2008-Cheshire-Cat« J'aimerais tant assister à ce rituel ! Vous pourriez… je ne sais… oh ! Ce chat ! Il ferait un excellent sujet, n'est-ce pas ? »

Moralès se hérissa aussitôt et Olivine bondit de son tabouret. Pierre-Philippe poussa un cri choqué, Manuel lâcha une exclamation à l'inspiration plutôt admirative. Le rouquin se pencha tranquillement pour prendre l'animal dans ses bras.

« Un felix tenebris de bonne taille… et d'âge plutôt avancé, ce me semble. Il a sous le cou une petite trace qui me semble être le signe que sa puissance commence à décroître, mais n'en montre aucun autre symptôme. Beau spécimen pour une démonstration, en effet. A ceci près que je ne suis pas autorisé à en faire.
Qu'en dis-tu, Moralès ? »

Répondant au grattement effectué sous son menton plus qu'à la question, le matou leva le cou pour sourire en ronronnant. Avec dépit, les deux comploteurs regardèrent le rouquin déposer ce démoniaque animal dans les bras d'Olivine.

2008-arbre-d-amourCe sale matou souriait, souriait…

Il ronronnait, ronronnait…

À l'instant où il ôtait ses mains du chat, le Sieur Hameln marcha sur une bobine de fil, glissa, trébucha, tenta plusieurs rétablissement d'équilibre, mais au bout du compte, chuta de la manière la plus grotesque qui se puisse imaginer. Par un incroyable et malencontreux hasard, sa face heurta celle d'Olivine.

Souplement tombé sur le carrelage, Moralès leva aussitôt vers le couple des yeux brûlants d'une malignité satisfaite.

Adrienne porta les deux mains à sa figure, faisant mine de se masquer les yeux pour ne pas voir la fâcheuse situation en laquelle sa cousine se trouvait soudain. Pierre-Philippe esquissa un mouvement tournant et hésitant, faisant d'abord un pas pour écarter le Sieur Hameln de sa fille, puis deux autres pour se dresser en barrière afin que le Sieur Escandar ne puisse regarder.

Moralès souriait de toutes ses dents

Il souriait comme aucun chat ne saurait sourire, s'il n'est un matagot, et déjà fort âgé de préférence.

lanterne-coloree---500Il souriait jusqu'aux oreilles, en jouant avec les fils étalés devant lui, yeux plissés comme un vieillard qui ricane.

Les deux accidentés, incapables de détacher leurs lèvres, s'embrassaient passionnément.

L'irruption d'Adèle, attirée là par son armée lutinesque, mit fin à quelques minutes peu ordinaires. Une paire de claques résonna sur les joues d'Olivine, une autre sur la barbe de ce père indigne qui n'avait pas déjà séparé les fautifs, des glapissements véhéments exigèrent du séducteur qu'il soit honnête homme et demande instamment la jeune fille en mariage, d'autres expédièrent le Sieur Escandar soigner son cheval crotté et Adrienne surveiller les servantes à la cuisine.

Désemparé d'avoir aussi sottement trébuché, le jeune chasseur vacillait en bégayant, sans se rendre compte qu'à ses pieds, un ricanement sardonique terrorisait les lutins de la cheminée. Comment pouvait-il espérer pourfendre des monstres et capturer des démons, s'il n'était pas capable de tenir sur ses pieds en absence de toute menace ?

Serrant amoureusement entre ses pattes le coupable rouleau de bois cerclé de lin, Moralès s'endormait narquoisement, dans une félicité mille fois plus intense qu'aucun matou ordinaire. Il ronronnait comme seul Felix Tenebris en est capable.

 

Extrait présenté au 87° concours d'Extraits du forum Jeunes Ecrivains (mai 2020).
Série de nouvelles Urban Fantasy "Tutore Noctis".
Thème de la session : "Maladresse".

Extrait-Texte-200

Texte présenté tel qu'au concours,
sans retouches ultérieures.

Etat à date du concours :
attend peaufinage et correction.

Etat actuel :
idem.

 

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