mi-septembre.

 Comme à beaucoup de gens, le confinement m'est tombé dessus comme une enclume. Sur les deux premières semaines, je suis restée scotchée aux infos, via les sites d'information et les pages de statistiques. Le fait de gérer une page facebook portant sur la transition sociale et écologique ne m'a pas aidée, car j'y ai relayé beaucoup d'articles (un peu hors-sujet mais il y avait des infos importantes à faire passer, notamment à propos des soignants et des risques de contamination, dont on ignorait encore beaucoup).

J'avais initialement prévu de ne pas faire le camp-Nano.

J'ai trop de textes achevés en premier jet et qui attendent finalisation. Je suis restée "sevrée de premier jet" un bon moment, avant de m'autoriser à nouveau cette phase d'écriture. Le peaufinage est une étape qui commence par être passionnante mais devient facilement éprouvante pour les nerfs, quand à la correction, elle est purement et simplement épuisante, voire frustrante.

Jeff-Bill-a-la-merDe janvier à la mi-mars, j'ai été très occupée "in real life", ce qui m'a conduite à repousser au printemps des démarches administratives importantes (toujours pas faites, du coup), mais bossais régulièrement le peaufinage de mon roman Space Opera, avec comme carotte pour avancer l'écriture d'un nouveau texte, entamé en septembre 2019 avec volonté nette de ne surtout pas avancer rapidement dessus.

Le camp-Nano d'avril arrivait à point pour me détacher un peu de l'actualité angoissante, mais je ne pouvais pas le faire sur mon roman en cours, puisque prévu comme devant avancer lentement et selon des objectifs tels qu'il me serait de toute façon difficule d'aller vite.

Qu'à cela ne tienne ! J'ai ressorti mon "doudou texte", c'est à dire ma série Urban Fantasy, et défini un Nano-objectif de 25.000 mots.

Toujours bavarde et digressive, je suis déjà assez loin dans la page et n'ai toujours pas parlé de ce camp-Nano un peu spécial.

J'avais pris un sujet... dont je ne me souviens même plus, et n'ai pas réussi à trouver inspiration pour cette histoire que j'avais prévue plutôt joyeuse voire un peu délirante. Au lieu de cela, un "épisode" de la série que j'avais écrit une première fois en 2012, mais classé dans les "totalement raté, à refaire" s'est imposé à ma tête.

Ce n'était pas précisément un sujet reposant (au contraire, franchement stressant), mais.... OK, je peux toujours commencer par ça, et revenir à mon sujet prévu quand j'aurai un peu repris contact avec le clavier.

Ci-dessous : ma courbe d'avancement sur le site Nanowrimo.org.

Sans titre 16pPremier jour à 388 mots alors qu'il m'en aurait fallu 833 pour naviguer sur la ligne moyenne de mon objectif. Un début numériquement assez mou, qui au niveau cérébral correspondait à une angoisse permanente et bloquante à tous niveaux. Une sorte de paralysie du cerveau. C'est assez compliqué à décrire, mais je pense que beaucoup de gens sont à même de comprendre cette sensation.

Enfourcher le canasson imaginatif n'était pas du tout cuit, et l'envie compulsive de me jeter sur les sites d'information restait là, obsessionnelle au possible. J'ai dû m'auto-imposer l'écriture, sur les premiers jours. Réellement "imposer", le verbe n'est pas abusif.

25.000 mots en 30 jours = 834 mots par jour. Une cadence dont je sais, d'expérience, être capable même sans disposer de journées entière pour écrire. Pour les moldus qui ont du mal à mesurer en nombre de mots : comptez une page et demie sur traitement de texte moyen.

2019-07-24--Jeff-et-rhubarbe-1---500Le 1° et le 3 avril, la production a été fort réduite (moins de 400 mots). Le 2 avril, un peu plus de 600. Le 4 avril, 922 mots, c'est à dire la cadence moyenne théorique, mais pas assez pour remonter le retard. C'est tout de même un bon début. Le 6 avril : BING ! 2022 mots. Là, je retrouve la sélénite que j'auto-connais. Avec toute la journée à disposition, je devrais être capable de pondre 5000 ou 6000 mots, mais 2000, c'est déjà bien, et la preuve, c'est que je passe au-dessus de la ligne moyenne.

Dépasser cette ligne oblique bleu clair, cela m'a fait rudement plaisir, et tout en craignant de ne pas y arriver, j'ai très logiquement espéré reproduire la performance, voire la dépasser.

Pour avancer vite, lors d'un Nano ou d'un camp-Nano, il y a quelques règles à garder en tête, même si on ne les suit pas toutes.

>>>> Avoir une idée relativement précise de l'histoire à poser sur la page. Là, pas de souci, je l'ai, mon scénario, puisque je l'ai déjà écrite une fois.
>>>> ainsi que de la façon dont il faut la raconter. Bizarrement, j'en ai également une idée très nette, alors que si depuis huit ans je n'ai pas tenté de rependre ce scénario, c'est que je n'en avais aucune idée. 
>>>> Ne pas stresser sur le nombre de mots, car cela peut conduire soit au blocage soit au texte bâclé. Là, on peut se dire que c'est très mal barré, car je suivais attentivement ma courbe de progression. Paradoxalement, pendant que j'écrivais, je ne m'en souciais absolument pas.
>>>> Ne pas se relire, ou du moins ne relire que les paragraphes venant d'être écrits afin de vérifier que c'est lisible (ce n'est pas toujours le cas). Remettre à plus tard toute auto-critique et s'en tenir à l'idée que c'est un premier jet dont le style sera potentiellement remanié plus tard. Sur ce point, j'ai été impeccable, car j'ai foncé bille en tête. Je crois n'être jamais revenue en arrière de plus de 300 mots.

2020-05-Jeff-Bill-attestationEn mai, j'aurais évqué plus facilement l'aspect important du moment, c'est à dire le ressenti émotionnel, le degré d'inspiration, le degré de soulagement, le rapport aux personnages, etc.

A présent, je regarde ça de plus loin, et fatalement, me penche sur les chiffres pour examiner la façon dont ma caboche a évolué au cours du mois.

Le passage au-dessus de la ligne était-il un bon signe ? Sur le coup, j'ai pensé que oui. Début mai, une fois le Nano fini, je n'en étais plus sûre du tout. A présent, j'hésite.

L'écriture, c'est à dire l'acte de raconter, c'est toujours un contact étroit avec l'histoire qu'on a dans la tête, et parfois ce contact devient si fort qu'on peut parler de transe. C'est assez cocasse, quand on relit le texte terminé, de tomber sur des passages dont on ne se souvient pas du tout, ou bien tellement chouette qu'on avait sûrement une muse assise sur l'épaule. Evidemment, le morceau de texte peut aussi être du grand n'importe quoi...

Le texte Urban Fantasy ne compte qu'environ 20.000 mots.

Les 5.000 autres sont sur le roman en cours d'écriture, celui qui ne doit pas avancer rapidement. En effet, j'ai continué à écrire dessus, pendant le confinement, et j'ai même assez bien avancé, quoique à une cadence tout à fait calme, conforme à celle envisagée au départ du projet. Sur cette partie de mon Nano, je n'ai pas remarqué grand-chose à m'auto-signaler. Je la bossais plutôt en journée, gardant la soirée pour l'Urban.

2019-07-29--Jeff-devant-Terre---500Je fais partie des scribouilleurs qui bossent mieux la nuit. J'évite de le faire vraiment, car c'est mauvais pour l'horloge biologique, mais une soirée de 9 h à minuit dépasse aisément les 1.000 mots et peut grimper à 3.000 si je me confonds mon traitement de texte avec une autoroute.

Une fois le texte Urban Fantasy terminné (plutôt Fantastique que Urban Fantasy, en fait), j'ai continué sur l'autre, non avec idée d'atteindre l'objectif chiffré du Nano mais parce que j'avais envie de finir le chapitre entamé. Dans la même optique, j'ai continué quelques jours début mai.

Jusque là, pas de problème apparent...

Puis, il y a eu le jour où j'ai relu mon texte.

Déjà, il y avait une gêne. Ce fichier-texte me produisait une sorte de peur. Cliquer dessus pour l'ouvrir n'était pas un geste machinal mais bien une volonté de relire pour voir ce que j'avais pondu.

Et il s'agissait vraiment de "voir", et même découvrir, car je n'avais pas conservé le moindre souvenir des phrases écrites.

Avec le recul, je me dis qu'en fait, ce n'était pas différent de ces paragraphes écrits lors des "transes" de certaines soirées d'écriture. C'était juste... plus long. Comme une transe très prolongée, qui au lieu de ne concerner que 100 ou 500 mots s'est développé sur 20.000.

2019-07-16--Jeff-et-faucilleVu comme ça, c'est moins flippant au niveau purement émotionnel, mais guère rassurant pour autant.

Le jour où je me suis décidée à relire le texte, ou du moins son début, j'ai été terrorisée de contater que non seulement je ne me souvenais pas des effets de syntaxe employés, ni des détails dans les descriptions, mais qu'en plus, je ne ressentais envers ce texte aucun attachement.

Le rapport d'un auteur à son texte est souvent comparé à une maternité (ou paternité). Je suis une maman-clavier très émotive, et reste en forte empathie avec mes personnages et leur vécu durant des mois et même des années après avoir posé le point final.

Cette fois : rien. Pas le moindre serrement de tripes nulle part.

Ce sentiment proche du rejet est en général le signe que je ne suis pas satisfaite par ma production et qu'il faut refaire le chapitre. Pourtant, je ne voyais pas la moindre retouche à faire ici ou là. Mon sens critique était-il en panne ? Comme pendant le confinement j'ai commenté pas mal de textes sr le foum d'écriture dont je suis membre, cela m'étonnait.

Je ne savais pas quoi en penser. J'ai donc posté le début sur ledit forum. Les commentaires ont été plutôt bons (voire franchement bons), et cela m'a encore plus traumatisée.

Jeff-Bill--thermometreSi le texte avait été mauvais, mon sentiment de rejet aurait été expliqué. Mais mes lecteurs le trouvaient bon ! Et moi... je savais de moins en moins quoi en penser. Poser les yeux sur ce texte me faisait mal aux ventre et envie de chialer. Un mélange de peur et de dégoût s'était installé et je n'arrivais même plus à comprendre les phrases tellement mon esprit bloquait.

Mieux valait attendre quelques jours, et c'est ce que j'ai fait. Pas très longtemps. Juste une grosse semaine, durant laquelle j'ai achevé le chapitre entamé sur mon roman en cours.

En revenant au texte Urban, j'ai réussi à le lire, cette fois avec seulement une impression de distance affreusement étrange. Ce n'était plus le texte qui me faisait peur, mais cette impression de distance avec lui.

Je reconnaissais mon histoire, mes personnages, mon style d'écriture... mais éprouvais une distanciation aussi grande que si j'avais rédigé un quart de siècle plus tôt, et non deux semaines. Un détachement tout à fait anormal !

2019-06-27--IMG_2232---500C'était comme si le texte avait été rédigé par une version alternative de moi-même. Une autre "moi", venue d'un monde parrallèle à travers je ne sais quelle porte spatio-temporelle. Est-ce que j'étais en train de développer je ne sais quel trouble psychologique dédoublant la personne ?

Je me suis demandé si j'avais eu raison de m'obliger à faire ce Nano pour combattre l'anxiété et le malaise intérieur qui en découlait. Moment d'intense terreur face à moi-même, de questionnement sans même savoir au juste à quel sujet. Et la sensation a duré très longtemps.

Mes lecteurs du forum n'ont pas tous continué à lire. Le malaise que j'avais en postant leur a peut-être donné l'impression qu'il valait mieux ne pas insister. Ils avaient raison. Ceux qui ont demandé la suite avaient raison aussi, et ils m'ont sûrement beaucoup aidée à refaire connaissance avec mon "bébé".

Je ne peux même pas dire que c'est un bébé mal-aimé, car finalement, en le relisant pouur faire connaissance, j'ai senti s'installer un attachement du même type que celui qui me lie aux autres textes dès leur point final.

Plutôt un bébé refusé. Etais-je victime d'un déni de maternité scriptural ?

Trop compliqué à réfléchir. J'ai renoncé à comprendre pour ne pas me mettre à psychoter les pieds dans la semoule. La fin du confinement était arrivée et j'avais pas mal de choses à faire "in real life", à présent que je pouvais sortir.

2020-05-20-Jeff-Bill-et-Blue-BillAssez vite, je me suis demandé comment mes vampires, magiciens et autres créatures pouvaient avoir vécu cette période. Je n'ai pas essayé d'écrire sur le sujet parce que cela ne m'amusait en fait pas vraiment et que je n'avais pas besoin d'un dérivatif mental comme c'était le cas à la fin mars. Et puis, j'avais du peaufinage de texte à reprendre, entre deux activités "in real life".

"In real life", la deuxième moitié du mois de Mai m'a donné l'impression déboussolante de se placer à la suite directe de la première moitié du mois de Mars : un énorme iatus de deux mois. Nous étions comme les habitants du château quand la Belle au Bois dormant se réveille.

Petit à petit, j'ai "fait la paix" avec mon camp-Nano et plus ou moins accepté cette impression bizarre envers un texte qui, somme toute, est effectivement très bon #Narcisse #Quoique

Finalement, ce n'est pas si mal, cette distance inhabituelle vis à vis du texte. J'ai dessus un regard plus facilement critique, non-perturbé par l'attachemennt post-rédaction. Peut-être même qu'il faudrait que je cherche à reproduire cette forme de "très longue transe" pour écrire.

Jeff-Bill--trefles-4-feuilles

Peut-être... ou bien peut-être que ce n'est pas possible sans un traumatisme extérieur pour m'enfermer à l'intérieur de ma tête. Après tout, j'ai écrit mon roman "Howahkan" dans une période où j'étais également "enfermée dans ma tête", non par un confinement angoissant lié à l'actualité sanitaire mondiale mais à cause d'un très personnel problème d'irritation asthmatique sévère.

Oui... dans les deux cas, j'étais enfermée dans ma tête. Confinée en tête à tête avec mes personnages et leur histoire.

Bien sûr, ce n'est pas si pareil que ça, puisque en 2014, pour "Howahkan", le sentiment d'attachement était absolument intense (il l'est encore), mais cette différence est peut-être seulement liée à la brutalité d'entrée et sortie dans le confinement de ce printemps. En 2014, j'avais glissé lentement vers l'alitement quasi-permanent et les phases de transe correspondaient à des moments d'épuisement sous-oxygéné. Cette fois, il n'y avait pas de cause physiologique. Juste le besoin de sortir de ma boite de conserve. M'évader, fut-ce vers un univers effrayant.

Jeff-Bill--bougieEt vraiment... je n'avais jamais pondu un texte aussi réalistement sombre.

En 2014, une volonté désespérée de retrouver la respiration, sans la moindre capacité à faire quelque chose pour sortir de là. En 2020, un besoin d'oublier une angoisse en laquelle je n'avais pas plus de capacité à faire quoi que ce soit "in real life", et donc pas d'autre issue que l'imagination. 

J'ai toujours du mal à donner un prénom titre à mes "bébés". Sur celui-là, c'est venu sans hésitation. Là aussi, mon "autre moi" a fait le boulot à ma place et mieux que moi.

"Comment naissent les monstres"...