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Textes, lectures et crobards sélénites
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22 juin 2023

[lecture] Sun Tzu - les civils et les prisonniers de guerre

 L'art de la guerre " est un ouvrage probablement plus célèbre par son titre que par son contenu.

Pour ma part, je l'ai lu quand j'étais étudiante, et ai corné pas mal de pages pour les marquer, mais il aura fallu un quart de siècle pour que je m'y replonge. J'en avais plus ou moins tout oublié, mis à part que je l'avais trouvé très intéressant, quoique trop éloigné de mes études pour que je perde mon temps à le lire plusieurs fois de suite. J'avais donc rangé ce livre de poche à côté d'un truc sur le Feng shui rempli de belles photos, pas loin des trucs sur le yoga, etc. Mon petit rayon "culture asiatique", tout près du secteur recettes de "cuisine et médecine naturelle ", etc. Bref : il s'est trouvé archivé, quoique pas enterré.  Gardé à disposition, quoi ! Il a même fait partie des heureux élus quand je me suis fait une "table de nuit avec étagère à livres incorporée", voisinant alors avec des livres bouddhistes et sociologiques. Quelque part, ça lui allait bien, ces compagnons d'étagère. Néanmoins, il n'a guère été relu, sauf peut-être lors de réveils nocturnes avec début d'insomnie. Puis , il y a deux ans, l'étagère s'étant abîmée, exit "l'étagère de chevet" et retour au secteur "culture asiatique".

Actuellement, j'ai trois versions du bouquin sous la main : mon brave vieux livre de poche et deux sur internet. Là version poche n'est pas intégrale mais comporte de nombreux commentaires ajoutés par des auteurs plus tardifs.Les deux versions en ligne différent par les notes de bas de page et par la facilité (ou complexité) du site de lecture. Je consulte aussi le Shiji, le Guide de Gouvernance, la Politique des Royaumes Combattants, et comme je les trouve sympa, les 36 stratagèmes (que je finirai par connaître par cœur, à force). Depuis deux mois, mes lectures de chevet sont très influencées par Kingdom !!!!

2019-09-13--Jeff-Bill----relaxOups... je m'égare.

Quoique... peut-être pas totalement.

La façon de voisiner avec des gens dont il n'est pas aisé de gagner la sympathie ou même le calme est un élément important, dans l'œuvre de Sun Tzu. On pourrait même dire une composante majeure.

Il y a, bien sûr, la bonne entente entre soldats et officiers, et celle des officiers entre eux et avec le général, mais surtout, il y a la manière de traiter les prisonniers et les civils du pays conquis.

Là, il est bon de préciser le contexte d'écriture. Sun Tzu vivait au VI° siècle avant JC, au début de la période dite des Etats Combattants.

La guerre est alors en pleine mutation. Des levées de troupes sur la population paysanne grossissent les armées, en même temps qu'elles y font apparaître des unités aux niveaux de formation différents et à l'utilisation tout aussi différente. Les chefs aristocratiques qui menaient les armées sont concurrencés par des stratèges habilement instruits. Le concept même de général était d'une certaine façon nouveau. Auparavant, les armées étaient menées par le chef aristocratique dont les soldats étaient vassaux. Simple, non ? Et voilà que des experts en gestion des troupes viennent y fourrer leur nez ! Même si ces experts provenaient de ces familles aristocrates, c'était quand même le début d'une grosse métamorphose.

Point de détail : apparition des épées en fer, plus ou moins à la même époque. Un peu avant. Parfait pour une période combattante !

Et puis... il y a la philosophie en laquelle sont orientées ces règles. C'est un peu comme si, au XIII° siècle, en plein âge d'or de la chevalerie, quelqu'un avait fait l'éloge d'un concept d'un guerre qu'il faut gérer de manière à l'éviter, qui emploie des espions, etc. Plein de trucs qui, en fait, existaient, mais sur lesquels pesait un tabou. A la guerre de cent ans, les règles de la chevalerie ont pris un sérieux coup dans l'aile, et ce genre de discours aurait peut-être passé mieux. 

 Oups (bis)...   je suis supposée parler de ce que Sun Tzu raconte à propos des civils et des prisonniers. Une question dont il est clair qu'à toute époque, la réponse a été un peu sanglante et pire encore. 

En fait, il y a un petit germe "convention de Genève", dans les propos de Sun Tzu. Ce n'est pas uniquement par une sorte de souci des droits de l'Homme (encore que), mais parce que des prisonniers à surveiller, c'est encombrant, et une zone remplie de civils hostiles, il faut y placer des garnisons qu'on pourrait employer ailleurs. Par conséquent, il est impératif de se gagner un minimum de sympathie auprès de ces gens. C'est à dire : auprès des civils, mais aussi des prisonniers.

Bon... il a beau avoir eu beaucoup de succès en tant qu'auteur et que général, on peut difficilement dire que Sun Tzu a été massivement suivi. Plus de trois siècles après, à l'époque de l'empire Qin, laquelle marque la fin de la période des Royaumes Combattants, il y avait encore des massacres.

Le premier empereur Qin, pour sa conquête géopolitique des régions de Chine, avait besoin de conquérir aussi le cœur ou tout au moins l'acceptation des populations, et du coup, d'appliquer le concept défendu par Sun Tzu. Il y en a tout de même un au début de l'accélération conquérante (sans doute du fait d'un général n'ayant pas compris le concept que le roi avait en tête), et un an avant la naissance de l'empereur Qin, un général ordonna la mise à mort de 400.000 prisonniers. Un chiffre carrément flippant ! Surtout que des armées de cette taille, il n'y en avait pas beaucoup. 

Toutefois, on peut trouver une explication à cette décision horrible : le nombre des prisonniers était plus de quatre fois celui de l'armée du vainqueur... et là victoire ayant été obtenue en affamant l'adversaire, il n'y avait certainement pas assez pour nourrir à la fois vainqueurs et vaincus. Cette reddition massive représentait à la fois un risque de révolte des prisonniers et une certitude de famine dans l'armée et par conséquent de désertions voire de mutineries. Cela a tout de même suffisamment horrifié les contemporains et resté dans les mémoires pour être plusieurs fois mentionné dans le Shiji , ouvrage historique du I° siècle av notre ère.

En tout cas, ce général n'avait pas lu Sun Tzu, ou bien n'était pas grand partisan de ses méthodes, qui tiennent compte de l'opinion de populations locales tout autant que des réactions internationales.

Détail important autour de cette triste affaire : à cette époque, l'un des ministres du roi de Qin était un important stratège qui prônait précisément de tuer un maximum de soldats adverses, afin de réduire les possibilités que l'ennemi reconstitue une armée dans les années suivantes.

En deux mots, ça donne quoi ?

L'avis de Sun Tzu est globalement très simple : pas de massacre, mais au contraire une attitude aussi paisible que possible envers les civils et un traitement des prisonniers non seulement humain mais généreux si c'est possible.

Ce n'est pas de la bienveillance pure, naïve et idéaliste. C'est au contraire très pragmatique.

Le vainqueur a tout intérêt à se faire accepter des civils le plus vite possible, afin de ne pas risquer des hostilités voire des guérillas. Concernant les prisonniers, il faut leur donner de petites occupations auprès de l'armée, et se conduire envers eux comme avec ses propres soldats, dans la mesure du possible. L'idéal étant qu'on puisse les intégrer à sa propre armée, mais tout de même, il ne faut pas trop attendre.

Sérieux.... c'était sûrement révolutionnaire, une idée pareille ! Qu'on essaye de se gagner un ou deux prisonniers de marque, officiers vaillants ou aristocrates de famille puissante, c'est une chose, mais étendre cela jusqu'aux fantassins... waouh !

A cette même époque, les armées grossissaient à vue d'œil. Le nombre des fantassins augmentait, et les champs de bataille devenaient de plus en plus stratégique. La guerre avait longtemps reposé sur l'habileté des des nobles combattant sur un char, et sur quelques fantassins soldats de métier. A l'époque des royaumes combattants, on lève des troupes parmi les paysans, qui forment le gros des unités que les stratèges déplacent dans un sens ici ou bien là, est-ce qu'on nommera plus tard de la "chair à canon". 

Du coup : beaucoup plus de morts lors des batailles et potentiellement plus de prisonniers.

Notons au passage que sur une forte période, les archives ont mentionné le nombre de têtes coupées par le vainqueur. Non parce qu'on exécutait les prisonniers, mais parce que les soldats coupaient les têtes des adversaires tués, en échange desquelles une prime leur serait donnée en plus de leur solde. Avec de telles méthodes, on ne s'étonnera pas s'il y avait peu de prisonniers ! Le cas d'une armée se rendant en masse était pour le moins... hors des situations courantes et le général a dû se sentit pris au dépourvu.

Lors de mes relectures de tel ou tel chapitre, il faudra que je regarde si Sun Tzu a dit quelque chose à propos d'achever les blessés sur le champ de bataille ou de les capturer. J'en doute, mais il aborde tant de sujets... en cherchant bien. Il serait compréhensible qu'il n'en parle pas, car ses arguments à propos des civils et des prisonniers relèvent d'aspects pratiques que le vainqueur devra gérer, alors qu'au niveau des blessés, il ne peut guère y en avoir que de niveau éthique ou éventuellement religieux. Dans un monde où il arrivait que les proches d'une personne puissante le suivent dans la tombe, on ne devait pas se soucier beaucoup des blessés à la guerre appartenant au camp adverse.

 

De façon générale, Sun Tzu a une vision de la guerre plutôt pacifiste. La guerre la mieux gagnée est celle qu'on a empêché d'éclater, c'est à dire qu'on a réussi à gagner uniquement par voie diplomatique. Ce côté apaisant ressort fortement dans la gestion des prisonniers et civils, qui prépare à l'évidence la paix qu'on devra bâtir une fois le pays conquis.

Il n'en parle pas, mais dans cette Chine où plus de cent pays se sont affrontés jusqu'à n'être plus que sept grands et des poussières, il y avait sûrement beaucoup de régions où la population n'était pas en parfait accord avec le petit monde des dirigeant politiques qui étaient en fin de compte, leurs vainqueurs ou anciens vainqueurs. Partant de quoi, certaines régions frontalière auraient été possiblement instables dans leur soumission à tel ou tel souverain d'un côté de la frontière ou de l'autre...

Enfin bref... le plus ancien et plus célèbre auteur de traité sur la guerre parlait déjà de se conduire généreusement envers les vaincus, et d'éviter à tout prix les massacres et exactions.

 

Bon... ben... finalement, j'en ai pas dit grand chose des prisonniers de guerre selon Sun Tzu. Encore une fois, la sélénite suit la Lune et diverge en tous sens !

 

On notera que dans Kingdom (ben oui... ça aurait été étonnant que je n'en parle pas), si Kanki est fervent adepte du massacre aussi bien des prisonniers que des civils, Ousen défend formellement qu'on y touche, même si derrière cette attitude, il y a plutôt la volonté de se servir d'eux indirectement qu'une intention humanitaire. Autrement dit : si on leur colle dans les mains le livre de Sun Tzu, l'un dira sûrement que c'est de la merde, et l'autre probablement qu'on le lui a fait lire quand il avait sept ans !

 

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Ma pomme de sélénite

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