Tarot-Force

Jusqu'au tournant des années 70, où le western devient un univers très rude, facilement privé de femmes et où celles-ci, quand elles sont présentes, ne sont plus jamais les pures demoiselles qu'elles étaient auparavant, on imaginait pas un western sans présence féminine.

Cela faisait partie des aspect duels du genre.

Sans vouloir employer des mots déplacé (excusez l'image, donc...), c'est un peu du Yin et du Yang.

D'un côté les hommes et leur rudesse. De l'autre les femmes et leur douceur. On trouve la même symbolique dans les romans médiévaux. C'est même pour cela que l'arcane XI des Tarots représente une femme muselant un lion: la douceur attentive est plus puissante que la force brute.

Comme, hélas, ça ne marche pas à tous les coups, il est bien connu que dans le Western on en arrive régulièrement à laisser les hommes pif-pafer à coups de poings ou bim-boumer à coups de revolvers. Laissons cela de côté et concentrons-nous sur le rôle de ces dames et demoiselles qui, pendant ce temps, font tapisserie sur le côté (ou lessive, ou popotte, ou torchage de mômes).

Tant qu'elles sont à la maison, il y a quelque chose à construire. Le héros ne se bat pas pour rien.

Car enfin... Tout acte a besoin d'une motivation, et les dollars ou les pépites, c'est bien joli, mais ce sont des motivations un peu creuses, si au final, ça se termine par un squelette dans le désert.

"Quand le dernier arbre aura été abattu
Quand la dernière rivière aura été empoisonnée
Quand le dernier poisson aura été péché
Alors on saura que l'argent ne se mange pas."
(Géronimo)

Notons que même avec le tournant des années 70 qui ouvre le Western à un réalisme de la violence (désormais on castagne en se salissant, on saigne et les héros ont le droit de ne plus être "bien sous tous rapports"), la femme reste présente.

Dans "Josey Wales, hors la loi", le but du voyage est d'abord de rejoindre la ferme d'un ami de Josey, décédé à la guerre. Ceci mis à part, il ne croit plus à grand-chose et n'a plus rien à perdre. En chemin toute une troupe de marginaux se joint à lui. A la fin, il a trouvé une autre motivation, qui le poussera sûrement à revenir: une jeune fille.

1976.  Josey Wales hors la loi.

Bref...

Au-delà du simple "l'amour c'est beau, c'est noble", il y a la symbolique de construction. SVP, ne sortez pas les pancartes pour manifester. Je parle là principalement de Western datant d'avant 1968 (après, justement, les règles ont changé...). Oui, bon, j'avoue que cette symbolique, je lui trouve un certain sens, car enfin, elle se base sur la continuité des générations. Jusqu'à preuve du contraire, l'Etre Humain est mortel. L'Avenir ne peut être assuré que par venue d'enfants. Donc procréation.

SVP, ne me traitez pas de macho, je suis une femme. Ni de réactionnaire...
j'essaye juste d'analyser les choses via le contexte et les symboliques.
Hé oui... Hé oui...
Les temps changent... Les esprits aussi... Et il faut reconstruire les codes.

Les westerns récents présentent assez peu d'enfants. Parfois des adolescents. On en trouve plus dans les vieux. Peut-être seulement parce qu'on en tourne moins, car il est vrai que c'est très loin d'être systématique.
Le hasard faisant bien les choses, je suis tombée, en pleine rédaction de cet article, sur un résumé attendrissant, dans l'Encyclopédie du western de Patrick Brion. Celui de Three Goodfathers. 1948. Un western entièrement centré sur.. un bébé. Pour réduire en quelques mots à nos esprits modernes : ça commence un peu comme Trois hommes et un couffin, mais dans le désert, et avec trois hors-la loi en fuite. Un joli conte de Noël.

De façon clairement symbolique, mais dont il n'est pas encore certain qu'elle ne chosera aucun esprit moderne (on s'échauffe si vite), Gill, dans "Il était une fois dans l'Ouest" incarne 'Avenir. A la fin, quand tout est fini, que le Cheyenne (le brave bandit sympa), Frank (le sale type) et son commandaire son tous morts, quand le chemin de fer va atteindre la gare enfin construite et que le gars à l'Harmonica n'a plus rien à faire dans le coin...  Gill, va donner à boire aux ouvriers, maîtresse des lieux et de cet unique point d'eau à des lieues à la ronde. THE END... Maternelle. Elle fera naître une ville. Celle dont rêvait le brave homme assassiné au début du film.

1968. Il était une fois dans l'Ouest.

Finalement, Gill, l'ancienne prostituée, incarne la même chose que cette jolie figure allégorique aux allures éthérées de déesse antiquisante: la civilisation en marche.

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Le problème des codes est peut-être qu'on ne sait pas sur quelles bases construire les nouveaux codes...

Le western a essayé de se conformer au féminisme en ne réduisant plus les femmes au rôle de demoiselles en détresse ou de femmes au foyer. Situation pourtant tout à fait conforme à celle d'un grand nombre de femmes de ce temps-là (pas toutes, car en effet, il faut compter avec les nombreuses prostituées et quelques rares aventurières style Calamity Jane). Situation pas forcément diminuante, car les femmes de l'Ouest étaient plus "libres" que leurs contemporaines de l'Est. Quand on a besoin de quelqu'un d'habile à effectuer une tâche, dans une petite ville, on ne se demande pas forcément s'il est homme ou femme, et si la main d'oeuvre manque pour planter des poteaux, on ne se la posera pas plus. La jupe-culotte a ainsi été inventée pour permettre à ces dames de monter à cheval sans être encombrées (et sans avoir l'air d'un homme, sans doute).

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Gary Cooper avec une rose
dessin au trait, d'après image du film
"La loi du seigneur" / "Friendly Persuasion"

 

 Une très belle chanson de western...

"Si toi aussi tu m'abandonnes..."

Et qui résume bien tout ça...

Aussi héroïque soit-il, l'homme sans sa compagne n'est rien.

 

 

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Fiche technique de mon roman "Howahkan" LA.