martien-a-sa-fenetreIncapable de résister à la brillance de la peau mutante et à son odeur un peu sucrée, il dégagea vivement les belles épaules blanches de la combinaison noire. Lui portait la chose grise qui servait de pyjama à toute la flotte galactique, affreux chiffon qu'aucun Tigre en bonne santé n'acceptait de mettre. Emballé là-dedans, en sueur et incapable de se soulever, il ne devait pas être très séduisant, mais il s'en fichait. Il noya sa main gauche dans l'odeur des boucles noires. Ses dents avaient envie de mordre. Comme des crocs, il les enfonça profondément. Tellement qu'elle cria, mais il ne se détacha pas.

Pris d'une frénésie, il s'agrippait, léchant avec gourmandise le sang qui s'écoulait, plus enivrant qu'un océan de liqueur plutonienne. Saveur d'éternité. Elle eut un mouvement qui pouvait être de souffrance. Il parvenait à peine à remuer son bras droit, mais employa cette main pour caresser au travers de la combinaison. Sans desserrer la mâchoire. Les mots de Bud remontèrent en mémoire, mais s'estompèrent aussitôt dans un floutage de petites lumières. Ses doigts fusionnaient avec l'abdomen d'Alysa. Sa paume encore plus.

Mardouk---L500– Lâche-moi ! Tu me fais mal !

L'avidité avec laquelle il aurait voulu boire cédait le pas devant une sensation de paralysie. Un parfum de Néant. Sa bouche sentit la mutante se dégager. Au-delà de son poignet, quelque chose tourbillonnait en le lui arrachant. Tout autour de lui, l'air se remplissait d'étoiles.

Dans ces lucioles battait comme une musique.

La fin et le début… mais de quoi ?

– Tu deviens fou ?

Au bout de son bras pesait un silence ténébreux et écrasant.

Plus froid que le royaume de Dame-Nuit.

– Larry ?

Sous son crâne, un brouhaha psalmodié brillait comme une nébuleuse.

Plus brûlant que le Big Bang.

– Tu m'entends ?

Un cri sanglant déchira sa gorge sans couvrir le hurlement des étoiles.

L'obscurité collée à sa peau lui écrasa le corps.

– J'ai sonné les droïdes. Tiens bon.

Oeil-de-EspaceLe poids collé à sa paume respirait. L'avalait tête en avant.

Une douleur atroce et glaciale lui perforait la main et déchiquetait le cerveau.

– Larryyy ? Tu m'entends ?

Une brûlure gelée lui désintégra le squelette.

Un feu primordial et féroce lui déchira les tempes.

– Urgence en H00-L4. Urgence. Patient en état critique. Urgence.

Tout son corps s'atomisait. Feuille tombée dans les braises.

Les lueurs dansaient. Virevoltaient. Chantaient.

Plus loin que l'infini.

« Le chant des astres n'est audible
qu'en oubliant tous les autres sons. »

Pulsar Novaner


Noel-JE--022-L350Agacé par les yeux hagards d'Alysa, Riganor oublia totalement l'impassibilité hiératique des aristocrates.

– Tu es complètement folle ! Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Tu joues au petit anthropophage avec cet homme des cavernes ? Tu as oublié ce que tu as dans les veines ?

Une gifle féroce s'abattit.

– Et tu oublies aussi ton rang de naissance !
– Toi aussi.
– Ce basic-ADN est peut-être notre seul espoir de survivre plus de vingt ou trente heures... mais ce n'est qu'une chose qui parle !

La dureté du Cygne réveilla en Alysa la fermeté des gouvbaronnes.

– Dans le monde dont tu rêves !
– Selon les lois galactiques ! Et sa qualité de citoyen terrestre n'a aucune importance, puisqu'il ne retournera jamais là-bas ! D'ailleurs, qu'est-ce qui peut être important, si nous crevons dans quelques heures ?
– Le faire dignement ?

 

Employé pour le 88° concours d'extraits du forum Jeunes Ecrivains.
(juin 2020)
Thème "La minute où tout bascule".
Roman "Errances Galactiques".

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Extrait-SF-200

 Etat du texte
au moment du découpage de l'extrait : 
énième peaufinage du texte,
avant bétalecture.

Etat à date de ce post :
idem.