Dans "Danse avec les Loups", l'aventure du Lieutenant Dunbar commence par un souhait:    

"J'aimerais voir la Frontière avant qu'elle ait cessé d'exister." 

Aussi bien dans le roman de Michael Blake que dans le film.

Ce voeu est un élément capital de l'histoire.

On ne peut pas dire (et de loin) que ce soit représentatif du héros de western, mais ça l'est au moins du lecteur ou spectateur.

Roman de Michael Blake : 1988. 

Film de Kevin Costner : 1991. 

Danse-avec-les-Loups-250Le mythe Western est un voyage touristique là où deux mondes opposés se touchent. En cela, il rejoint l'esprit celtique, toujours très marqué par les opposés, parfois complémentaires et parfois antagonistes. Mon premier texte de nature "western" (un petit conte) a d'ailleurs été écrit dans le cadre d'un projet axé sur les thèmes celtes... Voyez, c'est une idée bien ancrée chez moi, ce point commun.

Revenons à nos moutons,
ou bien à nos loups...

Dans l'ensemble, le film est très fidèle au livre, hormis le fait la localisation des faits et les tribus indiennes en cause. Le livre met en scène des Comanches. Le film des Sioux. C'est très mineur.

On pourrait aussi dire que le film est plus centré sur le personnage de Dunbar, mais les impératifs de l'écran ne sont pas les mêmes que ceux de l'écrit.

En fait, les grosses différences sont dans des passages précis.

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1° grosse différence :

Le livre comporte un passage onirique particulièrement travaillé et très inquiétant qui a été totalement zappé dans le film, alors qu'il s'agit clairement d'une prémonition (et c'est d'ailleurs ce que Oiseau Frappeur semble penser quand Dunbar lui en parle).

Ce rêve, qui aurait peut-être été un peu gore à transposer à l'écran, évoque clairement la disparition des Indiens. Et cela, bien avant la fin du livre et le retour des tuniques bleues à Fort Sedgewick.

Un autre zapping peut être lié à celui-là: la découverte qu'un groupe de bisons massacré par des chasseurs pour leurs langues et leurs peaux mais dont toute la chair a été abandonnée et pourrit sur la prairie.

Je remarque sur la page wiki du film que le loup "Deux Bottes" est dit jeune. Dans le livre, il est vieux, ce qui n'est pas anodin. La vie l'a rendu méfiant, mais aussi très seul et très fragile : un être en fin d'existence. Ceci étant, je n'ai jamais fait attention à cette nuance en voyant le film (seulement en tombant sur cette page !).

2° grosse différence :

La fin... Le film jette pudiquement un voile sur ce qui va arriver aux Comanches. L'ex-lieutenant et sa compagne s'en vont sous la neige vers une destination inconnue, puis l'écran passe au noir et c'est un texte qui annonce les massacres à venir. Du même coup, la décision qu'il a prise de s'en aller pour ne pas attirer le danger sur la tribu, va sans doute leur sauver la vie.

Dans le roman, le vieux Dix Ours parvient à convaincre Danse Avec Les Loups de rester: "Celui qu'on appelle Loo Ten Nant n'est pas ici. Dans cette tente, ils ne trouveront qu'un guerrier comanche, un bon guerrier comanche et sa femme." [ Loo Ten Nant : nom qui désigne Dunbar dans sa personnalité d'avant, son état de soldat blanc ]. Et d'ailleurs, il avait annoncé qu'il partirait quand la neige cesserait de tomber... et elle tombe sans arrêt. Il ne reste qu'à s'asseoir au coin du feu et discuter.

Le chapitre XXXI est extrêmement court. C'est un épilogue... Poétique et triste, il nous raconte que l'hiver fut très froid, et eut pour conséquence que de nombreux enfants naquirent l'été suivant. Un bel été, avec beaucoup de bisons... Mais  les derniers mots sont : "Le bonheur de cet été serait le dernier. Leur temps était compté et serait bientôt terminé pour l'éternité."

3° différence :

Qui rentre dans le cadre du centrage sur Dunbar... Le passé de Dresse Avec Le Poing Levé (personnage très emblématique de ce monde entre deux mondes) est introduit dans le film par des dialogues. Dans le roman, on a droit à un Flash-Back très poignant.

Blake a ici repris le thème de la captive blanche devenue indienne [né de l'histoire de Cynthia-Ann Parker]. Il n'est pas le premier, mais le passage dans le roman reste intéressant. Il n'apporte pas de faits qui manquent au film, mais il participe à la consistance du personnage.

Les autres points de vue sont également exprimés dans le film de façon très extérieure, ce qui en modifie consdérablement la portée.

Point commun des trois différences : elles ont trait à l'évocation des heurts entre les deux univers.

Le massacre des Indiens pour les deux premières. Les attaques indiennes sur des colons pour la troisième.

Le film réduit au maximum la place des conflits futurs ou passés, et laisse toute la place au voeu du Lt Dunbar (de voir la Frontière pendant qu'elle existe encore). Tourisme à perturbations minimales. Avec juste le retour brutal à la réalité sur la fin. On finit toujours par rentrer de vacances.

 

 

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Fiche technique de mon roman "Howahkan" LA.