Combien d'IRM ai-je passés dans ma vie ? La plupart des gens sauraient répondre sans  peine à cette question. Moi pas. Je n'ai pas compté.

J'en ai récemment passé un de plus, et à cette occasion ai repensé à la première fois. 1989. J'avais quatorze ans. 

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A l'époque, l'Imagerie par Résonance Magnétique était un équipement rare. Il a fallu se rendre à Paris, et la décision de me faire passer cet examen n'a été prise qu'après une interminable suite d'EEG (électroencéphalogramme) et de scanners (ça m'a fait bizarre quand j'ai eu sur ma table un outil portant le même nom que cet engin effrayant). La gamine que j'étais a donc pris cela comme "un de plus". Il fallait en passer par là, puisque la volonté des adultes était de le faire.  

Très étrangement, je me souviens à peine d'avoir appréhendé la chose. Le médecin avait décrit l'examen comme beaucoup plus performant et plus rare que ceux que j'avais passés jusque là, lesquels n'avaient jamais rien eu d'amusant et étaient même franchement désagréables. Donc, c'était effrayant. Même sans la mise en garde, cela l'aurait été. Donc, peur... mais je commençais à apprendre la patience, pour ne pas dire le fatalisme. Comme pour les autres examens, ma mère était très soucieuse et d'autant plus nerveuse (je l'ai appris plus tard) que sa mère avait passé un IRM peu de temps avant sa mort. 

Le mien était un IRM cérébral...  ce qui ne le rendait pas plus rassurant.

Un des éléments les plus inquiétants était que... envoyer des ondes magnétiques dans mon cerveau comportait un risque que je fasse une crise dans l'appareil. L'examen exigeant une immobilité encore plus parfaite que dans un scanner, cela aurait été une catastrophe et aurait rendu le voyage inutile.  

Impliquée comme j'était à comprendre ce qui m'arrivait,je suis partie nerveuse moi aussi. Je ne me souviens pas beaucoup du retour, mis à part une impression de petite évasion mère-fille, avec bientôt de nouvelles informations sur mon état. Par contre, j'ai un souvenir inoubliable de l'examen.  

Je m'étais imaginé l'IRM comme plus flippant encore que le scanner et aussi désagréable sinon plus. Sûrement sombre, peut-être empuanti d'hôpital, vacarmeux sans aucun doute. J'ai été très étonnée qu'on me conduise dans une salle immense, bien éclairée, sans odeur particulière. Le scanner où j'avais plusieurs fois été placée se trouvait dans une pièce plutôt petite (assez grande pour l'engin quand même), sombre, et baignée d'une odeur que je serais bien en peine de décrire mais qui me glaçait à l'avance, comme le début d'un cauchemar quand on comprend déjà que ça va virer au terrible. Et à l'intérieur, c'était un boucan abominable. Et par dessus le marché, je faisais invariablement une crise en quittant l'hôpital.  

L'IRM... rien de tout ça. La porte donnait sur un escalier descendant, un peu raide, j'ai donc d'abord contemplé le monstre d'en haut. Il était gigantesque, blanc, entouré de gens qui allaient et venaient. Une ambiance normale d'hôpital, direz-vous.. oui mais justement, je n'ai pas connu que ces ambiances "normales" c'est à dire affairées mais paisibles.  

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Etant donn mon âge, on a sûrement été encore plus attentif à me mettre à l'aise, mais je suis bien certaine qu'on l'était avec tous les patients. L'examen était et est encore considéré comme peu ordinaire et... inquiétant.  

Inquiétant ? Nettement moins que le scanner, pour lequel on n'avait jamais pris tant de précautions. A  peine m'avait-on dit que ça faisait beaucoup de bruit mais que je ne devais pas bouger. On m'avait présenté le scanner comme une sorte de radio. Bien sûr, on m'avait dit que c'était impressionnant mais je crois vraiment qu'on avait minimisé. Que devais-je penser de l'IRM pour lequel tout le monde semblait penser que je devais être impressionnée ? Ce devait être comme un dragon endormi. L'examen se révélerait désagréable après avoir commencé.  

Rien que le soin qu'on prenait de me mettre à l'aise était inquiétant. Il était normal, mais c'était comme la confiture de mirabelles pour me faire avaler les médicaments quand j'étais plus petite. Le doux pour faire oublier l'amer.

Bizarre aussi : moi qui avais une terreur absolue des piqûres, je ne me souviens pas qu'on m'ait mis un goutte à goutte. Pourtant, c'est systématique avec les IRM. Peut-être étais-je trop impressionnée pour me soucier de ça ? Car oui, je l'étais, impressionnée. Autant le scanner m'a laissé une saveur de cauchemar autant ce premier IRM m'a fait l'effet d'une plongée en science fiction (genre que je le lisais pas, ce qui était rendait l'impression encore plus stupéfiante). 

Comme pour le scanner, on m'a étendue sur une espèce de planche coulissante, mais en plus, on m'a mis une poire d'appel dans la main, en me recommandant encore une fois de ne pas bouger du tout, mais de presser tout de suite si ja faisais une crise. La poire ayant été déposée dans ma main droite, celle sur laquelle se manifestait mon épilepsie, je n'avais même pas besoin de m'en soucier, mais l'idée d'une crise possible était quand même effrayante et celles que j'avait faite après les scanners me confortaient dans cette crainte. Moment angoissant... puis on m'a fait entrer dans la machine et... on a mis de la musique.

J'étais... bien. J'écoutais. La machine était silencieuse, ou bien le semblait grâce à la musique. Quand on m'a sortie de là, je m'étais purement et simplement endormie. J'imagine qu'il ont dû être inquiets en me voyant les yeux fermés. Un patient qui tombe dans les pommes, ça doit se produire de temps à autre ! L'avais-je fait ? Ou était-ce un simple assoupissement ? Il m'arrive de m'endormir si vite ! Bien que ma décontraction n'ait visiblement pas été courante, on n'a pas évoqué l'idée d'un malaise (ou pas devant moi). J'en reste donc à l'impression première.


7b Parchemin EpilepsieSe faire enfermer dans une boite n'est amusant que pour les prestidigitateurs, pourtant, j'étais plutôt contente de l'expérience. Non par goût subit de la science-fiction pas fictionnelle, mais parce que c'était le premier examen qu'on me fasse passer qui soit aussi peu désagréable. Un peu déçue d'en avoir loupé un bout, ou bien gênée de ne pas avoir gardé l'esprit là où je me trouvais. Consciente de l'importance du moment, bien sûr, mais pas encore impatiente d'avoir les résultats. Cela viendrait au prochain rendez-vous chez  le spécialiste... et même si j'en avais changé et que le nouveau était plus sympathique que le premier, ce n'était jamais très drôle. 

Je n'en ai plus passé pendant plusieurs années. Le suivant n'a pas exigé de voyager, car l'engin commençait à se répandre. De nos jours c'est devenu un examen courant. Pourtant, chaque fois, l'infirmière est très attentive à me mettre à l'aise et chaque fois, me demande s'il faut m'expliquer. A quoi je réponds comme la vieille habituée que je suis. Non, ça va. Je connais, je n'ai pas peur, sauf de la piqûre. 

Comme il vaut mieux fermer les yeux... finalement, c'est sombre. Mais pas comme le scanner. Et c'est mystérieux. Après toutes ces années, l'impression de science-fiction est toujours là. 

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Je connais les coutumes locale de ce service. Ôter la montre et tout ce qui est en métal (barrettes de cheveux, collier, etc.). S'asseoir sur le siège, où on me fait une piqûre pour placer le goutte-à-goutte du produit de contraste. Attendre un moment qu'on vienne me chercher (le temps de lire un peu). Entrer dans la salle d'examen, avec la grosse masse blanche d'un côté et de l'autre la paroi vitrée pour que les praticiens ne perturbent pas la machine par leurs déplacements. S'étendre. Moment plutôt sympa où on tâtonne toujours sur la façon de placer les coussins pour aider à l'immobilité. Prendre la poire d'appel (qui ne m'a jamais servi). Glisser dans la machine. Depuis que la musique proposée est la radio, je refuse le casque audio (meilleur moyen de ne pas être agacée par une musique qui me déplaît ou par un speaker). Me détendre. Éviter de dormir, mais ne pas penser (tiens? ça on ne me le recommande plus depuis un moment, et on ne me l'a pas non plus demandé pendant l'examen ce coup-ci). Sans le casque, j'entends des clac-clac et des bzzzzzzzzzzzz, mais je connais la bête. Elle n'est pas méchante. Il fait un peu frais, dans sa gueule et quand une envie d'aller aux toilettes se manifeste, le temps est rudement long, mais rien à craindre. Ca se passe toujours bien.

En sortant, c'est moins top. Les ondes magnétiques sont épuisantes pour les neurones et là aussi il m'est arrivé de faire une crise en sortant. Ce coup-ci, je suis seulement sortie vaseuse, ai pris un thé à côté de l'arrêt de tram parce que j'avais des vertiges, et ai déclenché une jolie migraine en rentrant chez moi. Mais elle n'a duré que quelques heures et ne m'a pas contrainte à rester couchée, c'est à dire quasi-rien, en comparaison avec une bonne grosse migraine traditionnelle de 72 heures, tempes en feu et ventre en nausées .

Après tout ça... il y a la visite chez le médecin. Et les explications.
Le moment où on sait si ça c'est vraiment
si bien passé que ça...

 

Les images d'IRM sur cet article sont les miennes.