2020-01-09-boules-discoLe voyage a été plus long que prévu, et la traversée de deux tempêtes a transformé le wagon en réfrigérateur. Entre deux caisses, le gars au blouson noir se recroqueville puis demande à un de ses compagnons, assis près d'un boîtier, de vérifier si les capteurs sont toujours éteints. Calcule le temps qui reste avant l'arrivée, pense aux escales de son voyage, jette des coups d'œil par le hublot de sécurité auprès duquel il s'est installé. Sous la voie niveau 3 où circule le train, des plus petites apparaissent. Émotion. Quand il est parti, il croyait que c'était pour toujours.

Le quai.

Malgré le chapeau qui ombre son visage, un employé a reconnu le vieux passager pensif dont le regard se perd dans les les moirages de la tempête au loin. Il lui adresse une respectueuse réclamation, à propos de l'amélioration des émetteurs de voie magnétique. Ils ne résistent pas assez aux intempéries. Le pauvre homme le sait bien, mais s'apprête à promettre quand un jeune homme qui voyage avec lui renvoie énergiquement l'importun. Un léger reproche le rappelle à la politesse. Il se contente de hausser les épaules. Un bagagiste des premières es leur amène la télécommande du roboporteur chargé de leurs valises.

La gare.

Sous la voûte, une équipe de restauration nettoie et repeint les ornements rétrofuturistes qui, il y a vingt ans, étincelaient avec splendeur. Reconnaissables à la minicamera fixée sur leur poitrine comme un badge, les chroniqueurs blogueurs guettent les passagers, cherchant parmi eux un éventuel scoop dont ils vendront la pige à un média peut-être important. L'un d'entre eux parvient à stopper le vieillard et l'interroge sur la source d'énergie qu'il a découverte un quart de siècle plus tôt. Comme des rapaces, ses collègues rappliquent. Deux gardes du corps en tenue banalisée surgissent de nulle part. Une foule curieuse observe avidement. Des pickpockets profitent de l'occasion.

Non loin de là.

Face maculée de traces informes aux colorations aléatoires, ou au contraire soigneusement pailletée pour redessiner tous les traits en féerie, les fantômes de la rue zonent en rasant les murs à cause du vent. Cet été, ils s'égailleront dans les ruelles, fuyant la lumière brûlante. Pour le moment, ils se terrent aux portes de la ville souterraine. Sous le sol, dans le reste de la ville, ça fourmille de vie en cette saison. Ici, c'est encore plus dangereux qu'en été, parce que l'éclairage déconne et que les canalisations d'eau se mettent à fuir.

Un peu moins près.

Les lignes du tramway se prennent pour des superstars. Arborent des manteaux rutilants. Des montagnes de diamants. Sauf qu'on doit les leur ôter pour qu'elles restent fonctionnelles. Autour du Losange, ça fait tous les matins comme des guirlandes titanesques et la nuit des lignes arrêtées dont les phares oublient de flasher la ville. Le port de plaisance est gelé et bien sûr les déversoirs des usines hydroélectriques aussi. Les éoliennes, sous la sphère, sont couvertes de givre. Au-dessus, les panneaux solaires sont noyés de glace.

De tous côtés.

Janvier est abominable, par ici. Hors de la sphère, ce doit être l'enfer gelé. Ici, c'est juste celui où les gosses jouent avec une chose qui sert de linceul aux malheureux pas assez vite rentrés quand elle se remet à tomber. Inutile de faire traîner la promenade du chien. Les voitures volent trop bas, aujourd'hui. Le gel leur alourdit la carlingue et gêne les réacteurs. Il va y avoir des accidents. Ce n'est pas un temps à mettre un piéton dehors. Ni rien d'autre.

Terre-DiscoUn autre monde.

Glacé de corps et d'esprit, tête emballée dans une écharpe volée, le gars au blouson noir se glisse vivement sur la rampe d'accès d'un entrepôt. Contemple le soir qui clignote de froid. Ici, en juillet comme en décembre, par gel intense ou grand soleil, c'est toujours l'hiver. Toujours la nuit.

Trois épouvantails de quinze ou seize ans lorgnent sur la navaja collée à sa cuisse droite. S'écartent en tremblant. Frissonnent en chuchotant.

Réalité virtuelle.

Dans toutes les météosphères de la ville, les écrans holographiques plaqués aux immeubles vont bientôt passer les infos du soir.

Prologue de mon projet à la con :
Sinistre DiscoBall
 Saison du Rat (1°/12).

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A partir du 25 janvier 2020, ce texte paraîtra sur un blog "à lui tout seul".
La parution est prévue pour durer douze ans... le pari sera-t-il tenu ?