Attention : article à prendre avec des pincettes. 
Des solides.   

Qu'est-ce qui peut bien les opposer, ces deux plantes parfumées ?   

Elles ont, chez moi, du moins, des effets opposés
et l'une m'est théoriquement permise, l'autre pas, 
sauf que mon organisme n'est pas d'accord avec ce qu'on lui raconte. 

Autrefois, j'achetais presque toujours mes huiles essentielles en magasin Bio. De temps à autre, à une pharmacie phytothérapeutique. Je n'aurais pas pu les acheter à ma pharmacie habituelle, car il n'y en avait pas chez eux. 

Effet involontaire de cet état de choses : personne ne m'a dit, quand j'ai commencé à les employer, que les huiles essentielles sont interdites aux épileptiques (ou juste "déconseillées", selon la personne qui s'exprime). Formule qui, bien que n'ayant rien de risible, m'amuse beaucoup, quand je vois dans le même ouvrage ou article d'une part que telle ou telle huile leur est déconseillée et d'autre part qu'elles leur sont toutes interdites. Avec une autre disposition des adjectifs (interdit/déconseillé), ça "passe mieux", mais les finesses de la langue française, de nos jours, sont souvent malmenées. Oui... je m'amuse de peu, et en l'occurence de choses qu'il faut prendre au sérieux. Ici, il s'agit de la lavande

boite---500Au début, j'ai employé les HE pour soigner mes entorses et tendinites. Un conseil donné par une amie, qui m'avait d'abord trouvée très méfiante, puis que j'ai fini par tenter quand même. Après quelques tâtonnements, ça m'a bien réussi (mis à part que l'odeur de gaulthérie fait froncer le nez à tout le monde). La lavande, dans ce cadre, agit tout à la fois sur la réparation des tissus et la douleur de la blessure. Il aurait été dommage de s'en passer, et de toute façon, à l'époque, je n'étais pas informée de la contre-indication. 

A l'époque, j'employais les HE diluées dans de l'huile d'amande douce, 
exception faite de la lavande que j'avais toujours dans mon sac, 
pour employer pure (très rarement) ou respirer le flacon. 

Un jour, à l'occasion d'une bonne grosse migraine, j'ai eu l'idée d'employer mon flacon "HE lavande + huile d'amande douce", ordinairement utilisé pour apaiser les muscles endoloris, et en mettre cette fois sur mes tempes. Cela m'a fait un bien fou, et j'ai donc continué. 

A présent, j'emploie d'autres bases neutres, 
L'huile d'amande ayant le défaut d'être grasse et celui de couler.

Ici, j'avais plus ou moins compris que l'HE en question agit sur le système nerveux de façon importante. Comme cela réussissait à mes migraines, j'ai continué, mais en un premier temps, je n'aurais même pas songé à l'employer pour mes crises. 

Je préfère employer la variété "lavande vraie",
mais la "lavande officinale" est plus facile à trouver.
La variété convulsivante, ai-je vu sur des sites de phytothérapie,
est la "lavande aspic".

Mon neurologue me prescrivait du Zomig (puis du Zomigoro) pour mes migraines. Cela ne marchait même pas une fois sur trois. Avec la lavande, c'était plutôt quatre sur cinq, et quand on a souvent des migraines, comme moi en ce temps-là... une différence pareille, ça compte ! Il a été un peu inquiet, quand je lui ai dit préférer la lavande, mais s'est borné à me dire de faire attention. Il devait savoir que, de toute façon, quand un patient a quelque chose dans la tête, il n'est pas toujours possible de lui faire entendre raison.

C'était à l'époque de la "fracture numérique", âge préhistorique et obscur
où on ne pouvait pas encore compter sur l'ami Google
pour répondre à l'instant même à toutes nos questions.
D'où manque d'information.

Je ne sais plus comment j'en suis venue à l'employer pour l'épilepsie. Peut-être juste parce que les causes en étant proches, il n'était pas rare que les deux problèmes se suivent l'un l'autre. Ou bien peut-être à cause de la tendinite que les crises, à la longue, m'avaient provoquée dans le bras. En tous cas, ça n'a pas été tout de suite. Trois ans plus tard, au moins. Peut-être quatre. Là aussi, il a été méfiant, et a demandé si ça ne provoquait pas de crises. Ben non. Puisque je m'en servait pour les arrêter. Il a reconnu la logique et à nouveau a dit de faire attention mais laissé faire. En médecine, il faut toujours faire attention, et sur les maux exigeant spécialiste, encore plus. 

De fait, c'est en général sur le bras, là où se manifestent mes crises,
que je mets la lavande quand je crains d'en faire une.

La bourse ou la vie ?

Pendant un moment, j'avais pris du Rivotril, pour arrrêter les crises. Une belle saleté ! Cette chose était sûrement un bon traitement pour des crises très violentes et/ou imprévisibles, mais dans le cas des miennes, c'était comme échanger un rhume contre le choléra. Cela me changeait en zombie d'un seul coup et pendant un bon moment. Comparée à ce produit, la lavande était aussi dangereuse qu'un verre de lait.

A cette même époque, j'avais commencé à fuir la vanille, qui me provoquait des crises d'éternuements soudaines, bruyantes, prolongées, essouflantes et même douloureuses. Ce n'est pas un ingrédient facile à éviter, la vanille ! Regardez les étiquettes de crèmes dessert, confieries, gâteaux... vous verrez !  Ces éternuements ne "prenaient" pas dans la gorge ou dans le nez, mais au niveau de l'abdomen et du diaphragmme (muscle respiratoire entre thorax et abdomen).

Cela passait, dans mon entourage, pour un caprice. Quand j'ai commencé à avoir des problèmes d'asthme, l'allergologue a testé : non, je n'étais pas allergique à la vanille. Ah bon... mince ! Pourtant, non, je ne le faisais pas pour emmerder le monde, et non, je ne pouvais pas me retenir, même si c'était affreusement dérangeant à table. Et j'avais beau chercher le dénominateur commun à ces attaques de nez explosif, je n'en voyais pas d'autre que la vanille.  

Le hasard d'une exposition sur le vin m'a donné la réponse. 

Dans de grands bocaux, des objets étaient disposés, à respirer pour sentir les différents arômes qu'on peut rencontrer dans le vin. Quand je me suis penchée sur le bocal renfermant des gousses de vanille, un réflexe m'a rejetée en arrière. Mon ventre était crispé violemment, au point de me briser la respiration. J'ai dû m'appuyer au mur, et si j'avais pu m'asseoir, je l'aurais fait. Le monsieur qui se trouvait derrière moi m'a expliqué que la vanille avait des effets neurologiques et que c'était peut-être ça qui m'avait mis dans cet état. C'était bizarre, mais peut-être pas impossible. Il était intrigué, mais (c'est toujours ça), ne s'est pas le moins du monde fâché que je l'aie bousculé. 

Je n'avais pas encore internet chez moi, et n'ai pas cherché à en savoir plus. Je me suis contentée d'éviter le produit. Quelques années plus tard, à l'occasion d'une illustration à réaliser pour un groupe musical, sur une chanson où il était question de vanille, j'ai eu la curiosité d'en savoir plus. J'avais enfin internet, alors autant s'en servir !

2010-PeuhJ'ai appris qu'on s'en servait dans des médicaments pour soigner les épilepsie de type "absence", dont souffrent surtout des enfants. J'ai appris qu'il se trouve de la vanilline dans beaucoup de plantes, entre autres le lin, la noix de coco et le tilleul. J'y ai vu une explication à ce que le tilleul, supposé calmant, m'ait toujours fait faire des cauchemars et dès lors ai banni cette tisane. Tant que j'y étais, j'ai arrêté d'acheter du lait de coco. J'ai également appris, dans le même mouvement, que la vanille est une orchidée, et que la molécule de vanilline possède une cousine nommée ethylvanilline, beaucoup plus puissante qu'elle. Enfin, que l'arôme naturel de vanille était de la vanilline (je  pensais que c'était juste une concentration très forte de l'arôme présent dans la gousse) et que l'arôme artificiel de vanille (que je croyais être la vanilline) était de l'éthylvanilline. Dans le même mouvement, appris comment on fabrique l'un et l'autre (sans vanille) et que l'éthylvanilline était employée en parfumerie mais interdite dans l'alimentation, avec toutefois un "à suivre", sur ce point, car on avait découvert de l'éthylvanilline dans une variété sauvage de vanille, ce qui remettait en question sa classification de "artificiel".

2018-12--main-et-boulesDans tout ça, j'étais fixée, sur mes problèmes avec la vanille. Enfin... pour l'être vraiment, il a fallu en parler au neurologue, qui a été surpris, puis a dit que, en effet, mon épilepsie étant de type tonique, à l'inverse des absences... On n'a pas trop prolongé. Il m'a demandé si, du coup, j'évitais la vanille. M'a dit de continuer. Et on n'en a plus reparlé. . 

La lavande, on en a parlé, avec ce "premier autre". Là non plus, on n'a pas prolongé. Cela me réussissait bien, en tant que traitement d'appoint. Donc, j'ai continué. Ayant à nouveau changé, début 2018, il faudra que j'en parle au "nouveau nouveau". D'autres questions, plus graves, ayant pris la priorité, ce n'est pas encore fait. 

Par contre, comme désormais ma pharmacie de quartier possède un rayon phytothérapique, il arrive que j'y achète mes huiles.

J'en emploie beaucoup plus qu'autrefois, pous différentes choses. Je m'informe aussi beaucoup plus à leur sujet. Cela fait belle lurette que j'ai compris que les choses naturelles ne sont pas pour autant inoffensives (je dirais même que je l'ai toujours su). Autrefois, je prenais mes médicaments sans lire la notice. A présent, je sors soigneusement le petit papier de la boite pour le lire (même si on y comprend rarement grand-chose). De même pour les HE : je lis l'étiquette, et comme on y trouve rarement des infos utiles, je vais chercher ces dernières ailleurs. 

Donc... ma pharmacie propose à présent des HE.

Je me dis souvent que je devrais m'en tenir au magasin Bio, et il est probable que je finirai par le faire, car l'une des employées, dame fort aimable et très consciencieuse dans son boulot, qui ne fait ici que son travail, me répète régulièrement que la lavande est interdite aux épileptiques et n'a pas semblé ne me croire le jour où je lui ai répondu en avoir parlé avec le neurologue. Bien entendu, elle souligne aussi que les épileptiques devraient éviter toutes les HE, et que ce n'est pas parce que c'est naturel (etc.).

J'ai essayé de lui expliquer que la vanille, qu'on trouve partout, a sur moi des effets bien plus néfastes, mais elle en a juste été très perplexe, car "la vanille c'est relaxant" (la lavande aussi) et "on l'emploie contre l'épilepsie" (preuve qu'elle a un effet sur le système nerveux), mais n'a pas remis mon propos en doute et m'a conseillé d'en parler à mon médecin (logique, car elle est très professionnelle). Après quoi, j'ai l'impression qu'elle a très vite oublié. Pourtant, comme c'en était la saison, j'avais indiqué au passage que l'odeur des tilleuls en fleur était pour moi un champ de mine. 

Il y en a beaucoup, des endroits dangereux, quand on est épileptique...

Agacée par ce qu'elle m'ait (j'étais venue chercher de l'HE de thym) encore une fois répété que les HE (etc.) et la lavande "car je sais que vous en prenez aussi" (etc.), j'ai acheté au rayon pâtisserie un flacon d'extrait de vanille.

Agacée aussi par quelques recherches google qui ne m'avaient montré à propos de la vanille que des éloges dans son emploi dans certains traitement contre l'épilepsie, notamment pour les enfants. Avec recettes pour le goûter, s'il vous plaît. Aucune mise en garde nulle part. Même pas sur les fiches à propos de cette huile essentielle sur les sites paramédicaux. La seule mise en garde à propos de la vanille est pour les femmes enceintes (ce qui est peut être à relier au fait que mes éternuement prennent racine dans l'abdomen).  En cherchant plus loin et plus pointu : toujours rien. Emploi de vanilline dans des recherches neurologiques sur les odeurs et les maladies dégénératives (dans des documents que je suis bien en peine de déchiffrer). On la trouve aussi, comme arôme, dans des médicaments. Rien sur un éventuel risque pour quelque sorte d'épilepsie que ce soit. On a beau être sûr de soi et têtue en plus de ça, comment ne pas douter ?

Novembre 2018...

Me voici donc, sortant de ma supérette de quartier, à côté de ma pharmacie de quartier, avec dans mon sac un peu d'extrait de vanille. J'ai hésité. Sucre vanillé ? Extrait pur ? En rentrant, je mets ça de côté et me traite d'idiote. 

Quelques temps plus tard, je me décide à passer à l'acte et effectuer le test. L'objet que je pose sur ma table est un flacon tout à fait ordinaire, en provenance d'un très banal (et très petit) rayon pâtisserie. Il ne fait l'objet d'aucune contre-indication éditée par quelque organisme que ce soit et par laquelle je sois concernée. C'est supposé être un objet absolument inoffensif. Et mon rejet de l'a vanilline ne provient que d'expérience empirique.

saisir-le-feuJe me décide enfin. 

J'ouvre, en m'agaçant parce que ce foutu bouchon ne veut pas se dévisser. Je renifle. M'étonne de ne rien ressentir de spécial. Est-ce que par hasard, le coupable serait un autre ingrédient fréquent ? Je respire longuement. C'est drôle, de sentir cette odeur et ne pas me mettre à éternuer. Il est vrai qu'elle est très faible. Je m'attendais à plus d'odeur, dans un flacon d'extrait. J'en verse une goutte sur un petit bout de pain. Je lèche. C'est rudement bon. Il ne se produit toujours rien. Je lèche encore, puis je mange, en faisant bien aller et venir contre mon palais. Je me régale, même si cela veut dire que le mystère revient à son point de départ.

Et suis soudain prise d'une crispation abdominale. Pas d'éternuement. Je respire profondément, comme je fais chaque fois pour apaiser le phénomène. Ca passe un moment, puis ça revient. Augmente. Le diaphragmme se durcit. Je m'allonge un peu, histoire de ne pas prendre de risque. Mon bras commence à fourmiller. Mes doigts se crispent. Le bras commence à remuer.

Ben voilà. J'ai réussi à me provoquer une crise. Tout à fait consciemment, en plus. Quelle conne je suis ! Bon... je n'ai plus de crises de forte importance depuis longtemps. Il suffit d'attendre que ça passe. Ce n'est pas fort, mais ça semble ne faire que commencer. Est-ce que ça va durer jusqu'à complète digestion et qu'en plus, l'organisme ait évacué tout ? Augmenter, peut-être ? Brrrr... 

Ca fait belle lurette que je me me mets plus une goutte de lavande pure sur la tempe.
Quand les choses se gâtent vraiment, j'emploie une autre HE,
mais elle sert rarement pour autre chose que les migraines
.

Comme c'est agaçant au possible d'attendre, que la crise (quoique encore très modérée) est plus forte que celles qui perturbent désormais mon ordinaire (où j'évite normalement les risques), et que ma pommade à la lavande me regarde depuis son petit pot rond, j'hésite. Est-ce que je peux ? Est-ce que je ne joue pas avec le feu ? Puis me décide. Prends le pot, et passe un peu de pommade sur mon bras. L'effet est quasiment immédiat. Aurai-je besoin d'en mettre sur les tempes ? J'attends. Ma tête n'est pas dans une forme éblouissante, le frémissement dans mon bras va sûrement revenir, mais ça devrait aller. Je pose le pot. J'en remettrai s'il faut. 

A ce stade, j'ai comme une envie de rire amer ou tout simplement fou. Tout ça est tellement absurde ! 

J'ai senti des "passages de fourmillements" pendant plusieures heures. Remis un peu de lavande, pour ménager les pauvres tendons de mon bras (qui sont les premiers mis à rude épreuve). Mis aussi sur les tempes. Pas eu d'autres crispations des doigts. Finalement, ça s'est bien passé. 

Mais au final, je reviens au constat initial : sur moi, ça a un effet, donc peut-être sur d'autres personnes aussi. Et pourtant, on ne voit nulle part de mise en garde à ce sujet, ce qui donne à penser que la médecine n'y croit pas. 

Est-ce seulement parce que la vanille est omniprésente, qu'on ne songe pas à la soupçonner ? Pourtant... on devrait ! Puisqu'il est connu qu'elle a des effets sur le cerveau.

Voilà. C'était un test "à la con" (comme beaucoup de choses que je fais, et en plus de ça : risqué). Il est hors de question de m'en servir pour convaincre cette brave femme conscieuse de la pharmacie. Cela m'a juste raffermie dans mes opinions pro-lavande et anti-vanille. Et à l''idée qu'on ne parle de ça nulle part, je regrette de n'avoir pas de punching-ball. Comme j'ai un blog et que ce blog a une rubrique consacrée à mon problème d'épilepsie, je me défoulerai donc là-dessus.

Bizarremment, je n'ai même pas pensé à chercher l'autre huile,
celle que je sais radicale dans son effet calmant. 

Il est vrai que j'avais envie de me remettre 
à des occupations plus saines, normales et ordinaires.
Et puis, même la lavande, j'avais l'impression de peut-être empirer la bêtise.

2018-12-11---Shanti---L300Bref...

N'employez pas la lavande sur les tempes sans en parler à votre médecin. Si vous êtes épileptique, il est probable qu'il dira non. Si vous tenez à tenter le coup, ne faites pas comme moi qui étais seule lors de mon tout premier emploi pour une migraine. Si cela provoque une crise ou un malaise, il faut mieux qu'on puisse vous secourir. 

Faites ce que je dis, pas ce que je fais...

Mais si vous souffrez de quelque problème neurologique que ce soit (même juste de la migraine), méfiez-vous aussi de la vanille

Quant à moi... vu tout ce que j'ai comme soucis de santé en ce moment, ça va être gâteau de raconter tout ça au neurologue. 

Et je vais continuer à fuir les aliments contenant de la vanilline. Du moins ceux où il y en a beaucoup, parce que non seulement ce n'est pas toujours facile de la repérer dans la liste des ingrédients, mais la quantité entre en ligne de compte.